La présidente du Diamant, Lynda Beaulieu, est fière de voir les citoyens de Québec s’approprier ce lieu de culture.

Lynda Beaulieu: la face cachée du Diamant

D’entrée de jeu, Lynda Beaulieu ne cache pas son étonnement et sa gratitude d’avoir été choisie lauréate Le Soleil/Radio-Canada. Aussitôt tient-elle à amener ses camarades avec elle sur le podium. «Ça me touche énormément. C’est un honneur que je veux partager avec mon équipe extraordinaire. Je leur dis chaque jour, soyez fiers de vous. On n’est rien tout seul, on est grand seulement en équipe.»

L’ouverture du Diamant, début septembre, a été le fil d’arrivée d’un éreintant marathon pour Lynda Beaulieu, son frère Robert Lepage et leurs collègues d’Ex-Machina. Et comme dans toute course de longue distance, les moments de découragement ont été nombreux.

«J’aurais pu sacrer ça là tellement souvent, lance la femme d’affaires au franc-parler. Ç’a été houleux et difficile. Il y a des fois où on était au bout du rouleau. Mais je ne cessais de dire à mon équipe qu’un projet comme ça, ça se bâtit pierre par pierre.»

Des doutes sur Place d’Youville

Depuis le jour où le duo familial a commencé à rêver d’un lieu culturel avant-gardiste, ouvert au plus grand nombre, beaucoup d’eau a coulé devant le cap Diamant. À l’origine, rappelle-t-elle pour la petite histoire, le projet devait voir le jour dans un espace souterrain, sous l’autoroute Dufferin-Montmorency. L’idée a été abandonnée en raison des coûts jugés prohibitifs. S’est alors présentée l’opportunité de retaper l’ancien édifice du YMCA, à Place d’Youville.

«Au début, ça ne me plaisait pas trop. C’était un secteur patrimonial, je me disais que ça allait être compliqué. Mais on s’est aussi dit que Place d’Youville avait besoin qu’on lui redonne ses lettres de noblesse.»

Son bâton du pèlerin bien en main, forte de ses arguments et de son pouvoir de persuasion, Lynda Beaulieu a réussi à convaincre les trois paliers de gouvernement du bien-fondé du Diamant. L’entreprise privée a également été mise à contribution dans cette aventure dont la facture finale s’élève à 57 millions $.

Succès inespéré

Toutes ces années à composer avec les écueils — «J’avais baptisé mon bureau le département des troubles...» — sont maintenant loin derrière elle. C’est avec la fierté du travail accompli qu’elle voit les gens d’ici et d’ailleurs adopter si rapidement le Diamant et sa programmation qu’on souhaite la plus éclectique possible.

Une récente conversation avec un homme d’affaires, qui n’y avait jamais cru, lui a fait chaud au cœur. «Un monsieur, que je ne connaissais pas, est venu me voir pour s’excuser d’avoir fait partie des détracteurs du projet. Ça m’a fait chaud au coeur.»

Le succès du Diamant «dépasse nos attentes», ajoute-t-elle. La pièce Les sept branches de la rivière Ota, a fait courir les foules, dont bon nombre de touristes européens, souligne-t-elle. La programmation des prochains mois devrait continuer à attirer les projecteurs. À compter du 18 novembre et pour mois, son célèbre frérot sera à l’honneur dans son grand succès 887, puis, au début de l’an prochain, dans la reprise de Quills.

«Ma première job, c’est d’être l’agente de Robert et de faire en sorte qu’il soit heureux afin qu’il puisse faire tout ce qu’il a envie. Et ce que je vois depuis que nous sommes ici, c’est un homme heureux.»

Pour la suite des choses, Lynda Beaulieu souhaite par-dessus tout que le public continue à chérir Le Diamant, qu’elle voit comme un vecteur insoupçonné de transformations individuelles. «Car oui, la culture, ça sauve des vies.»