Serge Leroueil a développé une expertise reconnue internationalement.

Serge Leroueil, les deux mains dans l’argile sensible

La persévérance, c’est ce qui a guidé la carrière de Serge Leroueil, professeur-chercheur en géotechnique de l’Université Laval et jeune retraité depuis un an après plus de 35 ans de carrière.

La persévérance, certes, mais aussi la compréhension de sa conjointe qui l’a supporté et encouragé pendant les longues heures de travail de recherche ou de rédaction d’articles scientifiques au travers de l’enseignement. Les semaines de 35 heures étaient rares, la moyenne était plutôt autour de 55.

Mais, c’est cette persévérance dans ses travaux de géotechnique, ou de la mécanique des sols, qui ont valu à Serge Leroueil de nombreux honneurs au fil des ans, dont la récente médaille du 150e du Sénat qui vient couronner sa carrière.

Mais le grand prix qui l’a marqué le plus c’est le Rankine Lecture de la British Geotechnical Society obtenu en 1999, remis une année sur deux à un Britannique et l’autre année à un chercheur d’ailleurs dans le monde. «C’est la plus grande distinction dans notre domaine. On pourrait dire que c’est quasiment le prix Nobel de la géotechnique», relate-t-il en entrevue.

Parti de France pour compléter une maîtrise à l’Université Laval en 1970, il est retourné dans son pays d’origine pendant deux ans avant de revenir sur ses pas et entreprendre un doctorat.

Spécifiquement, ses recherches ont porté sur les problèmes de l’argile sensible. Un sol très courant dans la vallée du Saint-Laurent, celle de l’Outaouais et du Saguenay.

Comme de l’huile

L’argile a tendance à devenir visqueuse comme de l’huile épaisse lorsqu’elle se fait brasser durant un tremblement de terre ou par l’accumulation d’eau qui diminue la résistance des sols. Les résultats sont des glissements de terrain plus fréquents.

Ces glissements de terrain sont relativement courants, même les plus importants qui font un hectare (10 000 mètres carrés). Il y en a au moins un de cette taille chaque année, parfois deux. La plupart sont sans conséquence néfastes parce que les glissements se font dans des champs ou des zones inhabitées.

Ce ne fut pas le cas à Saint-Jean Vianney, au Saguenay en 1971, avec 31 morts. M. Leroueil a pu étudier ce phénomène pendant sa maîtrise. Ou à Saint-Jude, près de Saint-Hyacinthe, il y a quelques années alors qu’une maison et ses quatre occupants ont été emportés par le glissement de terrain.

Le plus gros glissement aurait eu lieu à Nicolet, en 1955. Une école a été emportée et complètement détruite. Par miracle, il n’y avait personne dans le bâtiment lors de l’incident.

La prévention

Et comme l’argile est présente partout au Québec, et que l’on construit des barrages, des routes et des bâtiments, ses recherches portaient un modèle théorique en cherchant des applications pour prévenir les problèmes.

Ainsi, au fil des ans Serge Leroueil a collaboré avec le ministère de la Sécurité publique, qui gère les catastrophes, et celui des Transports pour les routes et les ponts, pour l’application de différentes techniques permettant d’éviter les dégâts. D’ailleurs, raconte M. Leroueil, l’année 2017 a été particulièrement difficile pour le ministère des Transports à cause des pluies abondantes du printemps.

Et comme le disent les notes de la remise de la médaille du 150e du Sénat: «Son expertise s’étend de la mécanique des sols et des fondations à l’analyse du comportement du sol. Il est auteur de plus de 300 articles scientifiques parmi lesquels il a étudié des désastres naturels et des glissements de terrain au Canada et autour du monde. Son travail est d’autant plus important pour la résilience de l’infrastructure dans le contexte des changements climatiques et des glissements de terrain causés par inondations et sismicité.»