Jocelyn Letourneau a toujours aimé brasser des idées et les confronter pour trouver quelque chose de neuf.

Jocelyn Létourneau: brasser des idées pour voir l'avenir

Bien souvent lorsqu’on pense à l’Histoire, on pense au passé. Mais le passé, souligne Jocelyn Létourneau, c’est un grand tout rempli de multitudes d’histoires qu’il faut déterrer, réorganiser, pour donner un sens à chacune d’elle.

«Si vous demandez à une personne qui a été le premier des premiers ministres dans l’histoire du Québec, ce n’est pas cela qui vous révèlera sa connaissance de l’histoire du Québec. La plupart des gens échoueront ce genre de test. Mais si vous demandez ce qu’il sait de l’histoire du Québec, il racontera quelque chose qu’il connaît et qui le situe dans cette trame historique», avance le professeur.

Historien de formation «et de sensibilité», ajoute-t-il, Jocelyn Létourneau se réjouit de ce prix de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS) qui reconnait sa contribution exceptionnelle à la recherche scientifique en sciences humaines.

«C’est la carrière que l’on honore, pas simplement la publication d’une recherche ou d’un écrit, mais pour son impact scientifique et social. Je n’ai jamais perçu que l’intellectuel ou le professeur d’université doit rester dans sa tour d’ivoire. J’ai toujours la préoccupation de traduire mes recherches dans un langage accessible à des personnes qui ne sont pas des spécialistes en histoire ou des chercheurs.»

Outre son travail, il a toujours vu l’engagement dans les enjeux de société comme un devoir. Et particulièrement l’enseignement de l’histoire comme «la transformation des référents collectifs» qui nous guide.

M. Létourneau cumule 34 ans à l’université. Il a commencé ses études à l’Université Laval, puis à Toronto en plus de passages dans des universités prestigieuses comme invité, ou pour parfaire ses connaissances, comme à l’Institut des études avancées de Princeton, et à Lyon ou à UC Berkeley avec des bourses d’étude et de recherche.

Du temps pour penser

«Ce sont des endroits où l’on nous offre du temps pour réfléchir et exploiter tout ce que l’on peut accumuler comme données. Les instituts d’études avancées sont des oasis pour la pensée afin de faire le point.

«Lorsqu’on me demande qui je suis, je réponds que je suis le père d’une famille de quatre enfants avec ma conjointe, mais aussi professeur d’université, car c’est extrêmement important. L’université, c’est un lieu noble ou les idées doivent circuler, où on les brise à l’épreuve des faits pour que l’on puisse trouver un passage vers l’avenir.» Avec le passé qui regorge de plusieurs histoires, il y a des pistes à trouver pour des perspectives d’avenir.

«Le passé, expose-t-il, c’est l’ensemble de ce que l’on fait et de ce que l’on dit. Dans cette forêt exubérante, l’historien tente de mettre un peu ordre en choisissant une trame narrative dans l’une des histoires possibles. L’historien, dans ses choix doit y avoir aussi comme objectif d’ouvrir l’avenir.»

L’université l’a toujours fasciné et l’a façonné avec le temps. Le brassage des idées l’intéressait au plus haut point pourtrouver du sens dans la confusion du monde. La curiosité intellectuelle était développée au point que Jocelyn Létourneau s’intéressait à de nombreux sujets pour mettre en relation différents éléments qui forment la société.

Brasser des idées

Ce que Jocelyn Létourneau propose à ses étudiants : l’exploration intellectuelle de la matière brute que sont les faits «avec des idées pour féconder ces faits-là. On a un problème à résoudre. Alors, on attend des idées. Sur 100 idées, 99 ne seront pas fécondes, mais il y en aura une qui sortira du lot et on fera un bout de chemin dans la réflexion avec celle-là. On cherche pour approfondir la connaissance, non pour avoir une réponse définitive».

Pour lui la science n’est pas la certitude, mais la remise en cause de ce qu’on croyait être une certitude. Il n’y a jamais de réponse finale, mais une recherche constante, et des questions pour aller toujours plus loin.

Professeur, ce n’était pas prévu dans son parcours. C’est arrivé par la force des choses.