Le comédien Roland Lepage vient de souligner ses 90 ans et ses 75 ans de carrière.

Roland Lepage: toute une vie de plaisirs au théâtre

Lorsqu’il ouvre la porte de sa maison et lance son «Bonjour !», on entend la voix forte et on sent la passion de l’homme de théâtre que bien des gens reconnaîtront comme le Bedondaine de l’émission jeunesse «La Ribouldingue» diffusée à la télé de Radio-Canada entre 1967 et 1971.

Droit comme un arbre mature, Roland Lepage remue ses souvenirs pour raconter une histoire, son histoire sur les planches à la fin de ses 15 ans durant ses études au Séminaire Québec, ses premiers passages en France pour apprendre et pour jouer.

«J’avais 15 ans, en 1944, lorsque j’ai rencontré Pierre Boucher au Séminaire. Il avait fondé un groupe de théâtre. J’ai passé les auditions et j’ai commencé à jouer tout en continuant d’étudier», raconte-t-il.

Conquis par le théâtre, le jeune homme discutait avec ses parents qui, sans le forcer, avaient d’autres vues pour l’avenir de leur fils. Il s’est inscrit à la faculté des Lettres à l’Université Laval où il a obtenu sa licence. «J’ai remporté de multiples prix. Cela réjouissait mes parents. Mais comme il n’y avait pas encore de conservatoire à Québec, j’ai choisi d’aller en France pour développer mon talent», se remémore-t-il.

Il avait des contacts à Paris. Il y rencontre Léon Chancerel. Ce dernier lui conseille d’aller en province où il aura probablement la chance de jouer plus souvent que dans la capitale. Ainsi, il prendra plus d’expérience.

«Je me suis retrouvé à Bordeaux comme stagiaire au Centre d’art. J’ai joué sans arrêt de 1949 à 1951. Je suis revenu à Québec où j’ai retrouvé mes anciens camarades. J’ai joué, fait de la mise en scène, travaillé sur les maquettes et les costumes. Puis j’ai joué Le Cid de Corneille avec Paul Hébert à Québec et en tournée.»

L’Europe lui manquait. Il retourne à Paris en 1953. De retour à l’été 1956, «arrivé à Québec le dimanche, le jeudi je partais pour Montréal» où un hasard de carrière le mènera vers d’autres horizons. Il se taille une niche dans les émissions jeunesse de Radio-Canada.

L’écriture

L’auteur des textes de Marie Quat’Poches n’est plus disponible. Le réalisateur André Pagé lui demande d’écrire des sketches pour terminer la saison. Puis la réorganisation de la Boîte à surprises laisse deux personnages orphelins, Mandibule, incarné par Marcel Sabourin, et Paillasson interprété par Jean-Louis Millette. 

André Pagé fait appel à Roland Lepage pour récupérer le tout. Il développe l’idée de La Ribouldingue où il prend le rôle de Monsieur Bedondaine. Il amènera de nouveaux personnages avec Dame Plume, Friponneau, Giroflée et Prunelle.

«Les choses ont changé en peu de temps. Les émissions pour enfants ont cédé la place aux émissions éducatives et à Passe-Partout», explique-t-il.

André Pagé passe à l’École nationale de théâtre et rappelle Roland Lepage à ses côtés. Il adaptera en langage québécois une pièce d’un auteur italien sous le titre de L’alphabet des habitants. «En québécois, pas en joual», insiste-t-il.

En 1975, Roland Lepage revient à Québec et achète une grande maison dans le Vieux-Québec. Ce sera une période plus sombre, mais l’homme de théâtre n’a pas été déprimé même s’il était considéré comme un étranger par le monde du théâtre de Québec. Il s’est repris en main.

Par un concours de circonstances, il offre sa pièce Le Temps d’une vie à Jean-Claude Germain du Théâtre national à Montréal. La pièce jadis boudée devient un succès avec quelque 500 représentations, dont une tournée de trois mois en France. Sa pièce La complainte des hivers rouges fera un tabac à son tour.

De 1989 à 1994, il dirigera les destinées du Théâtre du Trident tout en jouant. Il jouera de nouveau en 2015 dans la pièce Dans la République du bonheur.

Monsieur Bedondaine a repris du service l’an dernier au Musée de la civilisation dans une improvisation pour une fête spéciale pour l’auteur Robert Lepage. De sa voix sans faille, il rit à gorge déployée pendant la séance de photos.

Maintenant ses archives font route vers le Musée de la civilisation. Une rétrospective de l’homme de théâtre pourrait bien remplir une salle un jour. Qui sait?