Passionné de théâtre, Jacques Leblanc est aussi amateur d’arts visuels. Il a reçu Le Soleil dans son salon, où trône l’œuvre «Le Cirque» du collectif Mama Knows Best.

Jacques Leblanc: un an de travail et d’émotions

Bien avant qu’on lui décerne le prix Paul-Hébert, remis chaque année à un interprète s’étant illustré dans un premier rôle au théâtre, Jacques Leblanc sentait qu’il tenait quelque chose de spécial avec le personnage de Salieri dans la pièce «Amadeus». Il le voyait dans le regard du public, à qui il s’adressait directement à titre de narrateur. Il le sentait dans les applaudissements. Son impression a été confirmée par tous ceux qui l’ont interpellé sur la rue pour le féliciter.

«Au théâtre, c’est rare que ça arrive. Je me fais toujours arrêter pour me faire parler de Monsieur Arrêt-Stop dans Le village de Nathalie ou Monsieur Gazou [dans Sur la rue Tabaga]. Mais là! Évidemment que Montcalm est un bassin important de spectateurs du théâtre du Trident. Mais quand j’allais sur l’avenue Cartier, je me faisais arrêter à tous les trois pas…»

À la fin avril, Jacques Leblanc s’est glissé dans la peau du compositeur Antonio Salieri, qui sera rongé par la jalousie lors de l’émergence d’un jeune rival nommé Mozart (campé au Trident par Pierre-Olivier Grondin). Quatre semaines de représentations arrivées au terme d’un an de préparation pour Leblanc, qui portait le personnage central de cette pièce saluée par la critique. 

Il y avait d’abord ce texte colossal à mémoriser. «Je parle rarement de ça, mais là-dedans, il y en avait tellement! Sur trois heures, je devais parler pendant deux heures et demie. C’était effrayant!»

Personnage complexe

Le chemin vers Amadeus a aussi été chargé d’émotions, confie l’homme de théâtre. «Dès le moment où Alexandre Fecteau m’a appelé pour me demander de jouer le rôle, j’étais renversé, raconte-t-il. C’était pour moi une histoire formidable que je connaissais parce que j’avais vu le film plusieurs fois. J’aimais particulièrement ce personnage-là, que je trouvais très complexe. Quand Alexandre m’a appelé, je me suis mis à pleurer. C’est bizarre! C’est comme si je n’avais jamais eu de rôle...»

Le comédien ajoute que la musique l’a souvent ému pendant les répétitions. Et si les représentations ont été exigeantes — surtout qu’elles coïncidaient avec la fin de l’année au Conservatoire d’art dramatique de Québec, dont il est le directeur depuis deux ans —, elles ont aussi été émotives pour lui. Notamment parce que son père et de nombreux frères et sœurs (il vient d’une famille de 10 enfants) sont venus de Trois-Rivières pour le voir jouer.

«C’est comme s’ils venaient célébrer avec moi la beauté de ce rôle dans cette pièce si touchante et si grande. J’étais toujours très pris avec cette émotion d’avoir ma famille dans la salle», note-t-il.

Apprendre encore

Comédien d’expérience et metteur en scène aguerri, Jacques Leblanc dit continuer d’en apprendre sur son métier. Le défi relevé dans Amadeus lui a notamment permis de régler un problème de voix. «C’est un stress qui m’a suivi toute ma vie. Tout à coup, dans ce rôle-là, j’ai appris à me dégager de cette affaire-là», observe l’artiste.

Après cette «grosse année», Jacques Leblanc s’éloignera un peu des planches dans les prochains mois. Il jouera bien dans Les contes à passer le temps en décembre. Mais pour le reste, c’est sur son rôle de directeur du Conservatoire qu’il compte se concentrer. 

«Il faut que ça continue à être une école de haut calibre», tranche celui qui dit travailler pour que son établissement soit une école aimée du public. «C’est important qu’on ne dise pas: “le Conservatoire, c’est une école d’élite”. Ce n’est pas vrai! Ça ne coûte pas cher, n’importe qui peut entrer là. Et n’importe qui peut avoir envie de faire du théâtre ou de la musique dans sa vie…»