Quelque 80 thanatologues et directeurs funéraires étaient réunis au pavillon La Laurentienne de l’Université Laval, mardi, pour un campus de deux jours sur l’évolution du domaine funéraire, organisée par la Corporation des thanatologues du Québec. Sur la photo : Chantal Brochu, directrice funéraire à la Maison Edgar Mercier et fils, Simon Garneau, conseiller aux familles et thanatopracteur au Groupe Garneau Thanatologue, et le docteur Alain Naud.

Le milieu funéraire doit s’adapter à l’aide médicale à mourir

L’entrée en vigueur de la loi provinciale encadrant l’aide médicale à mourir le 10 décembre 2015 a provoqué un changement de paradigme pour le milieu funéraire. Le deuil s’aborde différemment lorsque la date, l’heure et la manière dont la mort surviendra sont connues.

«Un homme très droit est entré dans la maison funéraire. Il savait qu’il allait décéder la semaine prochaine», laisse tomber Chantal Brochu, directrice funéraire à la Maison Edgar Mercier et fils, à Sainte-Marie, en Beauce. «Il a rédigé son avis de décès, il a géré l’envoi des épreuves photo. Les arrangements deviennent hyper personnalisés.»

Quelque 80 thanatologues et directeurs funéraires étaient réunis au pavillon La Laurentienne de l’Université Laval, mardi, pour un campus de deux jours sur l’évolution du domaine funéraire, organisée par la Corporation des thanatologues du Québec. 

Devant les questionnements du milieu, soutient la Corporation, le docteur Alain Naud et la travailleuse sociale Michelle Girard ont tenté d’éclairer le «nouveau rapport au deuil» avant et après la mort programmée. 

«On sait combien de temps il reste, relève M. Naud. Il y a une urgence de communiquer, de boucler la boucle familiale et relationnelle. L’aide médicale à mourir revoit la volonté du défunt.»

«Quitter paisiblement»

«Les préarrangements funéraires, on en fait tout le temps», fait valoir Chantal Brochu. «Mais une famille ou un défunt qui réserve la date et l’heure exactes des funérailles, c’est nouveau.» Déjà, le rituel et le deuil s’enclenchent quelques jours avant l’intervention.

Pour Simon Garneau, conseiller aux familles et thanatopracteur au Groupe Garneau Thanatologue, c’est le processus avec la famille qui se voit le plus transformé. «Une fois le décès survenu, les échanges avec la famille sont assez sereins, plus faciles.» 

«Je vous quitte paisiblement», marque un avis de décès publié le matin d’une mort programmée en après-midi. Selon Alain Naud, cette sérénité est indissociable de l’aide médicale à mourir. 

«Les soins palliatifs existent depuis 40 ans, mais la fin de vie peut être violente, dramatique, dit-il. À partir du moment où elle est acceptée, on voit un apaisement et un soulagement chez le malade.» 


« Les préarrangements funéraires, on en fait tout le temps. Mais une famille ou un défunt qui réserve la date et l’heure exactes des funérailles, c’est nouveau »
Chantal Brochu, directrice funéraire à la Maison Edgar Mercier et fils

Rappelons que la demande d’aide médicale à mourir doit être signée en présence d’un professionnel de la santé puis contresignée par un second professionnel de la santé et deux témoins indépendants.

Un délai de 10 jours doit s’écouler entre le moment où est faite la demande d’aide médicale à mourir et le moment où elle est administrée. Dans son Rapport sur la situation des soins de fin de vie au Québec déposé le 3 avril à l’Assemblée nationale, la Commission sur les soins de fin de vie avait toutefois établi le délai moyen entre la signature du formulaire de demande et l’administration de l’aide médicale à mourir à 12 jours.

Cette période peut être abrégée si le premier et le second médecin estiment que la mort ou la perte de la capacité à fournir un consentement éclairé est imminente. «Le délai rencontré peut être de 24 et 48 heures», précise le docteur Naud.  

Serait-il possible d’organiser la cérémonie funéraire dans ce temps? «L’embaumement d’un corps prendra en moyenne de trois à quatre heures, explique Simon Garneau. Il est possible de tout régler très rapidement.»

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DES PRESTATIONS DE DÉCÈS INSUFFISANTES

La Corporation des thanatologues du Québec (CTQ) poursuit sa bataille entourant l’augmentation de la prestation de décès émise par Retraite-Québec.

Le Régime de rentes du Québec accorde à la succession un montant de 2500 $, imposable, si le défunt a suffisamment cotisé au régime. Près de 38 % des ménages québécois ne participaient à aucun régime collectif d’épargne en 2017.

Depuis 21 ans, la somme n’a pas bougé. 

Un panier de biens et services d’une valeur de 2500 $ en 1998, en coûterait un peu plus de 3700 $ en 2019, selon la Banque du Canada. 

«Ça fait 10 ans qu’on demande au gouvernement d’augmenter le montant. De plus en plus de familles ne comptent que sur cette prestation pour assurer les rites funéraires», prévient Annie Saint-Pierre, directrice générale de la Corporation des thanatologues du Québec. «À ce prix là, il n’y a aucune cérémonie.»

Indexation demandée

Ce que la corporation demande est à tout le moins une indexation de cette prestation à celles remises par la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) et la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). Un montant d’un peu plus de 5100 $, non imposable, est versé pour les frais funéraires d’une personne ayant perdu la vie sur la route ou en milieu de travail. 

Au Québec, le coût moyen des frais funéraires s’élève à 5700 $ dans les établissements privés, selon un sondage mené par la CTQ en 2018.

Faute de moyens ou pour éviter de léguer des dettes à leur famille, certains décident d’offrir volontairement leur corps à la science, soutient le docteur Alain Naud. Ils doivent cependant être admissibles. 

En 2017, la pétition Prestation de décès pour tous était déposée à l’Assemblée nationale par François Bonnardel, alors critique en matière de finances. La Corporation des thanatologues du Québec a bon espoir que sa demande soit entendue par le gouvernement Legault.