Le Manège militaire version 2018 a été configuré pour la tenue de mariages, congrès, concerts, rencontres d’affaires et autres événements mondains.

Le Manège militaire renaît après 10 ans

Le chantier n’est pas complété; des piles de matériaux divers jonchent toujours la cour arrière, la finition de la toiture et des murs extérieurs n’est pas terminée. N’empêche, jeudi, les élites ont célébré la réouverture «officielle» du Manège militaire de Québec, un peu plus de 10 ans après l’incendie qui a ravagé le bâtiment patrimonial.

Un peu en retrait de la séance d’autofélicitation menée par les politiques, des représentants du régiment des Voltigeurs se réjouissaient : bientôt, ils quitteront le bâtiment temporaire et anonyme du boulevard Pierre-Bertrand qu’ils occupent depuis le feu pour revenir au Manège «par la grande porte». Les 255 soldats marcheront dans les rues de Québec afin de marquer l’événement.

Le lieutenant-colonel Jonathan Chouinard était là le soir fatidique du 4 avril 2008. «J’étais de retour d’Afghanistan lorsque le feu a pris.» En congé, il s’est rendu sur les lieux pour prêter main-forte… «Je suis venu ici pour voir si je pouvais faire de quoi, mais on ne pouvait pas faire grand-chose.» 

Accompagnés des pompiers, les soldats ont tout de même sauvé des flammes les emblèmes du plus ancien régiment francophone toujours actif. Un symbole, dit-il.

Dix ans plus tard, à la tête du régiment, il se réjouit de retrouver «la même maison». Une maison qu’il devra cependant partager souvent avec de la visite nombreuse! C’est que le Manège militaire version 2018 a été configuré pour la tenue de mariages, congrès, concerts, rencontres d’affaires et autres événements mondains. 

Cette vocation populaire n’offusque pas M. Chouinard, qui souligne que les militaires s’entraînent dans la poussière de la garnison Valcartier bien plus souvent que dans la grande salle qui borde les plaines d’Abraham. «Quelques fois par année, on va faire des parades. Mais ce n’est pas ce qu’on fait tout le temps, des parades!»

Et l’aile Est du bâtiment historique leur est réservée; c’est là que les salles de classe et bureaux sont installés.

Quelques mois

Il faudra toutefois attendre encore un peu pour que la renaissance du Manège militaire de Québec soit complétée. Durant la conférence de presse de jeudi, dans le grand foyer arrière très lumineux, nous avions une vue imprenable sur les amoncellements de matériaux.

«On a quelques mois de délai», convient le chef du projet de réhabilitation pour Travaux publics Canada, Luc Morin. Ils escompte fermer le dossier durant l’été.

C’est le service de traiteur George V de l’hôtel Château Laurier voisin qui a décroché le contrat de gestion. Après le rodage, le patron Alain Girard espère louer les salles en moyenne deux ou trois fois la semaine, malgré les périodes creuses. Pour l’instant, une quarantaine d’événements ont été confirmés pour l’année en cours. 

Le gouvernement fédéral garantit que la reconstruction du Manège militaire de Québec a coûté 104 millions $, tel qu’annoncé. Le contrat pour les travaux valait 72,7 millions $. La balance aurait été dépensée pour les consultations publiques, les expertises, les architectes, les ingénieurs…

Construit à partir de 1885, le Manège a été terminé en 1888, il y a donc 130 ans. Il a été agrandi en 1913.

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LES SYNDIQUÉS DE LA DAVIE S'INVITENT À LA FÊTE

Les syndiqués de la Davie se sont invités à une conférence de presse de ministres libéraux venus d’Ottawa, jeudi, histoire de leur rappeler que les travailleurs du chantier maritime de la rive sud attendent toujours leur part des contrats fédéraux.

«Ça fait plus de trois mois que [le premier ministre] Justin Trudeau a fait une annonce pour les brise-glaces», a dénoncé la présidente du Conseil central de Québec et Chaudière-Appalaches (CSN), Ann Gingras. Pourtant, enchaîne-t-elle, des employés ont été mis à pied. «Eux, ils ont des familles à faire vivre. […] Ils ont besoin de travailler de façon stable.»

En verve, elle a demandé à voir la ministre de l’Approvisionnement, Carla Qualtrough, ainsi que Jean Rioux, secrétaire parlementaire du ministre de la Défense nationale. Les deux étaient présents dans la capitale pour l’ouverture du Manège militaire de Québec. L’accès à la cérémonie promotionnelle lui a été refusé, tout comme à sa suite militante.

«On est tanné de quémander», charge la syndicaliste d’expérience. «Tout ce qu’on veut, c’est un traitement équitable [avec les autres chantiers canadiens]. Ça pue actuellement à Ottawa!»

La ministre Qualtrough n’avait toutefois pas de contrats pour la Davie dans ses bagages. Ni d’engagement ferme à offrir, même si le premier ministre Trudeau a affirmé en janvier qu’il entamait des négociations avec le chantier afin d’acquérir des brise-glaces nécessaires pour la Garde côtière.

«Nous comprenons les conséquences des pertes d’emploi sur eux et leur famille», soutient l’élue fédérale. Elle assure du même souffle que les négociations se poursuivent pour en venir à une entente. «On était à la table hier. On continue la négociation. […] C’est difficile de régler ces négociations rapidement parce qu’il faut le faire correctement.»

«J’espère qu’on va résoudre ça.»