Le monde du sport scolaire ne comprend pas

Carl Tardif
Carl Tardif
Le Soleil
Le monde du sport étudiant était sens dessus dessous, jeudi, à la suite de l’annonce du ministre de l’Éducation à l’effet qu’une pause générale d’un mois devait être respectée avant une possible reprise des activités sportives, vers le 1er octobre.

«On ne comprend pas cette décision», indiquait le directeur général de la section Québec Chaudière-Appalaches du Réseau de sport étudiant du Québec, Mathieu Rousseau. 

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Dans les écoles et les bureaux du RSEQ, c’était le branle-bas de combat, jeudi matin. Tous les plans et protocoles de retour établis depuis plusieurs semaines venaient de voler en éclats à la suite de la décision de maintenir les groupes-classes même lors des activités sportives, une consigne impossible à respecter lorsque des élèves de différents niveaux évoluent dans les mêmes équipes. 

Jeudi, plusieurs écoles ont annulé des séances d’entraînement qu’elles devaient tenir, notamment au football, hockey et soccer. Des parents s’interrogent sur ce qu’il adviendra des programmes dans lesquels sont inscrits leurs enfants. Une pétition demandant le maintien du sport scolaire avait récolté des milliers de signatures, jeudi après-midi. Pendant ce temps, le sport civil peut se poursuivre, toujours selon les protocoles mis en place par les fédérations. 

«On estime qu’il est possible de faire du sport de manière sécuritaire à l’école. On ne comprend pas la cohérence de nous l’en empêcher alors qu’on permet le sport associatif [civil]. Il n’y a aucune raison pouvant justifier un système à deux vitesses alors que l’on est capable de pratiquer le sport en toute sécurité à l’école, de respecter les consignes sanitaires et de distanciation tout en étant bien placé pour jouer un rôle de sensibilisation», ajoutait Mathieu Rousseau. 

Le RSEQ-QCA croit que le sport scolaire pourrait être ralenti dans sa progression des dernières années si la situation devait en venir au point où les parents se tourneraient vers les différentes ligues civiles. 

«Il risque d’y avoir une régression qui pourrait prendre quelques années à rattraper si le sport étudiant ne peut pas aller à la même vitesse que le sport associatif. Présentement, le football, le hockey et le soccer extérieur sont les sports les plus touchés, parce que nos sports d’hiver à l’intérieur ne commencent qu’en novembre. Les camps d’entraînement sont déjà en marche depuis quelque temps, pourquoi tout arrêter maintenant?», ajoutait-il. 

Mais avant toute chose, Rousseau pensait aux jeunes, encore pris entre l’arbre et l’écorce. 

«Ça devient difficile pour notre jeunesse. Ils n’ont pas pu finir leur dernière année scolaire, leur saison s’est terminée en queue de poisson, le printemps passé, et au moment où ils sont prêts à reprendre le collier, qu’ils ont fait des efforts pour se préparer, ils se font dire que leur saison d’automne est retardée et qu’il pourrait ne pas y en avoir du tout», notait celui dont l’organisme a publié un communiqué, en après-midi, pour dire que le RSEQ-QCA demeurait prêt à accompagner tous les établissements scolaires dans la reprise des activités en respect de toutes les consignes en vigueur, et ce, dès que la situation le permettra. 

En coulisse, on réfléchissait à une solution de rechange si les calendriers d’automne, comme le football par exemple, ne pouvaient pas se mettre en branle. Un réseau parallèle civil pourrait voir le jour afin de contourner la directive du ministre, bien que certaines écoles ont déjà écarté l’idée en respect de la position du RSEQ-QCA. 

Ados encore brimés 

Ses propos rejoignent ceux de Jean-Philippe Roy, responsable du programme sport-études des Canonniers de Québec qui regroupe environ 250 jeunes répartis dans cinq écoles (Cardinal-Roy, La Seigneurie, Pointe-Lévy, Académie Saint-Louis et Séminaire Saint-François). 

«La décision est très décevante, nos «ados» sont encore brimés. Avec l’espace qu’on a au Stade Canac, on avait trouvé une manière pour bien encadrer les jeunes, mais je le répète, on ne peut pas encore les laisser tomber», notait celui dont le regroupement avait annulé le calendrier de matchs avec les autres programmes sport-études. L’idée d’un tournoi par niveau scolaire est dans l’air, mais pourrait aussi passer à la moulinette avec la décision du ministère de l’Éducation. 

«Nous sommes très déçus. On trouve ça plate, aussi, parce qu’on nous l’annonce à la veille de la rentrée. De notre côté, nous étions prêts, on l’avait fait au printemps. Il n’y a pas de logique dans cette décision, car le soir et la fin de semaine, les jeunes peuvent faire du baseball civil, mais à l’école, où l’environnement est bien contrôlé, ils ne pourraient pas», ajoutait l’homme de baseball.

Séminaire Saint-François 

Au Séminaire Saint-François, on avait aussi le moral dans les talons à la suite de l’annonce. «Il s’agit d’un moment triste pour le Québec, la population a fait des efforts incroyables depuis le début de la pandémie et voilà que les jeunes écopent encore», disait le directeur général de l’école privée, Luc Savoie.

Il avait récemment présenté un plan de rentrée aux parents de ses 1200 élèves qui avait été bien reçu, mais celui-ci sera complètement différent, lundi, lors du retour en classe.

«Je suis dans le milieu de l’éducation depuis 25 ans, ma priorité est d’assurer la protection des élèves et je n’aurais pris aucun risque, on faisait le maximum pour les protéger et respecter les mesures sanitaires. Mais là, on me dit qu’il n’y aura pas de sport ni d’activités pour les arts, la musique, etc. Les jeunes vont avoir un choc, lundi matin, ce ne sera pas le fun du tout. J’ai des petits bonshommes qui sont complètement détruits par cette décision, des parents qui ne comprennent pas l’incohérence de la décision, qui sont furieux. Présentement, ce que je peux faire, c’est d’utiliser toutes les plateformes qui me sont offertes pour dire que ça n’a pas de sens. J’ose croire et j’espère que les gens qui vivront une telle rentrée scolaire, partout dans le privé comme dans le public, vont faire quelque chose, appeler leur député, etc.», ajoutait celui qui a directement interpellé par écrit le premier ministre François Legault ainsi que les ministres Jean-François Roberge et Geneviève Guilbault. Au pire, il aurait préféré qu’on lui dise qu’il n’y aurait pas de sport scolaire, il y a trois semaines, et non pas à la veille de la rentrée. 

Pour ce qui de la saison de football, Savoie pourrait inscrire son club dans une ligue civile, mais il n’en est pas encore là puisqu’une solution ne s’appliquerait pas à son programme de hockey bantam AAA, par exemple. Le hockey midget AAA regroupe aussi des étudiants de différents niveaux. Il comprend aussi que le RSEQ se retrouve devant une situation délicate.

En raison de la pandémie et de l’annulation des activités parascolaires du 15 mars au 23 juin, le SSF a remboursé 700 000$ aux parents pour les heures de glace et le transport qui n’a pas utilisé. «Personne n’a menacé de partir, parce qu’il n’y a pas de sport ailleurs, non plus. On espère pouvoir leur offrir du sport et ne pas en arriver là», ajoutait celui qui est en poste depuis un an.