Geneviève Marion, accompagnée de ses filles Laurence et Nelly, se souvient très bien de la crise du verglas qui a secoué le Québec en janvier 1998.

Le miracle de la crise du verglas

Trois-Rivières — Il y a 20 ans, pratiquement jour pour jour, une importante tempête de verglas s’abattait sur tout le Québec, paralysant du même coup une grande partie de la province pendant plusieurs semaines. La date du 8 janvier 1998, Geneviève Marion s’en souvient comme si c’était hier, mais pas pour les mêmes raisons que plusieurs. À seulement 24 semaines de grossesse, elle donnait naissance à ses jumelles. L’une d’entre elles n’a pas survécu.

Lorsque ce moment fatidique revient chaque année et que les médias ressassent l’épisode du verglas, Geneviève Marion jongle entre le sentiment de fierté de voir sa grande fille Laurence s’épanouir pleinement à l’âge de 20 ans, sans toutefois oublier cette semaine d’enfer vécue il y a maintenant 20 ans.

«J’ai rencontré mon médecin le 6 janvier, car j’avais des contractions, mais on m’a dit que c’était seulement de fausses contractions et de retourner à la maison. Le 8 janvier au matin, j’étais en hémorragie, en pleine crise du verglas! À l’hôpital, ils ne pouvaient même pas m’amener en ambulance à Montréal, car la 40 était fermée à Berthier. C’était donc impossible de prendre la route vers Montréal et les avions-ambulances ne sortaient pas, car c’était trop mauvais», se souvient Geneviève Marion.

Malgré les tristes événements, Geneviève Marion se souvient du déploiement sans précédent à l’hôpital de Trois-Rivières pour sauver ses deux filles.

«Je n’ai jamais vu un tel déploiement à Trois-Rivières. Ils ont appelé à Québec et ont fait tout leur possible pour qu’il y ait une autre ambulance et un autre incubateur qui arrivent à Trois-Rivières, car ils avaient seulement un incubateur et celui-ci n’était pas informatisé. Le miracle s’est réalisé quand une femme médecin en néonatalogie du CHUL de Québec a bien voulu braver la tempête pour venir chercher mes tout petits bébés. Elle a même fait venir la voirie publique et la Sûreté du Québec pour dégager la route et venir le plus rapidement possible.»

La naissance d’un miracle

C’est ainsi que le 8 janvier 1998, à 16 h 08 et 16 h 10, Laurence et sa sœur Rachelle ont vu le jour à l’hôpital de Trois-Rivières, avant d’être transportées d’urgence au CHUL de Québec par ambulances. Elles pesaient alors respectivement 760 et 748 grammes, soit l’équivalent d’une livre et demie.

«Lorsque j’ai accouché, les médecins ont été très clairs, ils m’ont dit ‘‘on n’a jamais sauvé de si petits bébés et dans ces conditions-ci, n’espérez pas un miracle’’. Née à 24 semaines de grossesse, pesant à peine 760 grammes, Laurence a toutefois survécu. Malheureusement, pas sa sœur jumelle qui était dans un incubateur non automatisé pour se rendre à Québec, ce qui fait en sorte qu’une infirmière devait donner manuellement l’oxygène nécessaire à la survie de Rachelle», raconte avec émotion Geneviève Marion.

Un sentiment d’impuissance

C’est à travers cette difficile épreuve que Geneviève Marion, qui était alors hospitalisée à Trois-Rivières, a réalisé que la vie ne tient parfois qu’à un fil, alors qu’elle et son conjoint célébraient la vie de Laurence, mais devaient aussi vivre le deuil de leur fille Rachelle.

«Lorsque j’ai accouché, je n’ai pu voir mes bébés que quelques secondes avant leur départ pour Québec. J’ai passé les quatre mois de l’hospitalisation de Laurence dans un état second. Je ne pleurais pas. Je voulais être forte, pour elle, mais nous étions confinés à un rôle de spectateur, entre les termes médicaux complexes, les appareils impressionnants et la sensation d’être inutile envers notre propre bébé», se remémore-t-elle.

Un moment de bonheur et de tristesse à la fois qui est encore bien présent 20 ans plus tard pour Geneviève Marion.

«La journée du 8 janvier, quand c’est l’anniversaire de Laurence, c’est un beau moment, mais le fait d’entendre parler du verglas dans les médias, c’est ça qui est plus triste, car c’est toujours la tristesse qui prend le dessus sur les belles choses.»

Un second miracle, 16 ans plus tard

Lorsqu’on dit qu’un miracle ne vient jamais seul, c’est contre toute attente que 16 ans plus tard, Geneviève Marion tombait enceinte une seconde fois, avec son nouveau conjoint qui n’était alors plus en mesure d’avoir d’enfant.

«Seize ans plus tard, un autre petit miracle est arrivé dans ma vie. J’ai appris après deux mois de grossesse que j’étais enceinte. On ne s’y attendait pas, car on avait une chance sur 100 000 d’avoir un enfant», souligne-t-elle, les étoiles dans les yeux.

L’arrivée de la jeune Nelly dans la vie du couple est ainsi un événement heureux que Geneviève qualifie d’un signe de la vie.

«Pour moi, Nelly c’est comme l’enfant que je n’ai pas eu il y a 16 ans. C’est en quelque sorte ma fille décédée qui revient dans ma vie. J’étais tellement contente, car cette fois-ci, j’ai vécu une grossesse normale et à terme. Avec Laurence, je ne l’avais pas pleinement vécue en accouchant à six mois de grossesse. C’était magique», se souvient-elle, accompagnée pour l’entrevue de la jeune Nelly et de sa fille Laurence.