Marie Taillon et Gilles Pellerin ont fondé la maison d’édition L’Instant Même il y a 31 ans.

Marie Taillon et Gilles Pellerin, producteurs de beauté littéraire

Lorsqu’ils ont fondé la maison d’édition l’Instant Même, il y a un peu plus de 31 ans, Marie Taillon et Gilles Pellerin ne savaient pas jusqu’où l’aventure les emmènerait. Leur goût pour la littérature les poussait vers la publication de recueils de nouvelles qui intéressait peu d’éditeurs au Québec.

«Nous voulions créer quelque chose qui durerait dans le temps», raconte Mme Taillon. Quelque 400 volumes plus tard, 180 auteurs publiés et le temps leur donnent raison. C’est une employée qui connaissait la maison depuis plusieurs années, Geneviève Pigeon, leur attachée de presse, qui a repris les rênes de l’entreprise dans un esprit de continuité.

Bien que l’Instant Même ait pignon sur rue à Longueuil, les deux cofondateurs demeurent des conseillers. La transition n’est pas tout à fait terminée. Il y a encore bien des archives à voir et à revoir. Et il y a des deuils à vivre avec le temps.

Lancée en 1985, la maison d’édition publie un premier recueil l’année suivante. Les 32 premiers livres étaient des nouvelles. Puis ce furent des romans, du théâtre.

Au fil des ans, leur méthode de travail a porté fruit. Dans les milieux littéraires, on parlait de l’école de l’Instant Même. «Au début, nous n’aimions pas cette expression», raconte Gilles Pellerin. Car faire école, c’est toute une responsabilité.

«Nous nous sommes rendu compte que c’était vrai, ose Marie Taillon. Nous avions une idée de ce que nous voulions à la fois comme texte et comme genre littéraire. La littérature, c’est quelque chose d’esthétique. En relisant quelques livres lorsque nous préparions la fête des 30 ans de l’Instant Même, j’ai compris que nous étions plus que de simples éditeurs, mais des producteurs de beauté.»

Et le couple raconte ses débuts dans l’édition alors que tout se passait dans la maison. L’accompagnement des auteurs, la rigueur qu’ils appliquaient, la cohérence dans les histoires. «Ce pouvait être dans les noms des personnages ou dans les actions. Steve, comme prénom dans une histoire des années 1960, ça ne se pouvait pas. Ou encore un personnage japonais qui touche quelqu’un, ça ne fait pas partie de cette culture», raconte M. Pellerin dans quelques anecdotes.

Et parfois, il y avait quelques reproches des enfants : les parents s’occupaient plus de l’entreprise que de la marmaille, relate M. Pellerin.

Des projets plein la tête

Les cofondateurs ont encore des projets pour leur «troisième vie» de parents et grands-parents. Mme Taillon mijote quelques projets tout en soulignant qu’elle n’a pas encore terminé le deuil de sa vie d’éditrice.

M. Pellerin, lui, continue d’enseigner la littérature au Cégep Garneau tout en se demandant maintenant comment il a pu trouver l’énergie pour mener deux carrières de front. Il y aura probablement d’autres publications à son actif d’auteur dans un proche avenir.

«Le métier d’éditeur a des moments carrément exaltants», insiste-t-il. «Chercher avec un auteur à résoudre un problème ou une difficulté dans un passage et trouver la solution, c’est exaltant.» Aujourd’hui, il admet qu’il doit réapprendre à lire, non plus comme éditeur, mais comme celui que se laisse toucher par une histoire, par les mots, non par les règles de grammaire ou les fautes.

Et pourquoi l’Instant Même? L’entreprise avait d’abord été incorporée comme la maison d’édition de l’Instant, mais une entreprise en France avait fait le même exercice quelques mois avant. Pour éviter que les deux éditeurs ne puissent distribuer leurs livres de part et d’autre de l’Atlantique, il valait mieux changer de nom. C’est ainsi que l’Instant Même a pris son envol et continue son aventure avec une nouvelle propriétaire.