Jacques Simard est le chercheur principal du programme interdisciplinaire PERSPECTIVE, regroupant 25 chercheurs de plusieurs pays.

Jacques Simard: traquer le cancer

Lorsqu’il parle des recherches auxquelles il participe depuis plus de 25 ans sur l’empreinte génétique du cancer du sein pour le dépister rapidement, le professeur Jacques Simard s’anime et devient volubile.

En le regardant, il est facile d’imaginer les centaines de tableaux, les chaînes d’ADN qui défilent dans son esprit aux côtés des milliers d’interactions possibles causant des désordres. On voit presque dans ses propos les visages des autres chercheurs qui, comme lui, ont mis toutes leurs énergies à comprendre ce qui pouvait bien se produire dans la génétique humaine pour que certaines femmes soient plus à risque que d’autres d’attraper cette foutue maladie.

Après avoir publié en octobre une étude internationale majeure sur l’empreinte génétique du cancer du sein alors qu’il faisait partie des auteurs principaux ayant chapeauté ces travaux, le chercheur québécois a été honoré mercredi par le prix ACFAS Léo-Pariseau 2017 pour l’ensemble de sa carrière.

En jetant un œil sur ses travaux des dernières années à la suite de ses études en biologie amorcée en 1978 jusqu’à son doctorat en 1986, Jacques Simard reconnaît qu’il a dû faire preuve de détermination et de persévérance pour que les recherches fondamentales aboutissent. Et, surtout, encore bien du travail pour que les découvertes passent un jour dans la pratique pour dépister rapidement le cancer du sein chez les femmes dont la génétique montre des facteurs de risque élevés.

Approche personnalisée

«Il faut mettre en place une nouvelle approche personnalisée basée sur l’ensemble des facteurs de risques avec l’aide de la génomique, avance-t-il. Il y a des femmes de 40 ans qui devraient avoir des mammographies par imagerie en résonnance magnétique à cause de leur génétique et de leur histoire familiale. Le cancer serait rapide à dépister, et le traitement serait personnalisé pour juguler le cancer. Alors que des femmes dans la cinquantaine, à faible risque, pourraient avoir des examens aux quatre ans, voire cinq ans. La solution mur-à-mur identique pour toutes n’est pas aussi efficace et coûte plus cher.»

Une approche par les marqueurs, la génétique et la génomique donnerait des approches efficaces parce que personnalisée. Le dépistage précoce éviterait les faux positifs, le surdiagnostic, les traitements invasifs, le surtraitement et les effets psychologiques négatifs en plus de diminuer les frais.

Il donne l’exemple du test capable d’analyser 540 000 marqueurs, et qui ne coûte que 60$, pour mieux cibler les possibilités de cancer. Pas seulement pour le cancer du sein, mais celui des ovaires, de la prostate chez les hommes, et de bien d’autres cancers. 

C’est d’ailleurs ce que l’étude révèle avec l’identification de 72 nouvelles variations génétiques augmentant le risque de développement un cancer du sein. Or, l’analyse de multiples facteurs et des mutations permet un meilleur diagnostic. 

Les honneurs qu’il reçoit ces jours-ci, Jacques Simard les partage avec ses collègues du CHU et les autres chercheurs des équipes internationales dont il assume une partie du leadership pour l’avancement des travaux. «Voir tous ces gens travaillant dans la même direction, c’est ce qui fait mon bonheur en me levant le matin», conclut-il.