Les efforts de Jean-François Bégin ont permis de récolter 65 000 $ pour la Fondation de l'Hôtel-Dieu de Lévis.

La course autour du monde de Jean-François Bégin

Relever un défi colossal, c'est bien. Le faire au profit d'une fondation, c'est mieux.
Jean-François Bégin aurait peut-être été nommé lauréat de la semaine, même si ses efforts n'avaient pas permis de récolter 65 000 $ pour la Fondation de l'Hôtel-Dieu de Lévis, argent qui servira à la construction du Centre régional intégré en cancérologie. Car courir 1545 kilomètres en cinq épreuves dans des contrées désertiques est tout sauf banal, peu importe les raisons qui poussent un homme (ou une femme) à volontairement subir pareille torture.
Et l'argent amassé n'est que la pointe de l'iceberg des effets de l'implication du Dr Bégin, selon le directeur général de la Fondation, Denis Légaré. «C'est la graine supplémentaire qui permet d'installer une culture philanthropique, remarque-t-il. Malheureusement, au Québec, on est un peu en retard là-dessus par rapport au reste du Canada. De voir des gens s'investir financièrement ou physiquement. Et dans son cas, c'était les deux.»
M. Légaré ne se gêne pas pour le dire : il a «utilisé» le coureur afin d'inspirer d'autres personnes. Il relate entre autres cette journée pendant laquelle les élèves de trois écoles privées de Lévis ont couru quatre kilomètres après avoir assisté à une conférence du Dr Bégin.
Habité par l'idée de courir dans le désert après son baptême du genre dans l'Atacama en 2014, M. Bégin a décidé de joindre l'utile à l'«agréable», il y a 22 mois. Au départ, cinq courses l'attirent. Mais il est incapable de choisir.
«Une nuit, je me suis littéralement réveillé à 3h du matin. J'ai dit : je viens de trouver. Je vais faire les cinq courses, je vais les brander et je vais présenter ça à la Fondation», raconte Dr Bégin. Une semaine plus tard, il trouve le commanditaire - Dessercom - qui l'aidera à assumer une partie de ses frais.
Dans les mois suivants, il se rendra en Utah, en Namibie, en Chine, en Antarctique et en Australie, d'où il est revenu il y a quelques semaines. Des épreuves de 230 à 522 kilomètres courues en 7 ou 10 jours.
M. Bégin est un pur «produit» de la région de Québec. Il a étudié au Séminaire Saint-François, puis au Cégep de Sainte-Foy et à l'Université Laval, où il a d'abord fait un baccalauréat en Sciences de l'activité physique avant d'aller en médecine.
À 40 ans
Il avait déjà 40 ans lorsqu'il a commencé à s'entraîner pour les 250 km de l'Atacama, ses premiers pas dans le monde de la course. Pourquoi commencer petit?
Ce sport fait maintenant partie de son quotidien. Il a couru la région de Québec d'un bout à l'autre, connaît toutes les pistes. Depuis sa résidence de Cap-Rouge, il a souvent joggé jusqu'à son lieu de travail, au coeur de Lévis. Avant de revenir de la même manière, une fois la journée terminée.
Pendant des courses comme celles d'Opération Désert5, il y a ces moments où «tu penses à plein de choses», ou à plein de gens, comme les membres de la famille et les amis. Mais «il y a de grands bouts où tu ne penses littéralement à rien. Tu cours, tu cours, et tu oublies que tu cours», souligne Jean-François Bégin.
Il a certes connu des passages psychologiquement difficiles pendant ses 1545 kilomètres. Mais il sera chaque fois venu à bout de ses démons.
Au-delà de la souffrance et de la réussite, il retient d'abord les rencontres. Côtoyer ces gens passés par le même cheminement est «phénoménal», dit-il. «Tu vois une personne comme ça dans ta vie et tu lui demandes si elle peut être ton amie. Et là, t'es parmi plusieurs de ces gens-là, alors c'est extrêmement inspirant.»