Marianne, Brigitte Saillant, Christophe et Karl Sylvain revivront dans les prochaines semaines l'accueil d'un nouvel arrivant syrien.

Brigitte Saillant et Karl Sylvain: une histoire de familles

En 2015, chaque fois que Brigitte Saillant et Karl Sylvain lisaient les nouvelles ou écoutaient les bulletins télévisés parlant des réfugiés syriens, l'idée de venir en aide d'une manière ou l'autre à ces gens aux prises avec les affres de la guerre leur trottait dans la tête.
Le couple ne savait pas que cette aventure de parrainage deviendrait une histoire de familles, qu'il ne serait pas uniquement accompagnateur dans le processus de parrainage ni ne servirait de simple guide temporaire pour faciliter l'intégration des quatre nouveaux arrivants qu'il allait accueillir. 
Non, Brigitte Saillant et Karl Sylvain ne savaient pas qu'ils découvriraient de nouveaux amis : un père, une mère, deux jeunes enfants. Des membres d'une petite famille comme la leur devenus, au fil de la dernière année, des amis. Plus encore que des amis, mais des membres de leur famille élargie, comme des cousins.
«Je souhaite à tout le monde de vivre ce type d'expérience», lance Karl Sylvain avec une grande conviction, à la toute fin de l'entrevue. Sa conjointe Brigitte et leurs enfants Christophe et Marianne disaient quelques minutes plus tôt être prêts à revivre une pareille expérience. Une expérience qui a permis un partage de culture, de valeurs. Une expérience humaine qui va au-delà du fait d'apporter une aide technique pour l'installation.
Et pourtant, accueillir une famille de réfugiés apporte son lot de paperasserie, avouent Brigitte Saillant et Karl Sylvain, même si le gouvernement fédéral avait décidé d'ouvrir les portes toutes grandes pour accueillir 25 000 Syriens à la fin de 2015.
Au début de l'aventure, alors que le couple se demandait comment réaliser son projet de parrainage privé, il a vite constaté que prendre une famille en charge pour toute la première année impliquait non seulement du temps, mais aussi une somme considérable, une garantie financière frôlant les 20 000 $.
Dans leurs recherches, sur le site d'Immigration Canada, ils découvrent que le Comité d'accueil des réfugiés de la paroisse de Saint-Yves fait partie des organismes reconnus. D'ailleurs, le comité a accueilli des réfugiés de partout dans le monde, parrainant plus de 400 personnes au cours des 36 dernières années. L'expérience ne faisait aucun doute, les gens du comité savaient quoi faire. Le groupe savait comment solliciter des fonds pour cette garantie de prise en charge des besoins financiers d'une famille de réfugiés.
Brigitte Saillant et Karl Sylvain ont offert leurs services comme accompagnateurs, comme personnes-ressources de proximité. Ils seraient la première ligne d'accueil.
Ils apprennent à quelques semaines d'avis l'arrivée prochaine de la petite famille. Il faut trouver un logement, le meubler, l'équiper de tout. Le comité de Saint-Yves avait un logement dans la mire alors que le couple Saillant-Sylvain en avait repéré deux.
Tout était à faire. Karl Sylvain lance un courriel à ses amis et à des connaissances pour des lits, de la literie, des rideaux, des serviettes, des meubles, des électroménagers, de la vaisselle, etc. En deux semaines, la liste est complétée. Le logement est fin prêt.
Le 28 décembre 2015, ils se rendent à l'aéroport de Mont­réal, suivis de Pierre Sarault, du comité de Saint-Yves. La famille débarque avec quelques sacs et de rares effets personnels après trois ans dans des camps au Liban. Les quatre Syriens font partie des 200 réfugiés devant passer tous les contrôles avant de mettre le pied sur le sol canadien. Le retour se fait dans la tempête.
L'aventure commence. De l'épicerie aux trajets d'autobus, de l'inscription à l'école pour la petite de 6 ans, à la garderie pour le bébé, pendant que les parents sont à l'école de francisation. Ouvrir un compte bancaire, trouver un médecin, un dentiste. Une année de paperasse, de découverte. Découverte d'un nouveau pays, découverte d'étrangers devenus amis. 
Une année d'accompagnement se termine avec une maman qui reprend les études, un papa qui a un emploi à temps partiel en même temps qu'il étudie, une fillette au primaire, un fiston à la garderie où il attrape l'accent québécois. Une année d'accompagnement s'est terminée pour faire place à des repas avec des amis, et des Québécois qui découvrent une famille heureuse au point de faire fondre les préjugés d'avant.
«Je souhaite à tout le monde de vivre cette expérience», répète Karl Sylvain, qui revivra dans quelques semaines l'accueil d'un nouvel arrivant syrien, en l'occurrence le frère de la dame accueillie l'an dernier. Ça dérange, ça bouscule, mais ça fait du bien, ces histoires de familles.