Même s’il croit que sa médaille de bronze ne changera pas sa vie, Alex Beaulieu-Marchand estime que cette reconnaissance olympique lui permettra de mener la suite de sa carrière à sa manière.

L’incroyable calcul d’Alex Beaulieu-Marchand

Dans le sport, les plus savants calculs ne donnent pas toujours les meilleures réponses. Et une équation mystère peut parfois mener à la consécration.

Alex Beaulieu-Marchand s’était quasiment convaincu, il y a quelques semaines à peine, qu’il lui valait mieux prendre sa retraite. Que les pirouettes du ski acrobatique en style libre, «si c’est trop dangereux, si ç’a pas de bon sens, je ferais mieux d’arrêter ça là», se disait-il du fond de son divan, pendant que le temps effaçait les symptômes d’une sévère commotion cérébrale.

Mais la suite s’est avérée aussi inattendue qu’inespérée. L’athlète de 23 ans de Saint-Augustin-de-Desmaures s’est acharné à revenir d’une énième blessure. Et il se balade avec une médaille de bronze olympique au cou depuis une semaine.

«J’ai fait tellement de sacrifices, juste pour retrouver la santé et me rendre aux Jeux. Mon objectif était de faire ma meilleure performance possible, mais ç’a dépassé toutes mes attentes. J’ai si peu skié dans les derniers mois, je n’en reviens toujours pas! C’est incroyable!» a-t-il dit au Soleil, mercredi, en direct de la Corée du Sud, dans ce qu’il espérait être sa dernière entrevue après quatre journées de tournée médiatique.

Beaulieu-Marchand roulait alors à bord d’un autobus qui le ramenait de la compétition de bobsleigh, à laquelle il venait d’assister avec ses amis Mikaël Kingsbury et Philippe Marquis, des bosseurs du Québec, et Evan McEachran et Teal Harle, des slopestylistes comme lui. Les boys du freestyle canadien se promettaient d’autres activités comme supporteurs et comme touristes avant le retour au bercail, lundi, dans le cas de Beaulieu-Marchand.

Oui, l’état de sa tête l’a inquiété. Mais il y a aussi son genou, qu’il fera bientôt opérer pour retirer un fragment de cartilage, avant de voir si l’œdème osseux persiste à lui causer des problèmes. Puis, il y a cette tige de métal à faire enlever à la clavicule.

Celui que tous surnomment ABM, par ses initiales, assure ne pas être à plaindre. Il estime que cette reconnaissance olympique lui permettra de mener la suite de sa carrière à sa manière.

C’est-à-dire poursuivre ses projets de films de ski, commandites à l’appui, et participer dans les prochaines années juste aux compétitions dont il a envie,
X Games, Dew Tour et Championnats du monde.

«Je vais probablement aussi faire la Coupe du monde [de big air] de Québec [22 et 23 mars pour le ski], parce que c’est à la maison», ajoute-t-il, parlant de plus d’un voyage de... ski à venir, mais «pour le plaisir, dans la poudreuse».

Toujours zen

À part quelques suiveux de plus sur les réseaux sociaux, ABM croit qu’une médaille olympique ne changera pas sa vie. Il reste fidèle à son style zen, posé, calme, terre à terre, même si son talent consiste à plus ou moins voler avec une paire de skis aux pieds.

«Il est très terre à terre, cet enfant-là», a d’ailleurs confié sa mère, Andrée Marchand, au collègue Jean-Nicolas Patoine, lors de la soirée de compétition. «Il est l’fun, sensible et calme. Tout le monde me dit: “Ça doit être un casse-cou, un énervé?” Pas du tout! Il n’est pas casse-cou. Il ne se lance pas dans le vide sans calculer. Il calcule, mais il n’est pas peureux.»

Un calcul qui le place pour l’éternité au sein du cercle restreint d’une douzaine d’athlètes de la région de Québec élargie à avoir rapporté une médaille des Jeux olympiques d’hiver. Un incroyable calcul.