Le Lauréat

Mélissa Lapierre: la prise de parole efficace dans l’action

Avocate de formation, Mélissa Lapierre a toujours été passionnée par les communications sous diverses formes : conférences, rédaction, animation à la télévision, théâtre. À tel point qu’elle a fondé son entreprise avec son conjoint Nicolas Harton. Leur but étant de former les entrepreneurs à la prise de parole efficace.

Elle ne s’attendait pas à remporter un prix au du Réseau des femmes d’affaires du Québec. Pour elle, avoir été choisie parmi les finalistes, c’était déjà un grand honneur. Alors, gagner le prix dans la catégorie «nouvelle entrepreneure» lui procure une grande joie et une grande impression de reconnaissance de la part de ses pairs.

Après ses études en droit et son stage au contentieux du Centre jeunesse de Québec, elle change de carrière. «Je savais que je ne pratiquerais pas le droit. La formation m’intéressait. J’adorais toute la structure argumentaire. Je voulais apprendre à plaider, à persuader et à influencer» par les communications.

Mélissa Lapierre devient alors directrice des communications de l’organisation Forces Avenir pendant trois ans. «Puisque j’étais dans une organisation sans but lucratif. J’ai touché à tout, même au développement des partenariats. J’ai appris beaucoup dans une expérience très formatrice.»

Réaliser un rêve

Après ce passage, elle sent qu’il est temps de réaliser son rêve de devenir travailleuse autonome. Pendant huit ans, elle est rédactrice pigiste en plus de s’occuper d’animation d’événements et à TéléMAG. Avec son conjoint, Mélissa Lapierre avait une compagnie de théâtre qu’elle a abandonnée récemment tout en investissant dans l’immobilier.

En 2015, l’entreprise Communication futée est incorporée avec ses deux associés partenaires, pour se spécialiser dans la prise de parole efficace. «Tout cela vient d’une prise de conscience pour tous les deux dans nos expériences de communications», souligne Mélissa Lapierre. «Ce qui est au cœur de nos vies et de nos succès en affaires, c’est la prise de parole. C’est la capacité de communiquer efficacement pour rassembler et mobiliser les gens autour de nos projets.»

Son travail avec les entrepreneurs consiste à les former à la prise de parole dans un contexte d’affaires. «Nous avons constaté deux tendances, expose Mme Lapierre. Il y a ceux qui sont timides et qui feront tout pour éviter de prendre la parole en public. Et il y a ceux qui sont à l’aide de prendre la parole, mais dont le discours n’a pas d’impact. Alors nous avons décidé de monter un programme d’accompagnement en cinq étapes pour aider les entrepreneurs dans leurs communications.»

Pour elle, la prise de parole en public doit être efficace pour générer des résultats d’affaires que ce soit par une conférence ou dans une vidéo sur le Web. Il faut que tout soit structuré, les entrepreneurs doivent conserver leur naturel dans un concept que Mme Lapierre qualifie de bande-annonce de 20 secondes pour capter l’attention.

«Notre entreprise n’a que trois ans, ajoute Mme Lapierre. C’est une reconnaissance qui donne des ailes et l’énergie pour avancer.»

Pour l’avenir, Mélissa Lapierre veut développer deux volets de formation. Le premier se fait par la présence dans les entreprises et les grandes organisations avec des conférences et des ateliers pratiques pour développer des compétences dans l’action sur le terrain. Le second pôle de développement passe par des formations en ligne à partir de vidéos, de documentation et d’exercices pratiques pour relever des défis. «Nous avons deux formations en ligne actuellement, une sur la gestion du trac et l’autre sur le charisme. Il faut capter l’attention, maintenir l’attention et favoriser le passager à l’action.», raconte la jeune femme avec son énergie débordante. Par la technologie, elle veut dépasser les frontières du Québec pour toucher toute la francophonie.

Le Lauréat

Jocelyn Létourneau: brasser des idées pour voir l'avenir

Bien souvent lorsqu’on pense à l’Histoire, on pense au passé. Mais le passé, souligne Jocelyn Létourneau, c’est un grand tout rempli de multitudes d’histoires qu’il faut déterrer, réorganiser, pour donner un sens à chacune d’elle.

«Si vous demandez à une personne qui a été le premier des premiers ministres dans l’histoire du Québec, ce n’est pas cela qui vous révèlera sa connaissance de l’histoire du Québec. La plupart des gens échoueront ce genre de test. Mais si vous demandez ce qu’il sait de l’histoire du Québec, il racontera quelque chose qu’il connaît et qui le situe dans cette trame historique», avance le professeur.

Historien de formation «et de sensibilité», ajoute-t-il, Jocelyn Létourneau se réjouit de ce prix de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS) qui reconnait sa contribution exceptionnelle à la recherche scientifique en sciences humaines.

«C’est la carrière que l’on honore, pas simplement la publication d’une recherche ou d’un écrit, mais pour son impact scientifique et social. Je n’ai jamais perçu que l’intellectuel ou le professeur d’université doit rester dans sa tour d’ivoire. J’ai toujours la préoccupation de traduire mes recherches dans un langage accessible à des personnes qui ne sont pas des spécialistes en histoire ou des chercheurs.»

Outre son travail, il a toujours vu l’engagement dans les enjeux de société comme un devoir. Et particulièrement l’enseignement de l’histoire comme «la transformation des référents collectifs» qui nous guide.

M. Létourneau cumule 34 ans à l’université. Il a commencé ses études à l’Université Laval, puis à Toronto en plus de passages dans des universités prestigieuses comme invité, ou pour parfaire ses connaissances, comme à l’Institut des études avancées de Princeton, et à Lyon ou à UC Berkeley avec des bourses d’étude et de recherche.

Du temps pour penser

«Ce sont des endroits où l’on nous offre du temps pour réfléchir et exploiter tout ce que l’on peut accumuler comme données. Les instituts d’études avancées sont des oasis pour la pensée afin de faire le point.

«Lorsqu’on me demande qui je suis, je réponds que je suis le père d’une famille de quatre enfants avec ma conjointe, mais aussi professeur d’université, car c’est extrêmement important. L’université, c’est un lieu noble ou les idées doivent circuler, où on les brise à l’épreuve des faits pour que l’on puisse trouver un passage vers l’avenir.» Avec le passé qui regorge de plusieurs histoires, il y a des pistes à trouver pour des perspectives d’avenir.

«Le passé, expose-t-il, c’est l’ensemble de ce que l’on fait et de ce que l’on dit. Dans cette forêt exubérante, l’historien tente de mettre un peu ordre en choisissant une trame narrative dans l’une des histoires possibles. L’historien, dans ses choix doit y avoir aussi comme objectif d’ouvrir l’avenir.»

L’université l’a toujours fasciné et l’a façonné avec le temps. Le brassage des idées l’intéressait au plus haut point pourtrouver du sens dans la confusion du monde. La curiosité intellectuelle était développée au point que Jocelyn Létourneau s’intéressait à de nombreux sujets pour mettre en relation différents éléments qui forment la société.

Brasser des idées

Ce que Jocelyn Létourneau propose à ses étudiants : l’exploration intellectuelle de la matière brute que sont les faits «avec des idées pour féconder ces faits-là. On a un problème à résoudre. Alors, on attend des idées. Sur 100 idées, 99 ne seront pas fécondes, mais il y en aura une qui sortira du lot et on fera un bout de chemin dans la réflexion avec celle-là. On cherche pour approfondir la connaissance, non pour avoir une réponse définitive».

Pour lui la science n’est pas la certitude, mais la remise en cause de ce qu’on croyait être une certitude. Il n’y a jamais de réponse finale, mais une recherche constante, et des questions pour aller toujours plus loin.

Professeur, ce n’était pas prévu dans son parcours. C’est arrivé par la force des choses.

Le Lauréat

Camille Gagnon: la créativité au service de la réflexion

Depuis l’âge de 12 ans, Camille Gagnon rêvait d’une carrière dans le monde de la publicité. «Je faisais de la pub dans ma tête. Je créais des petites vidéos. C’est ce qui m’a mené à des études en communications au Cégep Limoilou et au baccalauréat en communication publique à l’Université Laval», se souvient la jeune femme de 25 ans.

Ce n’est donc pas un hasard si elle a été reconnue comme un élément marquant de la relève au Déjeuner des médias de Québec puisque son premier projet de vidéo sur les réseaux sociaux a été célébré à Cannes. On dit même «est tombée dans la marmite de la créativité dès sa naissance».

C’est probablement ce que son mentor, Luc Du Sault, vice-président et directeur de la création chez LG2, avait perçu lorsqu’il lui a offert un stage.

Elle savait qu’elle était finaliste au Déjeuner des médias, mais Camille Gagnon ne s’attendait à gagner. «C’est un gros encouragement. Ça fait vraiment plaisir d’être reconnue par les gens du milieu», avance-t-elle, d’autant plus que cela affirme sa crédibilité et une certaine notoriété dans le monde de la publicité.

Cinéma ou pub?

Il y a quelques années à peine, Camille Gagnon songeait à passer du côté du cinéma. «Je pensais que c’était ce que je voulais faire dans la vie. Mais la création d’un film, c’est long. J’adore le cinéma, pourtant ce que je veux faire ce sont des formats courts. Je veux raconter des histoires en 15 secondes, en 30 secondes ou en une minute. Il faut être créatif pour capter l’attention en si peu de temps. Je préfère créer 500 000 petits films plutôt que trois courts métrages», affirme-t-elle.

Le monde de la création publicitaire, notamment à la télé, les contraintes de production obligent à traiter de nombreux éléments pour créer un contexte qui fera passer le message. «Les tournages sont parfois longs et complexes. Mais c’est tellement le fun à réaliser. Ça change chaque semaine, il n’y a rien de routinier.»

Pour la jeune femme, son métier est un mélange de créativité pure et dure devant la feuille blanche pour trouver une multitude d’idées et le côté technique avec les plateaux de tournage, le choix des comédiens, le travail en studio. «Ça crée un bel équilibre entre le travail de bureau et sortir pour rencontrer des comédiens, superviser le tournage, voir le tout derrière les caméras» poursuit celle qui aime bien ce mélange de fonctions.

L’équilibre

Autant elle peut travailler sur des projets ayant une touche humoristique, autant elle développe le côté sérieux et rigoureux comme le travail qu’elle a fait dans l’équipe qui produit les publicités de la Société de l’assurance automobile du Québec au sujet des textos au volant. «Toute la planète fait de la publicité sur la sécurité routière ou l’alcool au volant. Ce sont des sujets récurrents où il faut trouver de nouvelles idées originales pour faire passer le message», précise Camille Gagnon.

Dans l’univers actuel où la publicité se fait sur toutes les plateformes numériques et traditionnelles, la jeune créatrice a choisi de travailler chez LG2 parce que l’entreprise a à cœur d’éviter «la pollution visuelle et publicitaire. Nos concepts sont appréciés des Québécois. Ils sont remarqués et ils sont souvent primés», dit-elle devant un mur rempli de trophées et de mentions d’honneurs obtenus au pays et à l’international.

Les trophées ne sont pas une fin en soi, dit-elle, mais ils montrent le niveau créatif de l’entreprise qui cherche à divertir, à faire comprendre, à sensibiliser à des enjeux, à faire rire comme à faire réfléchir.

Hors du bureau, Camille Gagnon exprime son côté créatif dans les arts; que ce soit la poterie, la peinture et même dans l’écriture. Son travail lui donne la possibilité de relever un défi artistique important autant dans les images que dans l’expression des émotions. Pour elle, la publicité, c’est un art en soi!

Le Lauréat

Ramatoulaye Seye: déterminée à s’intégrer dans sa nouvelle vie

Lorsqu’elle a quitté le Sénégal avec son mari et ses trois enfants, Ramatoulaye Seye n’était pas dans une situation pénible au point de devoir changer de pays à tout prix.

Sauf que l’avenir de ses enfants était au cœur de ses préoccupations. Une grande traversée de l’Atlantique dans un nouveau monde pour toute la famille.

Travailleuse sociale de formation, elle œuvrait au palais de justice à Dakar depuis 17 ans. Son mari est docteur en biochimie. En arrivant au Québec en 2015, toute la famille devait vivre une série d’adaptations : nouvelle culture, nouvelle école pour les enfants, de nombreuses démarches pour faire reconnaître les diplômes, et puis le premier hiver à Québec.

Pleine d’entrain pendant l’entrevue, Ramatoulaye Seye raconte à quel point elle a voulu s’intégrer dans sa nouvelle ville, dans son nouveau quartier, pour apporter quelque chose de plus à la société qui l’accueillait. Sans contredit, elle est déterminée à tout faire pour s’intégrer.

C’est d’ailleurs cette attitude à Mme Seye qui a valu le Prix reconnaissance Pascale-Clément qui vise à honorer une personne issue de l’immigration dont le parcours d’insertion professionnelle et d’intégration personnelle dans la région de Québec est remarquable.

Pour se tailler une place sur le marché du travail, elle s’est retroussé les manches par une formation d’intégration avec Option-Travail en 2015, tout en effectuant du bénévolat et en travaillant dans un commerce de détail.

Son dévouement et sa propension à prendre soin des autres l’ont guidé dans ses démarches. Elle a fait 21 mois de bénévolat, huit heures par jour, quatre jours par semaine dans divers organismes pour se familiariser à la société québécoise.

Ramatoulaye Seye a choisi de prendre sa place au milieu des gens d’ici dans des formations et dans le bénévolat en attendant une reconnaissance de ses diplômes qui se fait attendre.

Bénévolat

Comme cette démarche prend du temps, elle a décidé de réorienter sa carrière en complétant une formation pour devenir préposée d’aide à domicile auprès des aînés. Pour elle, les aînés sont une richesse à préserver et à partager. «Nous avons un dicton chez nous, expose-t-elle. Lorsqu’un aîné meurt, c’est comme une bibliothèque qui se consume. Ces gens-là ont une sagesse, de l’expérience qu’il faut partager aux plus jeunes et à la société. Il faut faire en sorte qu’il soit en contact avec des gens pour partager leurs connaissances.»

C’est la raison qui la pousse à faire du bénévolat avec la Saint-Vincent-de-Paul de la paroisse Saint-Benoît à Sainte-Foy pour briser l’isolement de ces personnes.

Le bénévolat fait partie de sa façon de prendre sa place. Elle amène ses enfants lorsque c’est possible pour leur montrer le type d’engagement qu’elle a choisi. Son mari aussi fait du bénévolat. Et l’aîné de ses trois enfants sait qu’il fera du bénévolat l’an prochain au secondaire, ça fait partie de ses objectifs.

Les enfants âgés de 6, 9 et 12 ans, sont aussi déterminés que leur mère pour prendre leur place, Ramatoulaye Seye, autant dans les classes, avec les amis du quartier que dans les sports.

Créer son emploi

Tout cela l’amène à réfléchir et à penser à son avenir pour mieux s’intégrer dans sa terre d’accueil. Elle s’est inscrite au centre de formation professionnelle Maurice-Barbeau pour créer sa propre entreprise en misant sur ses 17 années en travail social. Que ce soit au Sénégal ou à Québec, prendre soin des autres fait partie de ses valeurs.

Le lancement de son entreprise sera la réalisation de son rêve : être son propre employeur, tout en venant en aide aux aînés qui sont seuls et en situation d’isolement.

Et le premier hiver, on s’y habitue comment? «Nous avons pris toutes les informations pour savoir comment affronter cette saison. Les vêtements ont été choisis en conséquence et les enfants se sont amusés dehors avec les amis», expose-t-elle pour démonter une facette de sa détermination.

Le Lauréat

Jonathan Lévesque: un coeur aussi vrai que celui des humains

Passionné de sciences, Jonathan Lévesque affirme même avoir une personnalité intense en décrivant les huit mois de travail, quasiment jour et nuit, pour mettre au point son cœur mécanique nouveau genre qu’il a présenté à diverses Expo-sciences pendant son secondaire 5.

Cette rencontre scientifique regroupant quelque 600 jeunes du secondaire et du collégial au pays avec leur projet scientifique retenu pour la compétition se tenait à Ottawa cette année. Pour 

Jonathan Lévesque, âgé de 17 ans, il s’agissait d’une deuxième participation à la compétition pancanadienne, chaque fois avec un nouveau projet. La première fois avec un drone conçu pour l’analyse des gaz et la détection des anomalies. Cette année avec un cœur mécanique totalement différent de ce qui existe sur le marché.

«J’ai remporté un prix dans la catégorie innovation et une médaille d’or avec mon cœur artificiel. Le fait d’être parmi les gagnants me donne une bourse d’admission pour m’inscrire dans diverses universités canadiennes, dont l’Université Laval et celle d’Ottawa», raconte-t-il avec fierté.

Déjà à 10 ans, il s’intéressait à la science. «J’ai commencé avec des ordinateurs que je transformais en serveurs. Je voulais trouver des trucs qui seraient utiles pour la maison. Rapidement je me suis davantage intéressé à l’ingénierie», souligne-t-il.

Le déclencheur

L’élément déclencheur de la recherche sur le cœur mécanique est arrivé soudainement lorsqu’une amie proche de sa famille a été victime d’un infarctus deux semaines avant son mariage. 

«J’ai commencé à m’intéresser au système cardiaque de l’être humain pour trouver des manières d’améliorer la situation des personnes qui ont des problèmes avec leur cœur», expose le jeune chercheur.

Pour mettre en œuvre son projet, Jonathan a consulté un anesthésiologiste cardiaque pour comprendre les contraintes à respecter pour la transplantation d’un cœur artificiel. Son cœur artificiel tient dans la paume de la main. Plus petit que ceux qui existent actuellement, il l’a conçu dans sa forme et ses fonctions pour qu’il soit le plus semblable possible au cœur humain avec un poids de 250 grammes seulement,

Il décrit la membrane flexible qui reproduit le mouvement des battements du cœur tout en expliquant les composantes mécaniques invisibles, dont les matériaux biocompatibles, les nombreux capteurs et moteur de la pompe centrifuge moins énergivore que les moteurs utilisés aujourd’hui, mais qui réagit à la demande en oxygène si la personne est au repos ou fait une activité. Il y a même des capteurs qui tiennent compte de l’altitude, car en altitude le cœur doit pomper davantage pour oxygéner le corps.

Un moteur qui s’adapte

«Mon moteur n’a pas qu’une seule vitesse, mais il s’adapte. Puisqu’il consomme moins d’énergie, la personne n’aura pas à porter un sac à dos pour transporter la pile. Elle tiendra dans un brassard et elle sera plus facile à recharger», précise l’inventeur qui veut continuer ses recherches pour améliorer son cœur artificiel. Si tout se déroule bien, ce cœur-là pourrait bien être transplanté un jour dans un corps humain.

Dans cette aventure scientifique, Jonathan admet avoir eu le soutien de ses parents, notamment dans sa période de nuits blanches où il voulait mettre au point le concept et la mécanique de son projet. Les prix ont été non seulement une grande reconnaissance du travail accompli, mais aussi un baume sur les hauts et les bas qu’il a vécu tout au long de sa démarche avant de se lancer dans une première présentation devant des juges à l’Expo-sciences locale.

Expliquer, décrire, faire comprendre, tout cela n’a plus de secret. Ces recherches, souhaite Jonathan Lévesque, devraient lui ouvrir la voie vers une carrière en médecine ou dans un domaine proche des biotechnologies.

Le Lauréat

Anne-Marie Olivier: la quête de sens dans les arts de la scène

Native de Victoriaville, Anne-Marie Olivier consacre sa vie au théâtre comme interprète et comme auteur depuis sa sortie du conservatoire d’art dramatique de Québec en 1997.

«Je ne pensais pas recevoir un tel prix au cours de ma carrière. Je suis très honorée, très reconnaissante. Je pense à tous les gens qui m’ont aidé à obtenir, à tous ceux qui m’ont donné une tape dans le dos pour m’encourager», souligne-t-elle en parlant du Prix du gouverneur général reçu pour sa pièce de théâtre Venir au monde.

Après des études en cinéma à l’Université de Montréal, elle venue pour des auditions à Québec «de façon très naïve», lance Anne-Marie Olivier. «Ici au conservatoire de Québec, il y avait des cours d’écriture et d’interprétation. Ça me convenait parfaitement, car je pouvais écrire et faire de l’interprétation. Cette école était faite sur mesure pour moi. Je ne pensais jamais aboutir ici à Québec», se souvient-elle.

C’est au conservatoire qu’elle a appris à ouvrir ses yeux sur la vie tout en se promenant en ville pour y déceler la matière pour le théâtre comme lui suggéraient ses professeurs. Cette formation l’a mené à créer des pièces de théâtre bâties sur des histoires vraies. «C’est ce qui m’a forgé comme créatrice», avoue-t-elle.

Quant au goût et à la sensibilité aux arts, elle le doit à ses parents qui, bien qu’ils n’étaient pas dans le monde artistique, avaient éveillé son esprit à divers moments. «As-tu écouté cette chanson, comme c’est beau? As-tu vu le coucher de soleil, comme c’est merveilleux», donne-t-elle en exemple pour illustrer les moments qui lui ont permis de développer sa capacité de s’émerveiller en favorisant l’émulation intellectuelle.

Le sens artistique

«Mon père, ce n’est pas un artiste. C’est un patenteux qui invente des solutions originales. Ma mère quand elle fait à manger, c’est aussi de la création. Ils sont professeurs, mais leur soif de connaissance, leur curiosité et leur amour du monde m’accompagnent toujours aujourd’hui dans ce que je fais et dans ce que je vis», ajoute la jeune directrice artistique du Trident.

Le travail dans le domaine des arts n’est pas toujours simple. Bien des artistes s’expatrient vers Montréal ou d’autres villes pour pouvoir vivre de leur art. Pour Anne-Marie Olivier, c’est compréhensible, car il faut de la chance, beaucoup de travail pour arriver à des sommets et de la foi dans ses moyens.

«Une carrière, ce sont des sillons que l’on forge et que l’on creuse sans toujours savoir où cela nous mènera. Alors un prix comme celui-là, c’est un encouragement», poursuit-elle, qui vient apporter un baume sur les périodes plus difficiles d’une carrière que l’artiste tente de bâtir.

Pour elle, les artistes sont des artisans, des chercheurs rencontrant des spécialistes et qui se nourrissent à plusieurs sources pour mener leur projet à bon port. «Dans mon milieu, je ne vois personne qui profite du système. Ce sont des gens qui travaillent comme des fous pour bâtir un monde meilleur. Ce qui m’intéresse dans l’art, c’est la création se sens. C’est une manière de transformer le pire en lumière, de donner du sens à ce qui n’en a pas, et faire en sorte que l’on soit plus sensible et plus conscient des enjeux qui nous entourent. On peut aborder bien des enjeux sous un autre angle sans faire la morale», souligne Anne-Marie Olivier avec beaucoup d’émotions.

Tant et aussi longtemps qu’elle le pourra, elle exercera son métier avec passion. Elle est venue au théâtre sur un coup de dés, se remémore l’artiste : «J’étais toute jeune, je n’avais même pas 20 ans. Si ça ne fonctionne pas, j’aurai essayé. Je suis toujours sur cette lancée. Tant que la vie va me le permettre, je ferai ce métier. C’est un métier passionnant.»

Elle rencontre de jeunes enfants pour les ouvrir au monde du théâtre. C’est comme cela que sont nés les ateliers créatifs Les Étincelles pour les jeunes de 6 à 12 ans. Pendant que les parents assistent à une représentation, les enfants créeront une œuvre théâtrale qu’ils présenteront aux parents et grands-parents à la fin de la représentation qu’ils sont venus voir au Trident. Cette initiative inédite plaît à Anne-Marie Olivier au plus haut point, elle qui veut partager sa passion au plus grand nombre de personnes possible.

Le lauréat

Roland Lepage: toute une vie de plaisirs au théâtre

Lorsqu’il ouvre la porte de sa maison et lance son «Bonjour !», on entend la voix forte et on sent la passion de l’homme de théâtre que bien des gens reconnaîtront comme le Bedondaine de l’émission jeunesse «La Ribouldingue» diffusée à la télé de Radio-Canada entre 1967 et 1971.

Droit comme un arbre mature, Roland Lepage remue ses souvenirs pour raconter une histoire, son histoire sur les planches à la fin de ses 15 ans durant ses études au Séminaire Québec, ses premiers passages en France pour apprendre et pour jouer.

«J’avais 15 ans, en 1944, lorsque j’ai rencontré Pierre Boucher au Séminaire. Il avait fondé un groupe de théâtre. J’ai passé les auditions et j’ai commencé à jouer tout en continuant d’étudier», raconte-t-il.

Conquis par le théâtre, le jeune homme discutait avec ses parents qui, sans le forcer, avaient d’autres vues pour l’avenir de leur fils. Il s’est inscrit à la faculté des Lettres à l’Université Laval où il a obtenu sa licence. «J’ai remporté de multiples prix. Cela réjouissait mes parents. Mais comme il n’y avait pas encore de conservatoire à Québec, j’ai choisi d’aller en France pour développer mon talent», se remémore-t-il.

Il avait des contacts à Paris. Il y rencontre Léon Chancerel. Ce dernier lui conseille d’aller en province où il aura probablement la chance de jouer plus souvent que dans la capitale. Ainsi, il prendra plus d’expérience.

«Je me suis retrouvé à Bordeaux comme stagiaire au Centre d’art. J’ai joué sans arrêt de 1949 à 1951. Je suis revenu à Québec où j’ai retrouvé mes anciens camarades. J’ai joué, fait de la mise en scène, travaillé sur les maquettes et les costumes. Puis j’ai joué Le Cid de Corneille avec Paul Hébert à Québec et en tournée.»

L’Europe lui manquait. Il retourne à Paris en 1953. De retour à l’été 1956, «arrivé à Québec le dimanche, le jeudi je partais pour Montréal» où un hasard de carrière le mènera vers d’autres horizons. Il se taille une niche dans les émissions jeunesse de Radio-Canada.

L’écriture

L’auteur des textes de Marie Quat’Poches n’est plus disponible. Le réalisateur André Pagé lui demande d’écrire des sketches pour terminer la saison. Puis la réorganisation de la Boîte à surprises laisse deux personnages orphelins, Mandibule, incarné par Marcel Sabourin, et Paillasson interprété par Jean-Louis Millette. 

André Pagé fait appel à Roland Lepage pour récupérer le tout. Il développe l’idée de La Ribouldingue où il prend le rôle de Monsieur Bedondaine. Il amènera de nouveaux personnages avec Dame Plume, Friponneau, Giroflée et Prunelle.

«Les choses ont changé en peu de temps. Les émissions pour enfants ont cédé la place aux émissions éducatives et à Passe-Partout», explique-t-il.

André Pagé passe à l’École nationale de théâtre et rappelle Roland Lepage à ses côtés. Il adaptera en langage québécois une pièce d’un auteur italien sous le titre de L’alphabet des habitants. «En québécois, pas en joual», insiste-t-il.

En 1975, Roland Lepage revient à Québec et achète une grande maison dans le Vieux-Québec. Ce sera une période plus sombre, mais l’homme de théâtre n’a pas été déprimé même s’il était considéré comme un étranger par le monde du théâtre de Québec. Il s’est repris en main.

Par un concours de circonstances, il offre sa pièce Le Temps d’une vie à Jean-Claude Germain du Théâtre national à Montréal. La pièce jadis boudée devient un succès avec quelque 500 représentations, dont une tournée de trois mois en France. Sa pièce La complainte des hivers rouges fera un tabac à son tour.

De 1989 à 1994, il dirigera les destinées du Théâtre du Trident tout en jouant. Il jouera de nouveau en 2015 dans la pièce Dans la République du bonheur.

Monsieur Bedondaine a repris du service l’an dernier au Musée de la civilisation dans une improvisation pour une fête spéciale pour l’auteur Robert Lepage. De sa voix sans faille, il rit à gorge déployée pendant la séance de photos.

Maintenant ses archives font route vers le Musée de la civilisation. Une rétrospective de l’homme de théâtre pourrait bien remplir une salle un jour. Qui sait?

Le lauréat

Alice Guéricolas-Gagné: la nouvelle mythologie de Saint-Jambe

La lauréate du prix Robert-Cliche, Alice Guéricolas-Gagné, commence à raconter son aventure d’écrivaine d’un premier roman dans la librairie Saint-Jean-Baptiste, dans le quartier du même nom.

«Tu la rencontres dans son antre», souligne son père. Car la librairie, c’est pratiquement une seconde maison pour la jeune femme de 22 ans, résidente du quartier depuis la petite enfance. C’est là qu’elle a grandi, qu’elle a appris à connaître les gens du secteur, à s’imbiber des histoires urbaines au point de rédiger un récit des mythes et légendes de Saint-Jambe, titre de son roman et surnom du quartier.

Étudiante en littérature, elle vient de terminer son baccalauréat. Son roman allégorique et fantastique a été écrit au travers de ses autres activités, raconte-t-elle en entrevue. Bien des personnages sont des caricatures de ses amis. «Toujours des amis», tient-elle à préciser. Et les autres personnages, les autres voix qui se font entendre dans Saint-Jambe sont des gens rencontrés au fil des ans, des êtres vivants entre la mythologie et la réalité.

Un quartier vivant

À l’écoute de la vie de son quartier, Alice Guéricolas-Gagné avait déjà écrit quelques fanzines [des histoires à tirage limité] dans sa jeune carrière. Chaque fois, le lancement était accompagné d’un spectacle, des amis lisaient des textes, d’autres faisaient de la musique ou des projections.

La jeune femme se décrit davantage comme une artiste multidisciplinaire que comme une écrivaine. Elle donne vie aux objets et à ses personnages fictifs comme elle le fait avec les marionnettes qu’elle crée. C’est ainsi qu’elle a décrit un Saint-Jambe pratiquement à l’image du village des irréductibles Gaulois Astérix et Obélix, car c’est un quartier où se sont déroulés de nombreux combats et affrontements des visions sociales opposées entre citoyens et dirigeants municipaux.

Si l’auteure n’a pas connu toute l’histoire de la naissance des comités de citoyens et des groupes populaires revendicateurs de Saint-Jean-Baptiste, les lieux lui ont certainement soufflé à l’oreille le passé un peu rebelle de ce quartier de Québec où sont nés bien des organismes communautaires et au moins un parti politique municipal. Depuis longtemps, Saint-Jean-Baptiste est l’îlot de résistance dans la grande ville.

Choisie comme artiste soutenue par Première Ovation, elle a eu l’auteur François Blais comme mentor. «C’est lui qui m’a poussée dans le dos, m’a encouragée dans l’organisation de la trame narrative de mon roman. J’ai retravaillé les textes et les voix pour créer un ensemble cohérent. C’est lui qui m’a convaincue de publier et de participer au prix Robert-Cliche», confie-t-elle.

La nouvelle mythologie

La reconnaissance par ce prix fait grand plaisir à la jeune femme; un prix qu’ont reçu des écrivains bien établis aujourd’hui, comme Chrystine Brouillet et Robert Lalonde. Elle apprécie aussi les remarques des gens du quartier, autant ceux qui aiment ses histoires que les autres qui manifestent leur désaccord.

Pour Alice Guéricolas-Gagné, Saint-Jambe est un exercice de mise en place de l’histoire et des légendes d’un quartier vivant, un quartier qui se marche d’un bout à l’autre dans ses dénivelés et ses paysages-surprises au détour des rues.

«C’est une forme d’enquête ethnologique, expose-t-elle. C’est important de raconter les histoires du quartier. Il y a ici tout un patrimoine. Il faut mettre au jour la vie du quartier qui commence à se faire envahir comme une prolongation du Vieux-Québec qui a perdu ses résidents. Je donne une voix au folklore local en mettant en surimpression des rues et des bâtiments une nouvelle mythologie urbaine. Il faut conserver la vie dans ce quartier-là.»

Alice Guéricolas-Gagné cite la maxime de la maison d’édition La Peuplade : l’art doit peupler le territoire. «C’est ce que je veux faire pour Saint-Jambe avec un hymne national sous la forme d’un roman.»

Fille des journalistes Pascale Guéricolas et Jean-Simon Gagné, du Soleil, Alice se destine à une carrière dans les arts sous plusieurs formes.

Le lauréat

Louis St-Gelais: l’ouverture sur les marchés mondiaux

Se présenter pour la première fois à un concours international de design et remporter le premier grand prix dans sa catégorie fut toute une surprise pour Louis St-Gelais.

Une surprise pour l’équipe de Vitrines Zone, mais surtout des occasions d’affaires avec une grande ouverture sur le marché international pour leur produit, des vitrines spécialisées destinées aux musées et aux grandes expositions.

«Nous avons participé au concours en écoutant les conseils de Québec International, explique le président de la compagnie. Nous n’avions aucune attente, mais ce prix ne pouvait mieux tomber. C’est une possibilité d’expansion de notre marché qui apportera de l’argent neuf dans la région de Québec.»

Ce concours comprend 47 catégories et réunissait 6300 projets, dont ceux de Bombardier qui ont obtenu des prix de design, Ferrari, Apple, Samsung et plusieurs autres parmi les participants réguliers d’année en année.

Une entreprise ne peut être plus québécoise que Vitrines Zone avec ses 35 employés dans le parc industriel de Charlesbourg. «Nos produits sont à 99,8 % québécois. Nos cadres en acier sont produits à Québec, notre verre aussi. Il n’y a que certaines pentures spéciales provenant de la Nouvelle-Zélande et parfois des systèmes d’éclairage achetés aux États-Unis. Toute la conception est faite ici, comme l’assemblage dans notre usine», explique Louis St-Gelais avec fierté.

Un fournisseur majeur

Plus grand fournisseur de vitrines spécialisées sur mesure en Amérique du Nord en 2016, Vitrines Zone est toujours parmi les fournisseurs majeurs. 

Lous St-Gelais mentionne les grands musées du Québec, que ce soit celui de la civilisation, le Musée national des beaux-arts ou encore Pointe-à-Callière à Montréal, sans compter plusieurs autres au Canada parmi les 5000 lieux d’exposition au pays. 

Il n’oublie pas les grands musées des États-Unis avec plusieurs projets dans les pavillons Smithsonian à Washington. Actuellement, l’entreprise travaille sur des projets au Palais présidentiel à Abou Dhabi et d’autres à Dubaï.

Les débuts

L’entreprise Concetti Design, dont Vitrines Zone, a été fondée en 1985 par Louis St-Gelais et trois autres amis finissants de l’école du meuble de Victoriaville. «Nous avons investi chacun 3000 $ pour créer notre compagnie avec notre petit atelier de 600 pieds carrés, se souvient-il. Mais c’est en 2000 que le virage a été pris avec un premier contrat pour le Musée de la civilisation de Québec. 

«En voyant les besoins pour la conception des vitrines pour les expositions, poursuit M. St-Gelais, nous avons développé une spécialité comme entrepreneur en exposition. Notre première vitrine conçue et construite ici a vu le jour en 2000. C’est un de mes amis, Pierre Giguère, qui s’est joint à l’équipe pour développer ce volet de l’entreprise. J’avais le choix de prendre de l’expansion en allant à Montréal, en développant des kiosques pour les entreprises ou prendre le virage dans le secteur de vitrines. Lorsque Pierre a vu ce que nous avions réalisé, c’était clair pour lui que nous devions nous lancer dans la production de vitrine. Je lui en dois une, car c’est lui qui nous a fait prendre la bonne voie pour la croissance de la compagnie.»

Dans les prochains mois, l’entreprise grandira en ajoutant plus d’espace pour développer son volet design de produit. «La conception et le design sont soumis à la fonction. Nos produits doivent être étanches, à atmosphère contrôlée, avec de l’éclairage spécifique. Il faut que nos vitrines soient presque invisibles, car le but c’est de mettre en valeur les artéfacts exposés», conclut-il.

Dans cette aventure, le prix Reddot arrive à point nommé pour donner un élan à la compagnie.

Le lauréat

Roland Martel: toute une vie au service de la musique

Roland Martel a beau dire qu’il range sa baguette de chef d’orchestre, il a toujours la musique dans le sang. La musique, le jazz, la danse, c’est au moins 60 ans de sa vie. Jamais, il ne tournera le dos à la musique. Le feu sacré est toujours vivant.

Il a cédé la baguette de chef à sa fille Katee Julien, mais celle-ci veut qu’il dirige encore son band avec elle pour un temps.

Formé au conservatoire de musique comme trompettiste et en chant classique, le chef d’orchestre est aussi un excellent conteur. Des souvenirs, des histoires sur son amour de la musique, sur ses succès, mais aussi celle d’un incident qui a failli lui couper tous ses espoirs de musicien.

Lorsqu’il était gardien de but pour les Citadelles de Québec, à l’époque de Jean Béliveau, un joueur adverse décoche un puissant lancer frappé au lieu de tenter de le déjouer.

Fracture de la mâchoire supérieure, du sang partout. Il doit se faire opérer. Un prof du conservatoire lui dit qu’il ne jouera plus de trompette : impossible. Dans la tête de Roland Martel, les rêves s’assombrissent.

Pourtant, un rayon de soleil vient raviver les espoirs. Marc Boivin, un musicien de son orchestre et pour le Royal 22e Régiment lui dit : «Tu vas rejouer de la trompette.» Il lui raconte l’histoire d’un trompettiste des États-Unis qui a continué à jouer en déplaçant l’embout sur un côté de sa bouche.

Persévérance

«J’ai vécu trois mois difficiles. Trois mois de persévérance à cause de Marc Boivin. J’ai rejoué de la trompette, relate-t-il. Et j’ai continué de garder les buts. J’ai même joué deux parties hors concours pour les As de Québec.» Rien ne pouvait plus l’arrêter.

Il raconte alors sa passion de la musique. Sa mère jouait du piano. Son père, du violon. Lui, à 16 ans, pendant son travail dans un restaurant au Colisée, écoutait les grands orchestres et les revues musicales qui se produisaient dans l’amphithéâtre.

Pendant Expo-Québec, alors que l’orchestre de Samy Key se produisait, il y avait un concours. Les jeunes étaient invités à diriger l’orchestre pour une pièce musicale. Le gagnant remportait une coutellerie.

«J’avais déjà mon band, se souvient-il. Mon patron me dit d’enlever mon tablier et d’aller sur scène. J’avais le rythme, je connaissais le morceau. Je me lance et les musiciens avaient les yeux grand ouverts d’étonnement. Ils m’ont suivi et ils m’ont fait signe de continuer.»

Qui a gagné la coutellerie? Roland Martel. Plus encore, Samy Key lui a remis sa baguette de chef. «Je l’ai donnée à ma mère en arrivant à la maison», lance-t-il, tout sourire.

Les succès

Et les succès s’enchaînent. Sa notoriété s’établit peu à peu au travers des autres orchestres de Québec. À 21 ans, sa carrière prend une nouvelle tournure. «Les soupers dansants avaient commencé au Château Frontenac dans la grande salle Jacques-Cartier. Moi, je jouais dans une petite salle. Le directeur de l’hôtel, M. Jessop, n’était pas satisfait du genre de musique de l’orchestre. Ce n’était pas le style pour la danse. Il congédie l’orchestre. Il téléphone à la maison vers 22h pour me demander si j’étais libre avec mon orchestre pour le lendemain soir.»

Sa carrière était lancée. Il jouera pendant des années au Château Frontenac, pendant le Carnaval de Québec devant les grands de ce monde. «Lors du Bal de la Régence, Grace de Monaco arrive. Oui, Grace Kelly. Alors j’ai joué sa pièce préférée, True Love, pour qu’elle entame la valse. À la fin, elle a demandé à me voir. Elle m’a donné la main en me disant dans un français impeccable : ‘‘Vous êtes merveilleux. Votre musique me plaît !’’ Le chef du protocole a même permis à mon frère de filmer ce moment.»

Les succès se suivront les uns après les autres. Il se rappelle avoir fait un tabac à Paris, à l’Hôtel Méridien. C’est ce que les journaux ont rapporté.

Plusieurs fois pendant l’entrevue, celui qui a quatre fois 20 ans répète que si l’orchestre Roland Martel a pu exister et durer si longtemps, «c’est à cause des musiciens. Sans eux, il n’y aurait jamais eux d’orchestre» portant son nom.

Maintenant, sa fille reprend la baguette pour que l’histoire se perpétue.