Le lauréat

La grande odyssée de «Vicho»

Quand il a quitté le Chili en 2014, à l’âge de 19 ans, Vicente Ignacio Parraguirre Villalobos, alias «Vicho», ne connaissait presque rien du Québec et ne parlait pas du tout français. Presque cinq ans plus tard, il s’exprime parfaitement dans la langue de Molière, aura bientôt en poche un baccalauréat en administration des affaires et, surtout, a autour du cou une médaille de bronze des championnats canadiens de volleyball universitaire, remportée il y a quelques jours devant ses partisans avec le Rouge et Or de l’Université Laval.

«J’aurais aimé finir ça avec l’or, mais en même temps, je n’avais jamais gagné ne serait-ce qu’une ronde aux championnats canadiens. La foule était nombreuse, mes parents étaient venus du Chili pour me voir jouer et nous avons battu les Golden Bears de l’Université de l’Alberta en quatre manches. Ce sont de beaux moments que j’ai vécus ici, à Laval, avec mes coéquipiers, et le Québec gardera toujours une place spéciale dans mon cœur. J’y ai appris tellement de choses en tant qu’athlète et en tant que personne», déclare celui qui terminera sa formation ce printemps pour ensuite tenter sa chance au volleyball professionnel. 

Googler «Québec»

Il en a parcouru, du chemin, le jeune homme qui s’était amené à Québec à l’invitation de son compatriote Daniel Cuzmar Grimalt, qui était alors l’adjoint de l’entraîneur-chef Pascal Clément. «Daniel avait joué avec mon frère aîné et il avait donné mon nom à Pascal, qui avait regardé mon match aux Universiades de Kazan, en Russie. Il a aimé ce qu’il a vu et m’a invité à me joindre à l’équipe. À l’époque, je ne connaissais pas le réseau USports. Pour tout dire, je ne connaissais rien du Québec non plus. J’ai écrit «Québec» sur Google et je suis allé voir ce qui sortait!» rigole-t-il.

À son arrivée en septembre 2014, «Vicho» a donc dû s’adapter à une nouvelle culture, apprendre une nouvelle langue et un nouveau style de jeu. «C’était particulier, car le noyau de joueurs du Rouge et Or se connaissaient presque tous. C’est une très petite communauté, alors ils avaient presque tous joué ensemble par le passé», raconte celui qui n’a pas tardé à devenir un pilier de sa nouvelle équipe.

«Ma première année à l’Université, j’ai fait seulement des cours de français. Et à ma deuxième année, j’ai pu prendre la moitié de mes cours de base en anglais et l’autre moitié en français, ça a aidé à la transition», explique le numéro 5, dont la langue maternelle est l’espagnol, mais qui parle aussi un peu l’allemand. 

Il ne lui reste maintenant que deux cours à compléter pour obtenir son baccalauréat et passer à l’étape suivante de sa grande odyssée : vivre de son sport et, qui sait, peut-être participer aux Jeux olympiques avec l’équipe nationale chilienne. «C’est mon plan à court terme : aller jouer pro. Ça fait longtemps que je rêve de vivre cette expérience. Il y a de bonnes ligues en Europe et Gino (Brousseau, l’adjoint de Pascal Clément) a joué plusieurs années en France. Je laisse retomber la charge émotive des championnats canadiens et je regarde ça, tranquillement, pas vite.»

Rêve olympique

Bien sûr, le rêve olympique est encore bien présent dans l’esprit du volleyeur qui a déjà participé aux Universiades de 2013 et 2015 et qui participera en juillet et en août à ses premiers Jeux panaméricains à Lima, au Pérou. «Les Olympiques, c’est le rêve de n’importe quel athlète et justement, cet été, ce sont les qualifications mondiales pour les Jeux de Tokyo, en 2020. Le Chili fait partie des 24 équipes participantes. Les champions de six groupes de quatre équipes passent directement aux Olympiques et, pour les autres, il y a les qualifications continentales. Si le Brésil et l’Argentine se qualifient, on pourrait affronter la Colombie et le Vénézuéla, des équipes qu’on a déjà battues, en qualifications continentales», analyse «Vicho».

Pour les Jeux de Rio, la délégation chilienne avait raté de peu son rêve olympique avec un système de qualification différent. Engagée dans une lutte à finir avec le Mexique, l’Algérie et la Tunisie, l’équipe chilienne avait perdu contre le Mexique, mais battu les deux autres équipes. «Si le Mexique perdait 3 à 1 contre la Tunisie, on se qualifiait pour les Olympiques, mais le Mexique a perdu 3 à 2 et a obtenu la dernière place...», raconte celui qui compte bien aider l’équipe de son pays comme il a aidé celle de l’Université Laval dans l’atteinte de ses objectifs.

Le lauréat

Laura Doyle Péan: une énergie au service des autres

Laura Doyle Péan, est ce qu’on pourrait appeler une superwoman. Finissante du DEC Art, lettres et communication, profil Créativités et médias, elle est impliquée dans pas moins de huit comités au cégep Limoilou et à l’extérieur. Elle travaille également à la Librairie Pantoute. Son engagement, son leadership, et sa réussite scolaire ont été récompensés par la Fondation boursiers Loran avec une bourse de 100 000 $ sur quatre ans octroyés à 35 Canadiens parmi 5089 candidats. Tout ça avec le TDAH.

Au Cégep Limoilou, Laura Doyle Péan est porte-parole du comité local Entraide universitaire mondiale canadienne Limoilou, qui a amassé près de 46 000 $ pour parrainer des étudiants réfugiés et fait des activités de sensibilisation à la migration forcée. Elle est directrice générale du journal étudiant Le Phoque et s’est aussi engagée dans le comité environnement du Cégep ainsi que dans les comités de mobilisation politique, LGBT et femmes de l’Association générale des étudiantes et des étudiants du Cégep Limoilou. 

À l’extérieur, Laura est secrétaire du conseil d’administration de la Table de concertation du Mois de l’histoire des Noirs de Québec et s’implique auprès de l’Entr’actes. «Quand je suis arrivée au cégep, je ne connaissais personne. Je me suis dit : “faut que ça bouge”. Je suis allée à une séance d’information du comité de parrainage des réfugiés et ça m’a plu.»

Ces implications lui ont permis de faire un choix pour ses études universitaires. «J’ai rencontré plusieurs personnes et fait des découvertes sur mes intérêts», souligne Laura, qui entamera des études en droit à l’Université McGill à l’automne. 

Dès son plus jeune âge

Laura a comme croyance que lorsqu’on a la possibilité de faire des choses, il est important d’utiliser cette situation pour aider les gens qui n’ont pas cette vie. «C’est gratifiant de savoir qu’on est capable de faire la différence.»

Son implication dans des comités a commencé à l’école primaire, mais dès son plus jeune âge, elle a commencé à aider les autres. «D’après ma mère, je suis portée à aider les jeunes depuis que je suis petite. À un an, au parc, je suivais une enfant plus jeune pour le protéger», raconte-t-elle. «C’est quelque chose qui m’a toujours tenu à cœur et ça a développé un sentiment d’appartenance avec toutes mes écoles. Quand on s’implique, on a une voix et on s’aperçoit qu’elle compte», ajoute-t-elle.

Il faut dire que ses parents lui ont aussi servi de modèle. «Ils sont très impliqués aussi.» Pour la petite histoire, Laura Doyle Péan est la fille de l’écrivain, animateur et journaliste Stanley Péan.

Le TDAH, une force

Comment on fait pour concilier, études, travail et implications alors qu’il n’y a que 24 heures dans une journée? Son secret : son agenda. «Pas le temps pour la procrastination. C’est possible de se concentrer et de faire ses taches parce qu’on ne peut pas les remettre au lendemain», fait-elle valoir. Laura a toujours été performante à l’école, ses implications sont naturelles, mais elle a relevé certainement son plus gros défi avec le TDAH.

«Le TDAH, c’est une force en ce moment, mes multitudes de projets me permettent de canaliser et de dépenser mon énergie. Mais ça n’a pas toujours été facile. Au primaire et au secondaire, je devais prendre des médicaments. J’ai été suivie par un psychologue pour gérer mon temps, le travail en équipe et le stress», confie-t-elle.

Son implication dans les comités lui a donc appris à se contrôler et à vivre avec le TDAH, mais il ne faut pas s’en mettre trop sur les épaules d’un seul coup. «J’ai l’impression d’en faire jamais assez. J’ai appris à me restreindre et à prioriser certains projets», avoue-t-elle. «En faisant partie de plusieurs comités, c’est également facile de faire des liens entre les différents projets et de faire des projets plus grands», poursuit-elle. Laura Doyle Péan a maintenant le désir et l’ambition d’inspirer d’autres jeunes à s’impliquer. 

Lauréat

Anne-Marie Olivier remporte le titre Grand Lauréat 2018

La directrice artistique du Trident, Anne-Marie Olivier a été consacrée personnalité de l’année par Le Soleil et Radio-Canada, lundi soir, pour son travail et son engagement dans le milieu des arts de la scène depuis plus de 20 ans.

Alors que Québec rendra hommage, mardi soir, aux victimes de la tuerie de la Grande Mosquée en 2017, Anne-Marie Olivier a incité les Québécois, dans son discours de remerciement, à se rapprocher. «On est tous unis les uns avec les autres. Réchauffons-nous à ces feux qui sont la solidarité, l’amitié, l’amour. Tous ces liens gratuits, immenses, et beaux qui nous rendent si beaux.»

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Comédienne, auteure, et directrice artistique d’un théâtre, Anne-Marie Olivier a posé ses valises à Québec en 1997 pour suivre des cours au Conservatoire d’art dramatique de Québec.

Cette formation l’a menée à créer des pièces de théâtre bâties sur des histoires vraies. Depuis, elle arpente la ville pour y déceler la matière pour le théâtre comme lui suggéraient ses professeurs. 

«J’espère que cet honneur va rejaillir sur les femmes créatrices de Québec. On n’a pas à être gênée de quoi que ce soir ici. Il y a énormément d’idées, d’imagination», a-t-elle souligné.

À la fois surprise et honorée d’avoir été choisie, Mme Olivier espère être digne d’un tel prix. «Je suis un peu sans mot, dans le sens où j’espère pouvoir continuer longtemps à faire mon métier et à parler aux gens, à leur tête, à leur cœur. Je suis honorée parce que tous ces gens-là [les lauréats] font une énorme différence dans la vie et je trouve ça immensément beau», a-t-elle confié.

Son travail avait été aussi récompensé cet automne avec le prestigieux Prix littéraire du gouverneur général, dans la catégorie théâtre, pour sa pièce Venir au monde.

Personnalités marquantes

En plus du grand lauréat, la 15e soirée du lauréat Le Soleil–Radio-Canada a récompensé sept autres personnalités dont l’influence est marquante dans la région de Québec, voire au-delà. Une façon de récompenser des gens connus, mais surtout des gens méconnus du grand public et qui réalisent des choses extraordinaires dans leur domaine.

Le chimiste-professeur-chercheur, Normand Voyer s’est distingué dans la catégorie Science. Le patron du Groupe TAQ, Gabriel Tremblay a été récompensé dans la catégorie Société. Marie-Claude Houle, la première femme à la présidence du conseil d’administration de l’Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (ACRGTQ) a reçu les grands honneurs dans la catégorie Affaires. L’auteur-compositeur-interprète Hubert Lenoir qui fait tourner toutes les têtes depuis un an a été choisi sans surprise dans la catégorie Arts et Spectacle, tandis que le jeune scientifique Jonathan Lévesque a été couronné dans la Catégorie Jeunesse pour la création d’un cœur artificiel. Enfin dans la catégorie Sports, c’est la vice-championne olympique en slopestyle aux jeux de PyeongChang 2018 et médaillée d’or en big air aux X Games, il y a quelques jours, Laurie Blouin qui a reçu le trophée.

Le coup de cœur du jury est allé au comédien et auteur Roland Lepage pour ses 75 ans de carrière. 

Le Lauréat

Germain Lamonde: à la hauteur de ses ambitions

Quand il a lancé EXFO en 1985, Germain Lamonde avait déjà l’ambition de devenir un numéro un mondial dans son domaine. Il peut dire mission accomplie depuis le début des années 2000 et ses efforts ont été récompensés en 2018 quand la firme Ernst & Young lui a remis le prestigieux prix de l’entrepreneur de l’année au Canada.

Dès son plus jeune âge, Germain Lamonde se destinait au monde des affaires. La fibre entrepreneuriale était en lui bien avant la fin de ses études à l’Université Laval. «Pour moi, ça a toujours été clair que j’allais me lancer en affaires. J’ai débuté en élevant des lapins sur la ferme, ensuite j’ai opéré une disco-mobile. L’occasion de lancer mon entreprise s’est présentée dès la fin de mes études de maîtrise», raconte-t-il à propos de la naissance d’EXFO dans son appartement de la rue Joffre.

«Au départ, nous avions fait un plan stratégique pour les cinq premières années d’EXFO. Nous avions des ambitions très élevées, mais je dois vous dire qu’on a atteint tous nos objectifs et que, dans certains cas, on les a même dépassés», explique M. Lamonde en entrevue avec Le Soleil. «Notre but était de devenir un leader mondial. Ça a pris 16-17 ans, mais on y est arrivé», indique celui qui demeure toujours le président exécutif du conseil d’administration d’EXFO après avoir laissé la présidence et la direction générale entre les mains de Philippe Morin en 2017.

Numéro un

L’entreprise est numéro un mondial dans le domaine de la fibre optique, parmi les cinq leaders dans le domaine des systèmes sur réseau et parmi les deux plus importantes entreprises pour les tests de réseaux à très haute vitesse. Comme plusieurs entreprises qui réussissent, M. Lamonde avoue avoir reçu de nombreuses offres d’investisseurs intéressés à en faire l’acquisition. «J’ai certainement reçu plus d’une centaine d’offres d’achat. Mais pour moi, c’est très important de continuer à construire une organisation qui fait qu’au Québec, on a des entreprises qui sont des leaders dans leur domaine.»

EXFO gère un chiffre d’affaires annuel de 300 millions $ et engage 2000 personnes à travers le monde, dont 700 au Québec. Ce n’est cependant que 1 % de son chiffre d’affaires qui se réalise dans la Belle Province. «On ramène au Québec de l’argent de plusieurs endroits dans le monde», souligne-t-il.

Aujourd’hui, c’est 40 % du marché d’EXFO qui est consacré aux appareils qui servent à tester les réseaux de télécommunications. «Nous sommes vraiment l’un des plus importants joueurs dans le domaine de la surveillance des réseaux de télécommunication. Par exemple, pour des clients comme AT&T et Verizon, on analyse en temps réel des centaines de milliards de bits par seconde pour trouver les défaillances», indique M. Lamonde.

Pour l’homme d’affaires, créer de la richesse est devenu une responsabilité. «On a la chance d’avoir un système de santé et d’éducation qui a permis à mes six frères et soeurs et à moi, tous élevés sur une ferme, d’aller à l’université et de réussir. Il n’y a pas beaucoup de pays où c’est possible, alors je pense que c’est très important de redonner à la société.»

Ainsi, EXFO est toujours très engagée dans la campagne de financement de Centraide. «Chaque année, nous remettons près de 250 000 $ à l’organisme. Pour nous, c’est une façon d’être un bon citoyen corporatif», poursuit celui qui avait également fait un don personnel d’un million $ à l’Université Laval en 2017 pour appuyer la relève en science et en ingénierie. 

Rendre à la communauté signifie aussi, pour M. Lamonde, s’engager dans des organisations comme le conseil du numérique, qui aide le gouvernement québécois à voir les grandes tendances sur l’horizon 2022-2025, ou alors l’Évolution des services en nuage dans le corridor Québec-Ontario pour la recherche et l’innovation (ENCQOR), qui vise à faire du Canada un joueur clé dans ce domaine. L’homme d’affaires est actuellement le président de ces deux organisations.

Le Lauréat

Mélissa Lapierre: la prise de parole efficace dans l’action

Avocate de formation, Mélissa Lapierre a toujours été passionnée par les communications sous diverses formes : conférences, rédaction, animation à la télévision, théâtre. À tel point qu’elle a fondé son entreprise avec son conjoint Nicolas Harton. Leur but étant de former les entrepreneurs à la prise de parole efficace.

Elle ne s’attendait pas à remporter un prix au du Réseau des femmes d’affaires du Québec. Pour elle, avoir été choisie parmi les finalistes, c’était déjà un grand honneur. Alors, gagner le prix dans la catégorie «nouvelle entrepreneure» lui procure une grande joie et une grande impression de reconnaissance de la part de ses pairs.

Après ses études en droit et son stage au contentieux du Centre jeunesse de Québec, elle change de carrière. «Je savais que je ne pratiquerais pas le droit. La formation m’intéressait. J’adorais toute la structure argumentaire. Je voulais apprendre à plaider, à persuader et à influencer» par les communications.

Mélissa Lapierre devient alors directrice des communications de l’organisation Forces Avenir pendant trois ans. «Puisque j’étais dans une organisation sans but lucratif. J’ai touché à tout, même au développement des partenariats. J’ai appris beaucoup dans une expérience très formatrice.»

Réaliser un rêve

Après ce passage, elle sent qu’il est temps de réaliser son rêve de devenir travailleuse autonome. Pendant huit ans, elle est rédactrice pigiste en plus de s’occuper d’animation d’événements et à TéléMAG. Avec son conjoint, Mélissa Lapierre avait une compagnie de théâtre qu’elle a abandonnée récemment tout en investissant dans l’immobilier.

En 2015, l’entreprise Communication futée est incorporée avec ses deux associés partenaires, pour se spécialiser dans la prise de parole efficace. «Tout cela vient d’une prise de conscience pour tous les deux dans nos expériences de communications», souligne Mélissa Lapierre. «Ce qui est au cœur de nos vies et de nos succès en affaires, c’est la prise de parole. C’est la capacité de communiquer efficacement pour rassembler et mobiliser les gens autour de nos projets.»

Son travail avec les entrepreneurs consiste à les former à la prise de parole dans un contexte d’affaires. «Nous avons constaté deux tendances, expose Mme Lapierre. Il y a ceux qui sont timides et qui feront tout pour éviter de prendre la parole en public. Et il y a ceux qui sont à l’aide de prendre la parole, mais dont le discours n’a pas d’impact. Alors nous avons décidé de monter un programme d’accompagnement en cinq étapes pour aider les entrepreneurs dans leurs communications.»

Pour elle, la prise de parole en public doit être efficace pour générer des résultats d’affaires que ce soit par une conférence ou dans une vidéo sur le Web. Il faut que tout soit structuré, les entrepreneurs doivent conserver leur naturel dans un concept que Mme Lapierre qualifie de bande-annonce de 20 secondes pour capter l’attention.

«Notre entreprise n’a que trois ans, ajoute Mme Lapierre. C’est une reconnaissance qui donne des ailes et l’énergie pour avancer.»

Pour l’avenir, Mélissa Lapierre veut développer deux volets de formation. Le premier se fait par la présence dans les entreprises et les grandes organisations avec des conférences et des ateliers pratiques pour développer des compétences dans l’action sur le terrain. Le second pôle de développement passe par des formations en ligne à partir de vidéos, de documentation et d’exercices pratiques pour relever des défis. «Nous avons deux formations en ligne actuellement, une sur la gestion du trac et l’autre sur le charisme. Il faut capter l’attention, maintenir l’attention et favoriser le passager à l’action.», raconte la jeune femme avec son énergie débordante. Par la technologie, elle veut dépasser les frontières du Québec pour toucher toute la francophonie.

Le Lauréat

Jocelyn Létourneau: brasser des idées pour voir l'avenir

Bien souvent lorsqu’on pense à l’Histoire, on pense au passé. Mais le passé, souligne Jocelyn Létourneau, c’est un grand tout rempli de multitudes d’histoires qu’il faut déterrer, réorganiser, pour donner un sens à chacune d’elle.

«Si vous demandez à une personne qui a été le premier des premiers ministres dans l’histoire du Québec, ce n’est pas cela qui vous révèlera sa connaissance de l’histoire du Québec. La plupart des gens échoueront ce genre de test. Mais si vous demandez ce qu’il sait de l’histoire du Québec, il racontera quelque chose qu’il connaît et qui le situe dans cette trame historique», avance le professeur.

Historien de formation «et de sensibilité», ajoute-t-il, Jocelyn Létourneau se réjouit de ce prix de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS) qui reconnait sa contribution exceptionnelle à la recherche scientifique en sciences humaines.

«C’est la carrière que l’on honore, pas simplement la publication d’une recherche ou d’un écrit, mais pour son impact scientifique et social. Je n’ai jamais perçu que l’intellectuel ou le professeur d’université doit rester dans sa tour d’ivoire. J’ai toujours la préoccupation de traduire mes recherches dans un langage accessible à des personnes qui ne sont pas des spécialistes en histoire ou des chercheurs.»

Outre son travail, il a toujours vu l’engagement dans les enjeux de société comme un devoir. Et particulièrement l’enseignement de l’histoire comme «la transformation des référents collectifs» qui nous guide.

M. Létourneau cumule 34 ans à l’université. Il a commencé ses études à l’Université Laval, puis à Toronto en plus de passages dans des universités prestigieuses comme invité, ou pour parfaire ses connaissances, comme à l’Institut des études avancées de Princeton, et à Lyon ou à UC Berkeley avec des bourses d’étude et de recherche.

Du temps pour penser

«Ce sont des endroits où l’on nous offre du temps pour réfléchir et exploiter tout ce que l’on peut accumuler comme données. Les instituts d’études avancées sont des oasis pour la pensée afin de faire le point.

«Lorsqu’on me demande qui je suis, je réponds que je suis le père d’une famille de quatre enfants avec ma conjointe, mais aussi professeur d’université, car c’est extrêmement important. L’université, c’est un lieu noble ou les idées doivent circuler, où on les brise à l’épreuve des faits pour que l’on puisse trouver un passage vers l’avenir.» Avec le passé qui regorge de plusieurs histoires, il y a des pistes à trouver pour des perspectives d’avenir.

«Le passé, expose-t-il, c’est l’ensemble de ce que l’on fait et de ce que l’on dit. Dans cette forêt exubérante, l’historien tente de mettre un peu ordre en choisissant une trame narrative dans l’une des histoires possibles. L’historien, dans ses choix doit y avoir aussi comme objectif d’ouvrir l’avenir.»

L’université l’a toujours fasciné et l’a façonné avec le temps. Le brassage des idées l’intéressait au plus haut point pourtrouver du sens dans la confusion du monde. La curiosité intellectuelle était développée au point que Jocelyn Létourneau s’intéressait à de nombreux sujets pour mettre en relation différents éléments qui forment la société.

Brasser des idées

Ce que Jocelyn Létourneau propose à ses étudiants : l’exploration intellectuelle de la matière brute que sont les faits «avec des idées pour féconder ces faits-là. On a un problème à résoudre. Alors, on attend des idées. Sur 100 idées, 99 ne seront pas fécondes, mais il y en aura une qui sortira du lot et on fera un bout de chemin dans la réflexion avec celle-là. On cherche pour approfondir la connaissance, non pour avoir une réponse définitive».

Pour lui la science n’est pas la certitude, mais la remise en cause de ce qu’on croyait être une certitude. Il n’y a jamais de réponse finale, mais une recherche constante, et des questions pour aller toujours plus loin.

Professeur, ce n’était pas prévu dans son parcours. C’est arrivé par la force des choses.

Le Lauréat

Camille Gagnon: la créativité au service de la réflexion

Depuis l’âge de 12 ans, Camille Gagnon rêvait d’une carrière dans le monde de la publicité. «Je faisais de la pub dans ma tête. Je créais des petites vidéos. C’est ce qui m’a mené à des études en communications au Cégep Limoilou et au baccalauréat en communication publique à l’Université Laval», se souvient la jeune femme de 25 ans.

Ce n’est donc pas un hasard si elle a été reconnue comme un élément marquant de la relève au Déjeuner des médias de Québec puisque son premier projet de vidéo sur les réseaux sociaux a été célébré à Cannes. On dit même «est tombée dans la marmite de la créativité dès sa naissance».

C’est probablement ce que son mentor, Luc Du Sault, vice-président et directeur de la création chez LG2, avait perçu lorsqu’il lui a offert un stage.

Elle savait qu’elle était finaliste au Déjeuner des médias, mais Camille Gagnon ne s’attendait à gagner. «C’est un gros encouragement. Ça fait vraiment plaisir d’être reconnue par les gens du milieu», avance-t-elle, d’autant plus que cela affirme sa crédibilité et une certaine notoriété dans le monde de la publicité.

Cinéma ou pub?

Il y a quelques années à peine, Camille Gagnon songeait à passer du côté du cinéma. «Je pensais que c’était ce que je voulais faire dans la vie. Mais la création d’un film, c’est long. J’adore le cinéma, pourtant ce que je veux faire ce sont des formats courts. Je veux raconter des histoires en 15 secondes, en 30 secondes ou en une minute. Il faut être créatif pour capter l’attention en si peu de temps. Je préfère créer 500 000 petits films plutôt que trois courts métrages», affirme-t-elle.

Le monde de la création publicitaire, notamment à la télé, les contraintes de production obligent à traiter de nombreux éléments pour créer un contexte qui fera passer le message. «Les tournages sont parfois longs et complexes. Mais c’est tellement le fun à réaliser. Ça change chaque semaine, il n’y a rien de routinier.»

Pour la jeune femme, son métier est un mélange de créativité pure et dure devant la feuille blanche pour trouver une multitude d’idées et le côté technique avec les plateaux de tournage, le choix des comédiens, le travail en studio. «Ça crée un bel équilibre entre le travail de bureau et sortir pour rencontrer des comédiens, superviser le tournage, voir le tout derrière les caméras» poursuit celle qui aime bien ce mélange de fonctions.

L’équilibre

Autant elle peut travailler sur des projets ayant une touche humoristique, autant elle développe le côté sérieux et rigoureux comme le travail qu’elle a fait dans l’équipe qui produit les publicités de la Société de l’assurance automobile du Québec au sujet des textos au volant. «Toute la planète fait de la publicité sur la sécurité routière ou l’alcool au volant. Ce sont des sujets récurrents où il faut trouver de nouvelles idées originales pour faire passer le message», précise Camille Gagnon.

Dans l’univers actuel où la publicité se fait sur toutes les plateformes numériques et traditionnelles, la jeune créatrice a choisi de travailler chez LG2 parce que l’entreprise a à cœur d’éviter «la pollution visuelle et publicitaire. Nos concepts sont appréciés des Québécois. Ils sont remarqués et ils sont souvent primés», dit-elle devant un mur rempli de trophées et de mentions d’honneurs obtenus au pays et à l’international.

Les trophées ne sont pas une fin en soi, dit-elle, mais ils montrent le niveau créatif de l’entreprise qui cherche à divertir, à faire comprendre, à sensibiliser à des enjeux, à faire rire comme à faire réfléchir.

Hors du bureau, Camille Gagnon exprime son côté créatif dans les arts; que ce soit la poterie, la peinture et même dans l’écriture. Son travail lui donne la possibilité de relever un défi artistique important autant dans les images que dans l’expression des émotions. Pour elle, la publicité, c’est un art en soi!

Le Lauréat

Ramatoulaye Seye: déterminée à s’intégrer dans sa nouvelle vie

Lorsqu’elle a quitté le Sénégal avec son mari et ses trois enfants, Ramatoulaye Seye n’était pas dans une situation pénible au point de devoir changer de pays à tout prix.

Sauf que l’avenir de ses enfants était au cœur de ses préoccupations. Une grande traversée de l’Atlantique dans un nouveau monde pour toute la famille.

Travailleuse sociale de formation, elle œuvrait au palais de justice à Dakar depuis 17 ans. Son mari est docteur en biochimie. En arrivant au Québec en 2015, toute la famille devait vivre une série d’adaptations : nouvelle culture, nouvelle école pour les enfants, de nombreuses démarches pour faire reconnaître les diplômes, et puis le premier hiver à Québec.

Pleine d’entrain pendant l’entrevue, Ramatoulaye Seye raconte à quel point elle a voulu s’intégrer dans sa nouvelle ville, dans son nouveau quartier, pour apporter quelque chose de plus à la société qui l’accueillait. Sans contredit, elle est déterminée à tout faire pour s’intégrer.

C’est d’ailleurs cette attitude à Mme Seye qui a valu le Prix reconnaissance Pascale-Clément qui vise à honorer une personne issue de l’immigration dont le parcours d’insertion professionnelle et d’intégration personnelle dans la région de Québec est remarquable.

Pour se tailler une place sur le marché du travail, elle s’est retroussé les manches par une formation d’intégration avec Option-Travail en 2015, tout en effectuant du bénévolat et en travaillant dans un commerce de détail.

Son dévouement et sa propension à prendre soin des autres l’ont guidé dans ses démarches. Elle a fait 21 mois de bénévolat, huit heures par jour, quatre jours par semaine dans divers organismes pour se familiariser à la société québécoise.

Ramatoulaye Seye a choisi de prendre sa place au milieu des gens d’ici dans des formations et dans le bénévolat en attendant une reconnaissance de ses diplômes qui se fait attendre.

Bénévolat

Comme cette démarche prend du temps, elle a décidé de réorienter sa carrière en complétant une formation pour devenir préposée d’aide à domicile auprès des aînés. Pour elle, les aînés sont une richesse à préserver et à partager. «Nous avons un dicton chez nous, expose-t-elle. Lorsqu’un aîné meurt, c’est comme une bibliothèque qui se consume. Ces gens-là ont une sagesse, de l’expérience qu’il faut partager aux plus jeunes et à la société. Il faut faire en sorte qu’il soit en contact avec des gens pour partager leurs connaissances.»

C’est la raison qui la pousse à faire du bénévolat avec la Saint-Vincent-de-Paul de la paroisse Saint-Benoît à Sainte-Foy pour briser l’isolement de ces personnes.

Le bénévolat fait partie de sa façon de prendre sa place. Elle amène ses enfants lorsque c’est possible pour leur montrer le type d’engagement qu’elle a choisi. Son mari aussi fait du bénévolat. Et l’aîné de ses trois enfants sait qu’il fera du bénévolat l’an prochain au secondaire, ça fait partie de ses objectifs.

Les enfants âgés de 6, 9 et 12 ans, sont aussi déterminés que leur mère pour prendre leur place, Ramatoulaye Seye, autant dans les classes, avec les amis du quartier que dans les sports.

Créer son emploi

Tout cela l’amène à réfléchir et à penser à son avenir pour mieux s’intégrer dans sa terre d’accueil. Elle s’est inscrite au centre de formation professionnelle Maurice-Barbeau pour créer sa propre entreprise en misant sur ses 17 années en travail social. Que ce soit au Sénégal ou à Québec, prendre soin des autres fait partie de ses valeurs.

Le lancement de son entreprise sera la réalisation de son rêve : être son propre employeur, tout en venant en aide aux aînés qui sont seuls et en situation d’isolement.

Et le premier hiver, on s’y habitue comment? «Nous avons pris toutes les informations pour savoir comment affronter cette saison. Les vêtements ont été choisis en conséquence et les enfants se sont amusés dehors avec les amis», expose-t-elle pour démonter une facette de sa détermination.

Le Lauréat

Jonathan Lévesque: un coeur aussi vrai que celui des humains

Passionné de sciences, Jonathan Lévesque affirme même avoir une personnalité intense en décrivant les huit mois de travail, quasiment jour et nuit, pour mettre au point son cœur mécanique nouveau genre qu’il a présenté à diverses Expo-sciences pendant son secondaire 5.

Cette rencontre scientifique regroupant quelque 600 jeunes du secondaire et du collégial au pays avec leur projet scientifique retenu pour la compétition se tenait à Ottawa cette année. Pour 

Jonathan Lévesque, âgé de 17 ans, il s’agissait d’une deuxième participation à la compétition pancanadienne, chaque fois avec un nouveau projet. La première fois avec un drone conçu pour l’analyse des gaz et la détection des anomalies. Cette année avec un cœur mécanique totalement différent de ce qui existe sur le marché.

«J’ai remporté un prix dans la catégorie innovation et une médaille d’or avec mon cœur artificiel. Le fait d’être parmi les gagnants me donne une bourse d’admission pour m’inscrire dans diverses universités canadiennes, dont l’Université Laval et celle d’Ottawa», raconte-t-il avec fierté.

Déjà à 10 ans, il s’intéressait à la science. «J’ai commencé avec des ordinateurs que je transformais en serveurs. Je voulais trouver des trucs qui seraient utiles pour la maison. Rapidement je me suis davantage intéressé à l’ingénierie», souligne-t-il.

Le déclencheur

L’élément déclencheur de la recherche sur le cœur mécanique est arrivé soudainement lorsqu’une amie proche de sa famille a été victime d’un infarctus deux semaines avant son mariage. 

«J’ai commencé à m’intéresser au système cardiaque de l’être humain pour trouver des manières d’améliorer la situation des personnes qui ont des problèmes avec leur cœur», expose le jeune chercheur.

Pour mettre en œuvre son projet, Jonathan a consulté un anesthésiologiste cardiaque pour comprendre les contraintes à respecter pour la transplantation d’un cœur artificiel. Son cœur artificiel tient dans la paume de la main. Plus petit que ceux qui existent actuellement, il l’a conçu dans sa forme et ses fonctions pour qu’il soit le plus semblable possible au cœur humain avec un poids de 250 grammes seulement,

Il décrit la membrane flexible qui reproduit le mouvement des battements du cœur tout en expliquant les composantes mécaniques invisibles, dont les matériaux biocompatibles, les nombreux capteurs et moteur de la pompe centrifuge moins énergivore que les moteurs utilisés aujourd’hui, mais qui réagit à la demande en oxygène si la personne est au repos ou fait une activité. Il y a même des capteurs qui tiennent compte de l’altitude, car en altitude le cœur doit pomper davantage pour oxygéner le corps.

Un moteur qui s’adapte

«Mon moteur n’a pas qu’une seule vitesse, mais il s’adapte. Puisqu’il consomme moins d’énergie, la personne n’aura pas à porter un sac à dos pour transporter la pile. Elle tiendra dans un brassard et elle sera plus facile à recharger», précise l’inventeur qui veut continuer ses recherches pour améliorer son cœur artificiel. Si tout se déroule bien, ce cœur-là pourrait bien être transplanté un jour dans un corps humain.

Dans cette aventure scientifique, Jonathan admet avoir eu le soutien de ses parents, notamment dans sa période de nuits blanches où il voulait mettre au point le concept et la mécanique de son projet. Les prix ont été non seulement une grande reconnaissance du travail accompli, mais aussi un baume sur les hauts et les bas qu’il a vécu tout au long de sa démarche avant de se lancer dans une première présentation devant des juges à l’Expo-sciences locale.

Expliquer, décrire, faire comprendre, tout cela n’a plus de secret. Ces recherches, souhaite Jonathan Lévesque, devraient lui ouvrir la voie vers une carrière en médecine ou dans un domaine proche des biotechnologies.

Le Lauréat

Anne-Marie Olivier: la quête de sens dans les arts de la scène

Native de Victoriaville, Anne-Marie Olivier consacre sa vie au théâtre comme interprète et comme auteur depuis sa sortie du conservatoire d’art dramatique de Québec en 1997.

«Je ne pensais pas recevoir un tel prix au cours de ma carrière. Je suis très honorée, très reconnaissante. Je pense à tous les gens qui m’ont aidé à obtenir, à tous ceux qui m’ont donné une tape dans le dos pour m’encourager», souligne-t-elle en parlant du Prix du gouverneur général reçu pour sa pièce de théâtre Venir au monde.

Après des études en cinéma à l’Université de Montréal, elle venue pour des auditions à Québec «de façon très naïve», lance Anne-Marie Olivier. «Ici au conservatoire de Québec, il y avait des cours d’écriture et d’interprétation. Ça me convenait parfaitement, car je pouvais écrire et faire de l’interprétation. Cette école était faite sur mesure pour moi. Je ne pensais jamais aboutir ici à Québec», se souvient-elle.

C’est au conservatoire qu’elle a appris à ouvrir ses yeux sur la vie tout en se promenant en ville pour y déceler la matière pour le théâtre comme lui suggéraient ses professeurs. Cette formation l’a mené à créer des pièces de théâtre bâties sur des histoires vraies. «C’est ce qui m’a forgé comme créatrice», avoue-t-elle.

Quant au goût et à la sensibilité aux arts, elle le doit à ses parents qui, bien qu’ils n’étaient pas dans le monde artistique, avaient éveillé son esprit à divers moments. «As-tu écouté cette chanson, comme c’est beau? As-tu vu le coucher de soleil, comme c’est merveilleux», donne-t-elle en exemple pour illustrer les moments qui lui ont permis de développer sa capacité de s’émerveiller en favorisant l’émulation intellectuelle.

Le sens artistique

«Mon père, ce n’est pas un artiste. C’est un patenteux qui invente des solutions originales. Ma mère quand elle fait à manger, c’est aussi de la création. Ils sont professeurs, mais leur soif de connaissance, leur curiosité et leur amour du monde m’accompagnent toujours aujourd’hui dans ce que je fais et dans ce que je vis», ajoute la jeune directrice artistique du Trident.

Le travail dans le domaine des arts n’est pas toujours simple. Bien des artistes s’expatrient vers Montréal ou d’autres villes pour pouvoir vivre de leur art. Pour Anne-Marie Olivier, c’est compréhensible, car il faut de la chance, beaucoup de travail pour arriver à des sommets et de la foi dans ses moyens.

«Une carrière, ce sont des sillons que l’on forge et que l’on creuse sans toujours savoir où cela nous mènera. Alors un prix comme celui-là, c’est un encouragement», poursuit-elle, qui vient apporter un baume sur les périodes plus difficiles d’une carrière que l’artiste tente de bâtir.

Pour elle, les artistes sont des artisans, des chercheurs rencontrant des spécialistes et qui se nourrissent à plusieurs sources pour mener leur projet à bon port. «Dans mon milieu, je ne vois personne qui profite du système. Ce sont des gens qui travaillent comme des fous pour bâtir un monde meilleur. Ce qui m’intéresse dans l’art, c’est la création se sens. C’est une manière de transformer le pire en lumière, de donner du sens à ce qui n’en a pas, et faire en sorte que l’on soit plus sensible et plus conscient des enjeux qui nous entourent. On peut aborder bien des enjeux sous un autre angle sans faire la morale», souligne Anne-Marie Olivier avec beaucoup d’émotions.

Tant et aussi longtemps qu’elle le pourra, elle exercera son métier avec passion. Elle est venue au théâtre sur un coup de dés, se remémore l’artiste : «J’étais toute jeune, je n’avais même pas 20 ans. Si ça ne fonctionne pas, j’aurai essayé. Je suis toujours sur cette lancée. Tant que la vie va me le permettre, je ferai ce métier. C’est un métier passionnant.»

Elle rencontre de jeunes enfants pour les ouvrir au monde du théâtre. C’est comme cela que sont nés les ateliers créatifs Les Étincelles pour les jeunes de 6 à 12 ans. Pendant que les parents assistent à une représentation, les enfants créeront une œuvre théâtrale qu’ils présenteront aux parents et grands-parents à la fin de la représentation qu’ils sont venus voir au Trident. Cette initiative inédite plaît à Anne-Marie Olivier au plus haut point, elle qui veut partager sa passion au plus grand nombre de personnes possible.