Aider les Autochtones à se réapproprier leur culture et les sortir de l’isolement, Pénélope Guay y a consacré sa vie. Sa dernière réalisation est la fondation du centre Mamuk, qui offre une panoplie de services aux Autochtones de tous âges vivant en milieu urbain.

Pénélope Guay: au service des Autochtones en difficulté

Lorsqu’on lui a remis la Médaille d’honneur de l’Assemblée nationale, Pénélope Guay portait les mocassins de sa mère. «Elle aurait aimé ça être là, elle aurait été fière», raconte-t-elle.

En novembre, le gouvernement a reconnu l’engagement de Mme Guay à aider les Autochtones qui vivent en milieu urbain dans la région de Québec. Son parcours unique lui aura valu cette reconnaissance. Mais cet honneur, elle le partage avec toute la communauté autochtone, et sa mère. 

«Cette mention reflète ma fierté d’être Autochtone. C’était plus que pour le travail que j’ai fait tout ça et je veux honorer ma mère. Je pense que tout ce que je vis, c’est grâce à elle. Toutes nos valeurs, elles ne partent pas de n’importe où… Je pensais beaucoup à elle [à l’Assemblée], elle a tracé le chemin», exprime-t-elle.

Cette fière Innue repense à tout le travail qu’elle a fait depuis les dernières années et peut dire humblement qu’elle en est fière.

«Je faisais ce que j’avais à faire et je ne connaissais pas ça, la Médaille d’honneur. Mes filles continuaient de me dire que c’était important. Et quand j’ai compris, j’étais vraiment émue. J’ai quand même 69 ans, je me dis que je passe un peu à l’histoire.» 

L’histoire comme moyen de défense

Mme Guay adore l’histoire, et elle adore la raconter. C’est de cette façon qu’elle espère mettre de la lumière sur la situation que vit sa communauté. 

«C’est ça ma mission, prendre la parole et parler de nous. Quand on peut dire tout ce qu’on fait, tout ce qu’on vit, ça aide. Raconter l’histoire diminue les préjugés.»

Pourquoi ils restent dans les réserves? Pourquoi les réserves existent? Qu’est-ce que la loi sur les Indiens et quelle est son influence? Pourquoi il y a autant de suicides et de consommateurs chez les Autochtones?

«Toutes des questions auxquelles les gens ne savent pas la réponse. La consommation est un mal de l’âme, ce n’est pas qu’on aime ça consommer. On a une souffrance et la consommation nous endort. Il faut voir le problème sous un autre angle, on n’est pas juste des consommateurs. Il faut savoir notre histoire pour comprendre, il nous est arrivé quelque chose», défend Mme Guay 


« C’est ça ma mission, prendre la parole et parler de nous. Quand on peut dire tout ce qu’on fait, tout ce qu’on vit, ça aide. Raconter l’histoire diminue les préjugés »
Pénélope Guay

Parcours unique

La mère de Pénélope avait marié un Métis alors elle et ses enfants ont été chassés de la communauté de Mashteuiatsh au Saguenay–Lac-Saint-Jean, comme le prévoyait la Loi sur les Indiens. La famille a donc vécu dans l’isolement, bien trop loin de sa culture. Mme Guay a ensuite renoué avec cette culture, cette communauté qu’elle avait autrefois perdue.

Aider les Autochtones à se réapproprier leur culture et les sortir de l’isolement, elle y a consacré sa vie. Sa dernière réalisation est la fondation du centre Mamuk, qui offre une panoplie de services aux Autochtones de tous âges vivant en milieu urbain. Il est ouvert depuis à peine un an dans l’arrondissement de Charlesbourg, à Québec. Ce centre, Pénélope Guay et ses filles y rêvaient depuis des années. 

Son premier grand défi a été d’offrir un refuge aux femmes autochtones en difficulté. Après 10 ans de démarches, elle a ouvert la Maison communautaire Missinak en 2009 avec sa fille Nathalie. C’est la peine et la violence que Pénélope Guay avait elle-même vécues plus jeune alors qu’elle était dans une relation toxique qui la motivaient.

Pour la suite, elle veut développer des services centrés sur les besoins des hommes autochtones et même agrandir le centre Mamuk. 

La place des Autochtones 

«Je ne pense pas le voir de mon vivant, mais j’espère qu’on arrivera à la reconnaissance autochtone et l’autonomie gouvernementale, on s’en va vers ça et ce n’est pas fait encore. C’est très dur», soulève Mme Guay.

Elle note qu’ils ont fait beaucoup de chemin depuis une vingtaine d’années, elle peut en témoigner. 

«Il y a plus d’alliances qui se font pour parler de la situation autochtone. Plus de fierté, les chefs prennent la parole. Une lumière vient de commencer à briller sur la communauté. On travaille à déblayer pour cette reconnaissance-là.»