Dans ses appels d'offres pour les travaux de déneigement, le ministère des Transports du Québec suggère à ses sous-traitants du privé un tonnage 30 % moindre de sel de déglaçage que ce qui a été utilisé dans les cinq dernières années.

Le MTQ au privé: moins de sel svp!

Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais. Ainsi pourrait-on résumer les exigences du ministère des Transports du Québec (MTQ) en matière de déneigement dans la région de Québec. En transférant des routes au secteur privé, des fonctionnaires ont en effet suggéré aux entrepreneurs de couper dans les quantités de sel de déglaçage utilisées pour entretenir la chaussée.
Le Soleil a épluché différents appels d'offres pour des travaux de déneigement publiés par la direction de la Capitale-Nationale ces dernières années. Les documents, qui font généralement une soixantaine de pages, détaillent la façon de soumissionner et incluent les devis d'exécution des travaux.
Nous avons ainsi découvert que le MTQ a revu à la baisse les quantités de sel de déglaçage jugées nécessaires pour le bon entretien de la chaussée dans au moins deux cas où des routes ont été déléguées au secteur privé en 2016. 
Les documents présentent en effet un historique du circuit avec les tonnes de sel utilisées au cours des cinq derniers hivers. La moyenne est calculée, mais le Ministère ne s'y colle pas. Il propose plutôt un tonnage 30 % moindre pour le privé. 
Ainsi, il a fallu en moyenne 4062 tonnes de sel par hiver au MTQ pour bien entretenir l'autoroute et le boulevard Robert-Bourassa. Le Ministère a ensuite estimé que les sous-traitants pouvaient faire aussi bien avec 2750 tonnes.
L'écart est justifié par le fait que «le Ministère a favorisé l'utilisation du sel par rapport à l'abrasif dans ses méthodes de travail de surqualité et que sa consommation moyenne de sel est supérieure à celle des circuits adjacents entretenus par des prestataires de services [sous-traitants]».
Même constatation dans un appel d'offres pour l'entretien hivernal du nord de l'autoroute Henri-IV, à partir du boulevard Chauveau, et d'une partie de la route 369. Moyenne sur cinq ans du circuit autrefois déneigé en partie par le MTQ et en partie par des entrepreneurs : 2400 tonnes de sel. Suggestion pour un entretien fait totalement par le privé : 1600 tonnes de sel.
Des entrepreneurs en déneigement, qui préfèrent conserver l'anonymat par crainte de nuire à leurs relations avec les fonctionnaires, ont confirmé au Soleil que ce n'est pas la première fois qu'un tel écart est constaté entre les pratiques du MTQ dans la capitale nationale et ses exigences envers le privé.
Cela les frustre puisque le MTQ veut des routes «sur l'asphalte» le plus tôt possible après le début des précipitations. Or, à moins de températures glaciales, le sel est alors le meilleur allié du déneigeur. Mais c'est aussi lui qui coûte le plus cher, soit autour de 85 $ la tonne l'hiver dernier. Si le sous-traitant budgète trop de sel, sa soumission sera élevée, donc écartée. S'il n'en budgète pas assez, il assumera les pertes puisque le MTQ signe des contrats fermes et ne les rouvre sous aucun prétexte. La Ville de Québec ajuste plutôt ses tarifs en fonction des précipitations.
Est du Québec
Ailleurs dans la Chaudière-Appalaches, dans le Bas-Saint-Laurent-Gaspésie et sur la Côte-Nord, les contrats sont fermes aussi. Les tableaux relevant les quantités de sel et d'abrasifs consommées lors des cinq saisons précédentes sont fournis «à titre indicatif», sans calcul révisé. Ils sont accompagnés de la même formule à peu de mots près : «À partir de ces exigences d'exécution du contrat, il appartient au prestataire de services d'établir ses besoins en sel.» Même mention pour les abrasifs.
Martin Girard, porte-parole du MTQ, défend les façons de faire gouvernementales en plaidant qu'il revient à chaque déneigeur d'établir les tonnes de sel et d'abrasifs requises. Dans les appels d'offres repérés par Le Soleil, «c'est une quantité moyenne, ils n'ont pas à utiliser ça nécessairement». 
M. Girard ajoute qu'il y a différentes techniques pour bien déneiger une route. «Il y a des entrepreneurs qui peuvent mettre plus de sel, mais sortir leur machinerie moins souvent. D'autres qui vont mettre moins de sel, mais sortir plus souvent. L'objectif, c'est d'avoir le même résultat à la fin», fait-il valoir. 
Questionné sur les proportions de sels et d'abrasifs utilisées par le MTQ comparativement au privé, le porte-parole n'a pas de données à communiquer. M. Girard plaide cependant que l'utilisation du sel a été réduite au cours des dernières années. Le Ministère possède maintenant une charte d'épandage, donne de la formation à ses employés et calibre ses épandeurs, entre autres choses.