Après l'Ebola, le microbiologiste Gary Kobinger s'attaque à un autre virus: la fièvre hémorragique de Crimée-Congo. Et si le financement est difficile à obtenir, M. Kobinger garde espoir.

Gary Kobinger, nouvelles recettes contre les virus

Non seulement les avancées dans la lutte contre l'Ebola à la suite de l'épidémie de 2014 en Afrique ont permis de découvrir une nouvelle recette contre les infections, mais plus encore les chercheurs, dont Gary Kobinger, sont en train d'écrire «un tout nouveau livre de cuisine et des recettes qui serviront pour la création et la production d'une multitude de vaccins efficaces», illustre le microbiologiste. Le VIH, la malaria, la dengue, les formes d'influenza agressive pourraient bénéficier rapidement du nouveau livre de recettes.
«Avec les techniques de production de vaccins de la compagnie Medicago, nos méthodes de création de vaccins et de traitement, nous pourrions en l'espace de trois mois juguler une épidémie avec des moyens efficaces.»
«Quoi de mieux que de revenir à Québec pour ouvrir de nouvelles voies», raconte le natif de Québec qui a fait ses études à l'Université Laval. «Je rêvais de revenir à Québec à cause de la qualité de vie, de l'environnement. Les ouvertures se sont créées rapidement alors que j'étais en Afrique», souligne celui qui a pris la direction du centre de recherche en infectiologie de l'Université Laval au CHU de Québec.
«Je voulais revenir pour soutenir les jeunes dans leurs études en science, car j'ai bénéficié dans ma vie de support et d'encouragement qui m'ont permis de faire cette carrière de chercheur.»
Il parle alors du chercheur Guy Boivin et du directeur du centre de recherche, Michel G. Bergeron, dont il a pris le relais au CHU de Québec. «Michel a eu une grande influence de motivation au cours des derniers mois. Il était pour moi une source d'inspiration. Pendant que nous discutions au téléphone, lui à Québec, moi en Afrique, je songeais à la construction d'une structure qui permettrait d'encourager et de stimuler les jeunes à s'embarquer dans la recherche scientifique.»
Il poursuit à Québec ses recherches en collaboration avec d'autres sommités internationales. Son aventure dans le monde de l'Ebola avait commencé en 2000 alors qu'il était chercheur à Philadelphie tout en collaborant pour les essais avec le centre de recherche en infectiologie de Winnipeg pour les essais dans des laboratoires à ultra haute sécurité.
En 2005, il a été recruté comme chercheur puis il deviendra en 2008-2009, directeur du Programme des pathogènes spéciaux du Laboratoire national de microbiologie de l'Agence de la santé publique du Canada, situé à Winnipeg. «Plusieurs chercheurs dans le monde travaillaient dans la même direction à la suite des travaux de Heins Feldmann dont le modèle était construit autour des protéines de surface des virus comme élément de stimulation du système immunitaire.
Manque d'intérêt
Au moment de chercher des subventions pour contrer l'Ebola, les bailleurs de fonds ne voyaient pas l'intérêt. Le scénario du pire voulait qu'une grande ville puisse être infectée. Hormis les scientifiques, personne n'y croyait. Mais en 2014, la crise en Afrique de l'Ouest qui a changé la donne.
Alors que Gary Kobinger est en Sierra Leone pendant l'épidémie avec trois doses de traitement et des vaccins non encore homologués ni testés sur des humains, un médecin américain et une aide-soignante sont infectés au Liberia. Il y a des discussions sur l'essai expérimental pendant que la santé du médecin décline à vue d'oeil et que l'aide-soignante est dans le coma. On donne une dose au médecin qui sera mis dans l'avion vers Atlanta pour y recevoir deux autres doses. L'aide-soignante recevra deux doses en attendant le retour de l'avion qui la ramènera aux États-Unis. Les deux sont sauvés, guéris. Deux semaines plus tard, l'Organisation mondiale de la santé donne le feu vert. Les essais cliniques ne se feront pas en labo, mais sur le terrain.
Aujourd'hui, il reprend le bâton du pèlerin pour des fonds de recherche pour traiter le virus du CCHF (la fièvre hémorragique de Crimée-Congo). Les bailleurs de fonds sont aussi sceptiques qu'avec l'Ebola. Et pourtant la réalité de l'épidémie d'Ebola a été pire que les scénarios les plus pessimistes. Gary Kobinger ne perd pas espoir et rappelle ce qui s'est passé il y a de cela moins de deux ans en Afrique de l'Ouest. Ce n'était pas de la science-fiction.