Clément Turgeon a eu l’idée du Festif! alors qu’il avait 21 ans.

Clément Turgeon, visionnaire et Festif!

«L’espoir et les objectifs démesurés» de Clément Turgeon, fondateur et directeur du Festif! de Baie-Saint-Paul, se seront matérialisés. Depuis 2010, le festival bouscule l’offre culturelle régionale. À 32 ans, il cumule déjà une décennie d’expérience dans l’événementiel, et compte bien poursuivre la mission du festival encore longtemps : repenser le domaine et représenter la musique.

Dans la foulée de L’Éveil du géant en 2009, soulignant les 25 ans du Cirque du Soleil dans la ville qui a vu naître la multinationale, une bande de jeunes baie-saint-paulois se demandent comment la région pourrait être durablement revitalisée. Parmi eux, Clément Turgeon, 21 ans, croit qu’un festival de musique pourrait repousser les limites de la ville dans laquelle il a grandi. «C’est à partir de cette soirée du mois d’août que tout a déboulé.»

«La nuit de l’événement, à 3h du matin, on a vu le maire de Baie-Saint-Paul passer dans la rue. Je lui ai parlé de cette idée. Il m’a dit que la Ville pourrait contribuer», raconte-t-il. Le lendemain, il contacte l’Hôtel de ville.

Il œuvre alors comme travailleur de rue à la Maison des jeunes de sa municipalité. En parallèle, il entreprend des études en travail social à Québec. «J’étais à l’Université, mais je pensais juste au festival. Je suis allé dans les bureaux d’un des cofondateurs du Cirque du Soleil, Daniel Gauthier. Je suis sorti de là avec un chèque de 5000 $ et une lettre d’appui.» Ce même après-midi, il abandonne les cours et rentre à Baie-Saint-Paul.

Il accumule les petits emplois pour vivre. La première mouture du Festif! sera financée à coup d’emballage à l’épicerie et de monnaie de vestiaires dans les bars; les rencontres se déploient dans la roulotte de sa mère; les heures de bénévolats se multiplient.

«Mes amis me suivaient dans ma folie. J’avais de grosses attentes envers l’événement. On a pris beaucoup de risques, on aurait pu perdre la mise.» Mais même à 21 ans, les idées de grandeur sont claires dans la tête de Clément Turgeon. Le secret de la réussite? «Une communauté qui nous appuie. On vient de Charlevoix et on reste à Charlevoix.»

Lorsque l’événement déménage au centre-ville en 2012, plusieurs citoyens et élus municipaux s’opposent par peur de débordements. «On a dû faire beaucoup de politique», dit-il. Le festival demeure toutefois local et régional. «L’attention du reste du Québec s’est tournée à partir de la quatrième année avec l’ajout d’artistes internationaux», précise Clément Turgeon. Le nombre de scènes est passé de 2 à 25 en huit ans avec l’objectif que les spectacles demeurent intimes, malgré les 42 000 personnes agglomérées sur le site cette année.

D’un budget de 60 000 $ en 2010, le festival a pu s’amuser avec une enveloppe de 1,8 million en 2019. «Maintenant, on a l’appui de gros partenaires», fait valoir le fondateur.

Impliquer la région

Pour la municipalité de 7300 habitants dont une bonne partie de l’économie s’appuie sur le commerce des galeries d’art, l’impact d’un tel festival n’était pas perceptible. Tourisme Charlevoix considère aujourd’hui le Festif! comme un important outil promotionnel : 74 % des festivaliers proviennent de l’extérieur, et les retombées sont évaluées à 3,6 millions $.

Les commerçants et les producteurs de la région font aussi partie des avantages concurrentiels du Festif! La bière, l’alcool et la nourriture proviennent de Charlevoix, les traiteurs pour les artistes sont locaux, tout comme la majorité des fournisseurs.

En plus de contribuer à l’économie régionale, cette décision s’inscrit dans une politique de développement durable sévère. «On essaie de se garder à jour là-dessus. La responsable du développement durable ira à Nantes cette année pour se tenir informée», illustre Clément Turgeon. 

Alors que l’offre festivalière régionale pullule depuis quelques années, il croit que la compétition permet de rester compétitif. «Les gens souhaitent de plus en plus se déplacer en région pour les festivals. Il y a de l’offre parce qu’il y a de la demande, estime Clément Turgeon. Ça peut toute de même devenir préoccupant pour le financement. Le gouvernement n’aura pas le choix de grossir les budgets.» 

Parce que même après 10 ans, le financement demeure un défi. «On a entrepris une transition vers de meilleures conditions salariales cette année. On a besoin d’avoir de bonnes ressources. Les attentes des festivaliers sont plus grandes aussi.»

Dans les prochaines années, Le Festif! compte bien s’inscrire comme un organisme de diffusion culturelle et de sensibilisation. Une mission déjà entamée avec le Festif! à l’école, initiative par laquelle des artistes vont rencontrer les jeunes en milieu scolaire. Et Clément Turgeon? «Je me vois encore rester longtemps dans le milieu. J’ai juste 32 ans avec 10 ans d’expérience.»