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Le lauréat

Lynda Beaulieu: la face cachée du Diamant

D’entrée de jeu, Lynda Beaulieu ne cache pas son étonnement et sa gratitude d’avoir été choisie lauréate Le Soleil/Radio-Canada. Aussitôt tient-elle à amener ses camarades avec elle sur le podium. «Ça me touche énormément. C’est un honneur que je veux partager avec mon équipe extraordinaire. Je leur dis chaque jour, soyez fiers de vous. On n’est rien tout seul, on est grand seulement en équipe.»

L’ouverture du Diamant, début septembre, a été le fil d’arrivée d’un éreintant marathon pour Lynda Beaulieu, son frère Robert Lepage et leurs collègues d’Ex-Machina. Et comme dans toute course de longue distance, les moments de découragement ont été nombreux.

«J’aurais pu sacrer ça là tellement souvent, lance la femme d’affaires au franc-parler. Ç’a été houleux et difficile. Il y a des fois où on était au bout du rouleau. Mais je ne cessais de dire à mon équipe qu’un projet comme ça, ça se bâtit pierre par pierre.»

Des doutes sur Place d’Youville

Depuis le jour où le duo familial a commencé à rêver d’un lieu culturel avant-gardiste, ouvert au plus grand nombre, beaucoup d’eau a coulé devant le cap Diamant. À l’origine, rappelle-t-elle pour la petite histoire, le projet devait voir le jour dans un espace souterrain, sous l’autoroute Dufferin-Montmorency. L’idée a été abandonnée en raison des coûts jugés prohibitifs. S’est alors présentée l’opportunité de retaper l’ancien édifice du YMCA, à Place d’Youville.

«Au début, ça ne me plaisait pas trop. C’était un secteur patrimonial, je me disais que ça allait être compliqué. Mais on s’est aussi dit que Place d’Youville avait besoin qu’on lui redonne ses lettres de noblesse.»

Son bâton du pèlerin bien en main, forte de ses arguments et de son pouvoir de persuasion, Lynda Beaulieu a réussi à convaincre les trois paliers de gouvernement du bien-fondé du Diamant. L’entreprise privée a également été mise à contribution dans cette aventure dont la facture finale s’élève à 57 millions $.

Succès inespéré

Toutes ces années à composer avec les écueils — «J’avais baptisé mon bureau le département des troubles...» — sont maintenant loin derrière elle. C’est avec la fierté du travail accompli qu’elle voit les gens d’ici et d’ailleurs adopter si rapidement le Diamant et sa programmation qu’on souhaite la plus éclectique possible.

Une récente conversation avec un homme d’affaires, qui n’y avait jamais cru, lui a fait chaud au cœur. «Un monsieur, que je ne connaissais pas, est venu me voir pour s’excuser d’avoir fait partie des détracteurs du projet. Ça m’a fait chaud au coeur.»

Le succès du Diamant «dépasse nos attentes», ajoute-t-elle. La pièce Les sept branches de la rivière Ota, a fait courir les foules, dont bon nombre de touristes européens, souligne-t-elle. La programmation des prochains mois devrait continuer à attirer les projecteurs. À compter du 18 novembre et pour mois, son célèbre frérot sera à l’honneur dans son grand succès 887, puis, au début de l’an prochain, dans la reprise de Quills.

«Ma première job, c’est d’être l’agente de Robert et de faire en sorte qu’il soit heureux afin qu’il puisse faire tout ce qu’il a envie. Et ce que je vois depuis que nous sommes ici, c’est un homme heureux.»

Pour la suite des choses, Lynda Beaulieu souhaite par-dessus tout que le public continue à chérir Le Diamant, qu’elle voit comme un vecteur insoupçonné de transformations individuelles. «Car oui, la culture, ça sauve des vies.»

Le lauréat

Clément Turgeon, visionnaire et Festif!

«L’espoir et les objectifs démesurés» de Clément Turgeon, fondateur et directeur du Festif! de Baie-Saint-Paul, se seront matérialisés. Depuis 2010, le festival bouscule l’offre culturelle régionale. À 32 ans, il cumule déjà une décennie d’expérience dans l’événementiel, et compte bien poursuivre la mission du festival encore longtemps : repenser le domaine et représenter la musique.

Dans la foulée de L’Éveil du géant en 2009, soulignant les 25 ans du Cirque du Soleil dans la ville qui a vu naître la multinationale, une bande de jeunes baie-saint-paulois se demandent comment la région pourrait être durablement revitalisée. Parmi eux, Clément Turgeon, 21 ans, croit qu’un festival de musique pourrait repousser les limites de la ville dans laquelle il a grandi. «C’est à partir de cette soirée du mois d’août que tout a déboulé.»

«La nuit de l’événement, à 3h du matin, on a vu le maire de Baie-Saint-Paul passer dans la rue. Je lui ai parlé de cette idée. Il m’a dit que la Ville pourrait contribuer», raconte-t-il. Le lendemain, il contacte l’Hôtel de ville.

Il œuvre alors comme travailleur de rue à la Maison des jeunes de sa municipalité. En parallèle, il entreprend des études en travail social à Québec. «J’étais à l’Université, mais je pensais juste au festival. Je suis allé dans les bureaux d’un des cofondateurs du Cirque du Soleil, Daniel Gauthier. Je suis sorti de là avec un chèque de 5000 $ et une lettre d’appui.» Ce même après-midi, il abandonne les cours et rentre à Baie-Saint-Paul.

Il accumule les petits emplois pour vivre. La première mouture du Festif! sera financée à coup d’emballage à l’épicerie et de monnaie de vestiaires dans les bars; les rencontres se déploient dans la roulotte de sa mère; les heures de bénévolats se multiplient.

«Mes amis me suivaient dans ma folie. J’avais de grosses attentes envers l’événement. On a pris beaucoup de risques, on aurait pu perdre la mise.» Mais même à 21 ans, les idées de grandeur sont claires dans la tête de Clément Turgeon. Le secret de la réussite? «Une communauté qui nous appuie. On vient de Charlevoix et on reste à Charlevoix.»

Lorsque l’événement déménage au centre-ville en 2012, plusieurs citoyens et élus municipaux s’opposent par peur de débordements. «On a dû faire beaucoup de politique», dit-il. Le festival demeure toutefois local et régional. «L’attention du reste du Québec s’est tournée à partir de la quatrième année avec l’ajout d’artistes internationaux», précise Clément Turgeon. Le nombre de scènes est passé de 2 à 25 en huit ans avec l’objectif que les spectacles demeurent intimes, malgré les 42 000 personnes agglomérées sur le site cette année.

D’un budget de 60 000 $ en 2010, le festival a pu s’amuser avec une enveloppe de 1,8 million en 2019. «Maintenant, on a l’appui de gros partenaires», fait valoir le fondateur.

Impliquer la région

Pour la municipalité de 7300 habitants dont une bonne partie de l’économie s’appuie sur le commerce des galeries d’art, l’impact d’un tel festival n’était pas perceptible. Tourisme Charlevoix considère aujourd’hui le Festif! comme un important outil promotionnel : 74 % des festivaliers proviennent de l’extérieur, et les retombées sont évaluées à 3,6 millions $.

Les commerçants et les producteurs de la région font aussi partie des avantages concurrentiels du Festif! La bière, l’alcool et la nourriture proviennent de Charlevoix, les traiteurs pour les artistes sont locaux, tout comme la majorité des fournisseurs.

En plus de contribuer à l’économie régionale, cette décision s’inscrit dans une politique de développement durable sévère. «On essaie de se garder à jour là-dessus. La responsable du développement durable ira à Nantes cette année pour se tenir informée», illustre Clément Turgeon. 

Alors que l’offre festivalière régionale pullule depuis quelques années, il croit que la compétition permet de rester compétitif. «Les gens souhaitent de plus en plus se déplacer en région pour les festivals. Il y a de l’offre parce qu’il y a de la demande, estime Clément Turgeon. Ça peut toute de même devenir préoccupant pour le financement. Le gouvernement n’aura pas le choix de grossir les budgets.» 

Parce que même après 10 ans, le financement demeure un défi. «On a entrepris une transition vers de meilleures conditions salariales cette année. On a besoin d’avoir de bonnes ressources. Les attentes des festivaliers sont plus grandes aussi.»

Dans les prochaines années, Le Festif! compte bien s’inscrire comme un organisme de diffusion culturelle et de sensibilisation. Une mission déjà entamée avec le Festif! à l’école, initiative par laquelle des artistes vont rencontrer les jeunes en milieu scolaire. Et Clément Turgeon? «Je me vois encore rester longtemps dans le milieu. J’ai juste 32 ans avec 10 ans d’expérience.»

Le lauréat

Vincent Roberge: une ascension rapide et fulgurante

Même s’il visite plusieurs pays et foule de bien plus grandes scènes, Vincent Roberge, alias Les Louanges, ressent toujours un petit quelque chose de spécial quand il chante à Québec.

«C’était la première fois que je jouais au Festival d’été de ma vie. Venant de Lévis, c’est quand même big pour moi. Ça représentait beaucoup, pour avoir été un festivalier assidu toute ma vie», raconte-t-il en entrevue avec Le Soleil.

«Si je scannais la foule, ce n’était pas long que je reconnaissais des visages. C’est hot de se retrouver là.»

L’artiste se rappelle aussi son spectacle à l’Impérial Bell en février. Il avait assez bien réchauffé la foule pour Andy Shauf, disons-le. Plusieurs avaient salué sa générosité et son énergie débordante sur scène.

En plus d’une première invitation au Festival d’été de Québec, il a ramené à la maison le prix Espoir FEQ, qui reconnaît le talent mais aussi le potentiel à l’international. En juin, il a décroché le prix Félix-Leclerc de la chanson et notons aussi sa nomination au prix Polaris. 

«Pour être franc, les choses allaient déjà bien. Je ne demandais rien d’autre. En ce moment je suis dans le jus, ça fait deux mois que j’essaie de me faire couper les cheveux et je ne suis pas capable!» rigole le multi-instrumentiste, avec toute l’humilité du monde.

«Ce sont de grandes institutions et ça récompense avant tout la qualité et le contenu du travail, plus que les ventes ou la popularité, et ça reste mon focus d’être reconnu pour ma musique au lieu des frasques sur moi dans le journal.»

À vitesse grand V 

L’ascension des Louanges se déroule à la vitesse grand V. Il cumule les prestations et se déplace partout pour faire entendre ses mots à tous ceux qui le désirent. 

Il venait tout juste de terminer son spectacle au Festif! de Baie-Saint-Paul qu’il s’envolait vers la Belgique. Après un court retour de deux jours à Montréal, il repartait vers Val-d’Or, et puis Rouyn, et reviendra à Montréal pour Osheaga. Cet automne, il retournera en Europe afin de revenir en Belgique, et il s’arrêtera en France et en Suisse. 

«Mon assiette est vraiment pleine de ce temps-ci et les prix, c’est juste malade quand je les reçois. Je n’attends pas près du téléphone. Le Canada anglais, j’aimerais bien l’atteindre, mais ce n’était pas dans mon plan de match. Mon idée c’est d’être bon en show, de composer d’autres tounes et on surfe avec ce qui arrive.»

Vincent Roberge est honnête : les objectifs changent toutes les semaines depuis un an. Il dément les prédictions avec son succès rapide.

«Ça faisait quatre ans que je mangeais mes bas sur un moyen temps tout seul chez nous. J’avais de la misère et je continuais. Ça arrive très vite, je suis chanceux, et je m’estime aussi chanceux d’en avoir bavé une petite affaire avant. Ça me garde groundé.»

Le lauréat

Gaël Vidricaire: une pétillante pâtissière

Quand elle entre dans une pâtisserie, Gaël Vidricaire ressent, le même émerveillement, la même magie qu’un enfant à Disney World. En ouvrant sa boutique en 2016, la pâtissière s’est donnée pour objectif de transmettre cette sensation à ses clients. Elle a été nommée chef pâtissière de l'année dans la province par la société des chefs cuisiniers et pâtissiers du Québec.

Il faut dire que Gaël Vidricaire et la pâtisserie, c’est une véritable histoire d’amour depuis qu’elle est toute jeune. «Ma grand-mère faisait une pâtisserie pour chacun d’entre nous et elle y mettait beaucoup de cœur. À ma fête en mai, j’avais toujours un gâteau blanc avec des tulipes. C’était les premières fleurs qui apparaissaient dans son jardin. J’en garde un souvenir impérissable. C’est ce dont j’ai eu envie de partager», confie-t-elle.

Pourtant, Mme Vidricaire n’a pas commencé sa vie professionnelle comme pâtissière, elle est devenue chercheuse en science de la santé. Un domaine complètement à l’opposé de la restauration. Quoique. Les deux métiers ne sont pas si éloignés si l’on regarde de plus près. 

Laboratoire de création 

La recherche demande de nombreux essais avant de trouver la bonne molécule. La pâtisserie, c’est la même chose, selon Mme Vidricaire. «Il y a beaucoup d’essais et d’erreurs. Quand on teste une idée, le résultat ne ressemble pas toujours à ce qu’on avait en tête. En moyenne, il me faut trois essais avant d’obtenir la pâtisserie imaginée et parfois, ça ne marche pas», souligne-t-elle. 

Et depuis qu’elle a sa boutique, la pâtissière s’«éclate». Ses créations sont éphémères et son imagination n’a pas de limite. «Au début, je faisais des pâtisseries à la maison, mais à un moment donné, j’ai reçu une grosse commande et je suis devenue envahissante pour ma famille. Mon conjoint a vu le local disponible dans Montcalm et j’ai décidé de faire le saut et me concentrer à temps plein à ma passion», relate-t-elle. 

Le succès a été instantané. De nombreuses personnes qui n’avaient pas encore goûté à l’une de ses créations via l’infolettre ont poussé la porte de la pâtisserie. Gaël Vidricaire a également engagé des personnes pour répondre à la demande. «Chacun a une histoire, un palais, une sensibilité différente. On se challenge entre nous pour créer de nouvelles saveurs.»

Gourmandise et plaisir 

Et pour les personnes qui n’ont pas encore eu cette chance, une petite visite s’impose. On se retrouve dans un décor féérique où le plaisir des yeux se mélange au plaisir gustatif. «Lorsque je rentre dans une pâtisserie et que je vois des gâteaux bien exécutés, bien alignés, joliment décorés, le décor, les odeurs, je suis sous le charme», explique-t-elle. 

En plus des pâtisseries, Gaël Vidricaire propose des chocolats, des sorbets, et des confitures. «Les glaces, c’est la deuxième année que j’en fais. C’est le fun, les parfums, on peut en créer à l’infini. Quelles que soient mes créations, j’ai envie de me faire plaisir, de faire plaisir aux gens et de présenter des choses que l’on ne trouve pas ailleurs», fait-elle valoir. 

Mais où trouve-t-elle ses inspirations? «Partout, répond Mme Vidricaire. Je vais au musée, je vois des tableaux avec des couleurs, des effets. Au restaurant, je vois des associations que je trouve belles et je me dis, si je m’étais ça avec x à la place.»

Les créations de Mme Vidricaire dépendent également des saisons. Vous ne trouverez pas de gâteaux à la fraise en février. «Les fraises américaines n’ont aucun goût alors que je peux faire des merveilles avec les fraises de l’île d’Orléans. Il faut respecter les saisons, c’est le fun aussi de redécouvrir un produit quand c’est le bon moment», insiste-t-elle. «Je contrôle aussi 100 % de mes matières premières, j’utilise très peu de produits transformés, c’est comme si vous faisiez votre gâteau à la maison. Je ne mets pas beaucoup de sucre non plus, ce n’est pas une saveur en soi», poursuit-elle. 

Alors Gaël Vidricaire, pour reprendre la phrase préférée de vos clients, «qu’est ce que vous proposez cette semaine»?

Le lauréat

Stéphane Modat: un chef authentique proche de la nature

Du plus loin qu’il se souvienne, Stéphane Modat a toujours voulu devenir chef cuisinier. Un métier décrié par sa famille même si la bonne bouffe a toujours été au centre des repas familiaux. La médiatisation de grands chefs a changé la donne et il a pu se consacrer à sa passion pour devenir l’un des plus grands chefs du Québec. Son rêve, pouvoir cuisiner et servir de la viande des bois.

Né dans le sud de la France, Stéphane Modat a grandi avec l’amour des produits locaux, saisonniers, de la chasse et de la pêche, transmis par ses grands-parents qui étaient très gourmands et bons cuisiniers. «Parfois je me réveillais le matin, il pouvait avoir une tête de sanglier dans l’évier ou des anguilles de la pêche en préparation pour le dîner», raconte-t-il. 

Lorsqu’il est arrivé au Québec, il y a 18 ans, après avoir rencontré sa future conjointe à Nice, il a gardé en lui cet amour pour les produits qu’il mangeait lorsqu’il était jeune. Il commence sa carrière québécoise aux côtés d’Yvan Lebrun, un chef cuisinier d’origine française au restaurant Initiale. «Il m’a beaucoup aidé dans la façon de faire, les produits, les fournisseurs, les saisons, de voir comment ça fonctionne», explique-t-il au téléphone, alors qu’il revient d’une matinée de pêche à la ouananiche, un saumon d’eau douce, avec Frédéric Laroche, avec qui il prépare un livre sur la pêche, dont la parution est prévue cet automne.

Social et toujours de bonne humeur, M. Modat se crée rapidement un réseau de contacts et, en 2004, il devient le chef et cofondateur du restaurant Utopie dans Saint-Roch. Il se fait rapidement un nom, et lorsque le restaurant ferme en 2009, à cause de la crise économique, de multiples projets se bousculent déjà dans sa tête. 

Donner du plaisir 

Il travaille alors avec le sommelier François Chartier, avec qui il forme le duo Mc2 pour des créations culinaires. Ils signeront ensemble l’ouvrage à succès Les Recettes de Papilles et Molécules ainsi que la collection Papilles pour tous.

Dans le même temps, il voyage à travers le monde. Curieux, il aime essayer de nouvelles choses et tant pis si ça ne marche pas. «Il faut se mettre en danger, c’est comme ça qu’on avance», affirme-t-il. 

Son style bien à lui et son goût prononcé pour des produits qui viennent directement des producteurs plaisent à la direction du prestigieux Château Frontenac. En 2013, il devient le chef du restaurant Champlain.

Son audace culinaire sera récompensée à plusieurs reprises. Les gens apprécient sa cuisine et il le leur rend bien. «Quand j’étais à l’école hôtelière, j’ai découvert que je pouvais donner du plaisir à plein de personnes en même temps», confie-t-il. «Ce qui me plaît le plus dans ce métier, c’est que ça t’amène à faire des choses uniques et des rencontres. Si tu le fais avec intégrité et ouverture d’esprit, tu te fais un réseau d’amitié extraordinaire.»

Autoriser la viande des bois

Stéphane Modat adore mélanger la cuisine française et la cuisine québécoise. En fait, il aime surtout créer une cuisine unique avec des produits du terroir. Son rêve le plus cher ? Cuisiner et servir des produits de la chasse. Il a d’ailleurs sorti un livre en 2018, Cuisine de chasse. 

Le chef du Champlain trouve dommage de ne pas pouvoir servir de la viande des bois, dont la chasse commerciale est pour l’instant interdite au Québec. «Du boeuf, tu peux en trouver partout. De l’orignal, il y en a juste chez nous et les gens en mangeraient, c’est sûr», se désole-t-il. 

Il sait en promouvant ce genre de cuisine qu’il peut choquer à une époque où la cuisine végane a de plus en plus la cote en particulier chez les jeunes. «Tout le monde a le droit de faire ce qu’il veut, mais il ne faut pas juger ceux qui sont carnivores. Pour être allé dans le Grand Nord, tu es mort si tu manges que des légumes, ça ne pousse pas», plaide-t-il. 

Au moment de cette conversation, un camion rempli de poulets en direction d’un abattoir croise la route de M. Modat. «On amène des animaux à l’abattoir qui sont passés de poussins à des gros poulets en quelques semaines seulement et ils font des centaines de kilomètres. Quand tu croises un orignal, il n’est pas né pour mourir. Il a eu sa vie et c’est naturel, il n’y a pas d’antibiotiques ni d’hormones de croissance. Les véganes prônent l’achat local. La viande sauvage c’est pareil», croit M. Modat, qui espère convaincre le gouvernement du bien-fondé de la viande des bois.

Le Lauréat

Michel Verreault: la maladie mentale, une vraie maladie

Selon les spécialistes, une personne sur cinq au Canada sera touchée par la maladie mentale. L’Organisation mondiale de la santé estime pour sa part que d’ici 2020, les maladies dépressives arriveront au deuxième rang des causes principales du fardeau global en santé. Michel Verreault a vu sa vie basculer lorsque son fils a été atteint de la schizophrénie, à 22 ans. Depuis, il s’est investi pour la cause et il est devenu le président du CA de la Fondation CERVO, qui travaille à sensibiliser la population sur la santé mentale.

Le Centre de recherche du même nom développe en parallèle un outil pour diagnostiquer dès le plus jeune âge les prédispositions à souffrir d’une maladie mentale. 

Comme la majorité des Québécois, Michel Verreault, n’avait jamais entendu parler des symptômes d’une maladie mentale. Son fils faisait du sport, étudiait aux États-Unis et n’avait pas de problème particulier. En mars 2004, lors d’une visite à la maison, il s’aperçoit que son fils a un comportement un peu bizarre, mais il ne s’inquiète pas outre mesure. «Avec les examens qui s’en venaient, j’ai mis ça sur le compte du stress». Un mois plus tard, il va le chercher aux États-Unis, verdict, son fils souffre de schizophrénie. 

Cette nouvelle a l’effet d’une bombe sur la famille qui ne s’y attendait pas. Mais au lieu de s’apitoyer sur son sort, M. Verreault s’ouvre sur son histoire, et en 2012, il joint le C.A. de la Fondation CERVO. Il en deviendra le président un an plus tard et travaille depuis sans relâche pour changer les mentalités face à la maladie mentale. 

Financement

Il y a deux ans, la Fondation a lancé une grande compagne de financement de 10 millions $. Bell a déjà remis un million, Michel Verreault a également versé un don personnel de la même somme.

«C’est encore tabou la maladie mentale. Les gens n’osent pas en parler et consulter. Or, plus on va en parler, plus on va être conscient que ça existe. On commence seulement à en faire une priorité, mais il faut en faire plus. Il y a moyen d’atténuer les effets et de vivre une vie normale», fait-il valoir. 

En parlant à des spécialistes, M. Verreault a pris conscience que le suivi avec les patients est primordial. «Quand la bonne médication est trouvée, les malades pensent qu’ils vont mieux et ils arrêtent les médicaments, et là ils rechutent. Il faut les suivre et les inciter. Dans les hôpitaux, ils voient beaucoup ça. J’ai de la chance, mon fils prend ses médicaments, mais ce n’est pas tout le monde qui est entouré et accompagné dans cette épreuve.»

Examen de l’oeil

À travers son histoire et la Fondation, il souhaite faire connaître les symptômes aux parents pour éviter certains drames. «Si j’avais su, j’aurais pu intervenir plus tôt. Mon fils lisait la bible, son comportement n’était pas le même, mais je n’avais aucun point de repère. Maintenant, je peux dire aux parents si vous voyez que votre enfant se retire, a les yeux hagards, un discours décousu, ne passez pas sous silence les symptômes, il a peut-être une maladie mentale», explique-t-il.

En plus de sensibiliser la population et les parents, la Fondation finance, CERVO, le plus grand centre de recherche en neurosciences au Canada. Une partie des 10 millions $ ira à ce centre de recherche pour trouver de nouveaux médicaments. 

Depuis, plusieurs années, l’équipe du Dr Michel Maziade développe un appareil pour analyser la rétine. «À travers l’oeil, et la recherche génétique, on est capable de voir si un jeune peut développer une maladie mentale. On en est encore à l’étape des tests, mais cela sera une première mondiale et une grande avancée pour la médecine. On sera capable de mieux suivre les patients et de donner une meilleure médication», se réjouit M. Verreault, qui a fait passer le test à son petit-fils. «Tout est correct.» 

Du 6 au 12 mai, aura lieu la semaine de la santé mentale, l’occasion de démystifier cette maladie en #ParlantHautEtFort.

Le lauréat

La grande odyssée de «Vicho»

Quand il a quitté le Chili en 2014, à l’âge de 19 ans, Vicente Ignacio Parraguirre Villalobos, alias «Vicho», ne connaissait presque rien du Québec et ne parlait pas du tout français. Presque cinq ans plus tard, il s’exprime parfaitement dans la langue de Molière, aura bientôt en poche un baccalauréat en administration des affaires et, surtout, a autour du cou une médaille de bronze des championnats canadiens de volleyball universitaire, remportée il y a quelques jours devant ses partisans avec le Rouge et Or de l’Université Laval.

«J’aurais aimé finir ça avec l’or, mais en même temps, je n’avais jamais gagné ne serait-ce qu’une ronde aux championnats canadiens. La foule était nombreuse, mes parents étaient venus du Chili pour me voir jouer et nous avons battu les Golden Bears de l’Université de l’Alberta en quatre manches. Ce sont de beaux moments que j’ai vécus ici, à Laval, avec mes coéquipiers, et le Québec gardera toujours une place spéciale dans mon cœur. J’y ai appris tellement de choses en tant qu’athlète et en tant que personne», déclare celui qui terminera sa formation ce printemps pour ensuite tenter sa chance au volleyball professionnel. 

Googler «Québec»

Il en a parcouru, du chemin, le jeune homme qui s’était amené à Québec à l’invitation de son compatriote Daniel Cuzmar Grimalt, qui était alors l’adjoint de l’entraîneur-chef Pascal Clément. «Daniel avait joué avec mon frère aîné et il avait donné mon nom à Pascal, qui avait regardé mon match aux Universiades de Kazan, en Russie. Il a aimé ce qu’il a vu et m’a invité à me joindre à l’équipe. À l’époque, je ne connaissais pas le réseau USports. Pour tout dire, je ne connaissais rien du Québec non plus. J’ai écrit «Québec» sur Google et je suis allé voir ce qui sortait!» rigole-t-il.

À son arrivée en septembre 2014, «Vicho» a donc dû s’adapter à une nouvelle culture, apprendre une nouvelle langue et un nouveau style de jeu. «C’était particulier, car le noyau de joueurs du Rouge et Or se connaissaient presque tous. C’est une très petite communauté, alors ils avaient presque tous joué ensemble par le passé», raconte celui qui n’a pas tardé à devenir un pilier de sa nouvelle équipe.

«Ma première année à l’Université, j’ai fait seulement des cours de français. Et à ma deuxième année, j’ai pu prendre la moitié de mes cours de base en anglais et l’autre moitié en français, ça a aidé à la transition», explique le numéro 5, dont la langue maternelle est l’espagnol, mais qui parle aussi un peu l’allemand. 

Il ne lui reste maintenant que deux cours à compléter pour obtenir son baccalauréat et passer à l’étape suivante de sa grande odyssée : vivre de son sport et, qui sait, peut-être participer aux Jeux olympiques avec l’équipe nationale chilienne. «C’est mon plan à court terme : aller jouer pro. Ça fait longtemps que je rêve de vivre cette expérience. Il y a de bonnes ligues en Europe et Gino (Brousseau, l’adjoint de Pascal Clément) a joué plusieurs années en France. Je laisse retomber la charge émotive des championnats canadiens et je regarde ça, tranquillement, pas vite.»

Rêve olympique

Bien sûr, le rêve olympique est encore bien présent dans l’esprit du volleyeur qui a déjà participé aux Universiades de 2013 et 2015 et qui participera en juillet et en août à ses premiers Jeux panaméricains à Lima, au Pérou. «Les Olympiques, c’est le rêve de n’importe quel athlète et justement, cet été, ce sont les qualifications mondiales pour les Jeux de Tokyo, en 2020. Le Chili fait partie des 24 équipes participantes. Les champions de six groupes de quatre équipes passent directement aux Olympiques et, pour les autres, il y a les qualifications continentales. Si le Brésil et l’Argentine se qualifient, on pourrait affronter la Colombie et le Vénézuéla, des équipes qu’on a déjà battues, en qualifications continentales», analyse «Vicho».

Pour les Jeux de Rio, la délégation chilienne avait raté de peu son rêve olympique avec un système de qualification différent. Engagée dans une lutte à finir avec le Mexique, l’Algérie et la Tunisie, l’équipe chilienne avait perdu contre le Mexique, mais battu les deux autres équipes. «Si le Mexique perdait 3 à 1 contre la Tunisie, on se qualifiait pour les Olympiques, mais le Mexique a perdu 3 à 2 et a obtenu la dernière place...», raconte celui qui compte bien aider l’équipe de son pays comme il a aidé celle de l’Université Laval dans l’atteinte de ses objectifs.

Le lauréat

Laura Doyle Péan: une énergie au service des autres

Laura Doyle Péan, est ce qu’on pourrait appeler une superwoman. Finissante du DEC Art, lettres et communication, profil Créativités et médias, elle est impliquée dans pas moins de huit comités au cégep Limoilou et à l’extérieur. Elle travaille également à la Librairie Pantoute. Son engagement, son leadership, et sa réussite scolaire ont été récompensés par la Fondation boursiers Loran avec une bourse de 100 000 $ sur quatre ans octroyés à 35 Canadiens parmi 5089 candidats. Tout ça avec le TDAH.

Au Cégep Limoilou, Laura Doyle Péan est porte-parole du comité local Entraide universitaire mondiale canadienne Limoilou, qui a amassé près de 46 000 $ pour parrainer des étudiants réfugiés et fait des activités de sensibilisation à la migration forcée. Elle est directrice générale du journal étudiant Le Phoque et s’est aussi engagée dans le comité environnement du Cégep ainsi que dans les comités de mobilisation politique, LGBT et femmes de l’Association générale des étudiantes et des étudiants du Cégep Limoilou. 

À l’extérieur, Laura est secrétaire du conseil d’administration de la Table de concertation du Mois de l’histoire des Noirs de Québec et s’implique auprès de l’Entr’actes. «Quand je suis arrivée au cégep, je ne connaissais personne. Je me suis dit : “faut que ça bouge”. Je suis allée à une séance d’information du comité de parrainage des réfugiés et ça m’a plu.»

Ces implications lui ont permis de faire un choix pour ses études universitaires. «J’ai rencontré plusieurs personnes et fait des découvertes sur mes intérêts», souligne Laura, qui entamera des études en droit à l’Université McGill à l’automne. 

Dès son plus jeune âge

Laura a comme croyance que lorsqu’on a la possibilité de faire des choses, il est important d’utiliser cette situation pour aider les gens qui n’ont pas cette vie. «C’est gratifiant de savoir qu’on est capable de faire la différence.»

Son implication dans des comités a commencé à l’école primaire, mais dès son plus jeune âge, elle a commencé à aider les autres. «D’après ma mère, je suis portée à aider les jeunes depuis que je suis petite. À un an, au parc, je suivais une enfant plus jeune pour le protéger», raconte-t-elle. «C’est quelque chose qui m’a toujours tenu à cœur et ça a développé un sentiment d’appartenance avec toutes mes écoles. Quand on s’implique, on a une voix et on s’aperçoit qu’elle compte», ajoute-t-elle.

Il faut dire que ses parents lui ont aussi servi de modèle. «Ils sont très impliqués aussi.» Pour la petite histoire, Laura Doyle Péan est la fille de l’écrivain, animateur et journaliste Stanley Péan.

Le TDAH, une force

Comment on fait pour concilier, études, travail et implications alors qu’il n’y a que 24 heures dans une journée? Son secret : son agenda. «Pas le temps pour la procrastination. C’est possible de se concentrer et de faire ses taches parce qu’on ne peut pas les remettre au lendemain», fait-elle valoir. Laura a toujours été performante à l’école, ses implications sont naturelles, mais elle a relevé certainement son plus gros défi avec le TDAH.

«Le TDAH, c’est une force en ce moment, mes multitudes de projets me permettent de canaliser et de dépenser mon énergie. Mais ça n’a pas toujours été facile. Au primaire et au secondaire, je devais prendre des médicaments. J’ai été suivie par un psychologue pour gérer mon temps, le travail en équipe et le stress», confie-t-elle.

Son implication dans les comités lui a donc appris à se contrôler et à vivre avec le TDAH, mais il ne faut pas s’en mettre trop sur les épaules d’un seul coup. «J’ai l’impression d’en faire jamais assez. J’ai appris à me restreindre et à prioriser certains projets», avoue-t-elle. «En faisant partie de plusieurs comités, c’est également facile de faire des liens entre les différents projets et de faire des projets plus grands», poursuit-elle. Laura Doyle Péan a maintenant le désir et l’ambition d’inspirer d’autres jeunes à s’impliquer. 

Lauréat

Anne-Marie Olivier remporte le titre Grand Lauréat 2018

La directrice artistique du Trident, Anne-Marie Olivier a été consacrée personnalité de l’année par Le Soleil et Radio-Canada, lundi soir, pour son travail et son engagement dans le milieu des arts de la scène depuis plus de 20 ans.

Alors que Québec rendra hommage, mardi soir, aux victimes de la tuerie de la Grande Mosquée en 2017, Anne-Marie Olivier a incité les Québécois, dans son discours de remerciement, à se rapprocher. «On est tous unis les uns avec les autres. Réchauffons-nous à ces feux qui sont la solidarité, l’amitié, l’amour. Tous ces liens gratuits, immenses, et beaux qui nous rendent si beaux.»

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Comédienne, auteure, et directrice artistique d’un théâtre, Anne-Marie Olivier a posé ses valises à Québec en 1997 pour suivre des cours au Conservatoire d’art dramatique de Québec.

Cette formation l’a menée à créer des pièces de théâtre bâties sur des histoires vraies. Depuis, elle arpente la ville pour y déceler la matière pour le théâtre comme lui suggéraient ses professeurs. 

«J’espère que cet honneur va rejaillir sur les femmes créatrices de Québec. On n’a pas à être gênée de quoi que ce soir ici. Il y a énormément d’idées, d’imagination», a-t-elle souligné.

À la fois surprise et honorée d’avoir été choisie, Mme Olivier espère être digne d’un tel prix. «Je suis un peu sans mot, dans le sens où j’espère pouvoir continuer longtemps à faire mon métier et à parler aux gens, à leur tête, à leur cœur. Je suis honorée parce que tous ces gens-là [les lauréats] font une énorme différence dans la vie et je trouve ça immensément beau», a-t-elle confié.

Son travail avait été aussi récompensé cet automne avec le prestigieux Prix littéraire du gouverneur général, dans la catégorie théâtre, pour sa pièce Venir au monde.

Personnalités marquantes

En plus du grand lauréat, la 15e soirée du lauréat Le Soleil–Radio-Canada a récompensé sept autres personnalités dont l’influence est marquante dans la région de Québec, voire au-delà. Une façon de récompenser des gens connus, mais surtout des gens méconnus du grand public et qui réalisent des choses extraordinaires dans leur domaine.

Le chimiste-professeur-chercheur, Normand Voyer s’est distingué dans la catégorie Science. Le patron du Groupe TAQ, Gabriel Tremblay a été récompensé dans la catégorie Société. Marie-Claude Houle, la première femme à la présidence du conseil d’administration de l’Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (ACRGTQ) a reçu les grands honneurs dans la catégorie Affaires. L’auteur-compositeur-interprète Hubert Lenoir qui fait tourner toutes les têtes depuis un an a été choisi sans surprise dans la catégorie Arts et Spectacle, tandis que le jeune scientifique Jonathan Lévesque a été couronné dans la Catégorie Jeunesse pour la création d’un cœur artificiel. Enfin dans la catégorie Sports, c’est la vice-championne olympique en slopestyle aux jeux de PyeongChang 2018 et médaillée d’or en big air aux X Games, il y a quelques jours, Laurie Blouin qui a reçu le trophée.

Le coup de cœur du jury est allé au comédien et auteur Roland Lepage pour ses 75 ans de carrière. 

Le Lauréat

Germain Lamonde: à la hauteur de ses ambitions

Quand il a lancé EXFO en 1985, Germain Lamonde avait déjà l’ambition de devenir un numéro un mondial dans son domaine. Il peut dire mission accomplie depuis le début des années 2000 et ses efforts ont été récompensés en 2018 quand la firme Ernst & Young lui a remis le prestigieux prix de l’entrepreneur de l’année au Canada.

Dès son plus jeune âge, Germain Lamonde se destinait au monde des affaires. La fibre entrepreneuriale était en lui bien avant la fin de ses études à l’Université Laval. «Pour moi, ça a toujours été clair que j’allais me lancer en affaires. J’ai débuté en élevant des lapins sur la ferme, ensuite j’ai opéré une disco-mobile. L’occasion de lancer mon entreprise s’est présentée dès la fin de mes études de maîtrise», raconte-t-il à propos de la naissance d’EXFO dans son appartement de la rue Joffre.

«Au départ, nous avions fait un plan stratégique pour les cinq premières années d’EXFO. Nous avions des ambitions très élevées, mais je dois vous dire qu’on a atteint tous nos objectifs et que, dans certains cas, on les a même dépassés», explique M. Lamonde en entrevue avec Le Soleil. «Notre but était de devenir un leader mondial. Ça a pris 16-17 ans, mais on y est arrivé», indique celui qui demeure toujours le président exécutif du conseil d’administration d’EXFO après avoir laissé la présidence et la direction générale entre les mains de Philippe Morin en 2017.

Numéro un

L’entreprise est numéro un mondial dans le domaine de la fibre optique, parmi les cinq leaders dans le domaine des systèmes sur réseau et parmi les deux plus importantes entreprises pour les tests de réseaux à très haute vitesse. Comme plusieurs entreprises qui réussissent, M. Lamonde avoue avoir reçu de nombreuses offres d’investisseurs intéressés à en faire l’acquisition. «J’ai certainement reçu plus d’une centaine d’offres d’achat. Mais pour moi, c’est très important de continuer à construire une organisation qui fait qu’au Québec, on a des entreprises qui sont des leaders dans leur domaine.»

EXFO gère un chiffre d’affaires annuel de 300 millions $ et engage 2000 personnes à travers le monde, dont 700 au Québec. Ce n’est cependant que 1 % de son chiffre d’affaires qui se réalise dans la Belle Province. «On ramène au Québec de l’argent de plusieurs endroits dans le monde», souligne-t-il.

Aujourd’hui, c’est 40 % du marché d’EXFO qui est consacré aux appareils qui servent à tester les réseaux de télécommunications. «Nous sommes vraiment l’un des plus importants joueurs dans le domaine de la surveillance des réseaux de télécommunication. Par exemple, pour des clients comme AT&T et Verizon, on analyse en temps réel des centaines de milliards de bits par seconde pour trouver les défaillances», indique M. Lamonde.

Pour l’homme d’affaires, créer de la richesse est devenu une responsabilité. «On a la chance d’avoir un système de santé et d’éducation qui a permis à mes six frères et soeurs et à moi, tous élevés sur une ferme, d’aller à l’université et de réussir. Il n’y a pas beaucoup de pays où c’est possible, alors je pense que c’est très important de redonner à la société.»

Ainsi, EXFO est toujours très engagée dans la campagne de financement de Centraide. «Chaque année, nous remettons près de 250 000 $ à l’organisme. Pour nous, c’est une façon d’être un bon citoyen corporatif», poursuit celui qui avait également fait un don personnel d’un million $ à l’Université Laval en 2017 pour appuyer la relève en science et en ingénierie. 

Rendre à la communauté signifie aussi, pour M. Lamonde, s’engager dans des organisations comme le conseil du numérique, qui aide le gouvernement québécois à voir les grandes tendances sur l’horizon 2022-2025, ou alors l’Évolution des services en nuage dans le corridor Québec-Ontario pour la recherche et l’innovation (ENCQOR), qui vise à faire du Canada un joueur clé dans ce domaine. L’homme d’affaires est actuellement le président de ces deux organisations.

Le Lauréat

Mélissa Lapierre: la prise de parole efficace dans l’action

Avocate de formation, Mélissa Lapierre a toujours été passionnée par les communications sous diverses formes : conférences, rédaction, animation à la télévision, théâtre. À tel point qu’elle a fondé son entreprise avec son conjoint Nicolas Harton. Leur but étant de former les entrepreneurs à la prise de parole efficace.

Elle ne s’attendait pas à remporter un prix au du Réseau des femmes d’affaires du Québec. Pour elle, avoir été choisie parmi les finalistes, c’était déjà un grand honneur. Alors, gagner le prix dans la catégorie «nouvelle entrepreneure» lui procure une grande joie et une grande impression de reconnaissance de la part de ses pairs.

Après ses études en droit et son stage au contentieux du Centre jeunesse de Québec, elle change de carrière. «Je savais que je ne pratiquerais pas le droit. La formation m’intéressait. J’adorais toute la structure argumentaire. Je voulais apprendre à plaider, à persuader et à influencer» par les communications.

Mélissa Lapierre devient alors directrice des communications de l’organisation Forces Avenir pendant trois ans. «Puisque j’étais dans une organisation sans but lucratif. J’ai touché à tout, même au développement des partenariats. J’ai appris beaucoup dans une expérience très formatrice.»

Réaliser un rêve

Après ce passage, elle sent qu’il est temps de réaliser son rêve de devenir travailleuse autonome. Pendant huit ans, elle est rédactrice pigiste en plus de s’occuper d’animation d’événements et à TéléMAG. Avec son conjoint, Mélissa Lapierre avait une compagnie de théâtre qu’elle a abandonnée récemment tout en investissant dans l’immobilier.

En 2015, l’entreprise Communication futée est incorporée avec ses deux associés partenaires, pour se spécialiser dans la prise de parole efficace. «Tout cela vient d’une prise de conscience pour tous les deux dans nos expériences de communications», souligne Mélissa Lapierre. «Ce qui est au cœur de nos vies et de nos succès en affaires, c’est la prise de parole. C’est la capacité de communiquer efficacement pour rassembler et mobiliser les gens autour de nos projets.»

Son travail avec les entrepreneurs consiste à les former à la prise de parole dans un contexte d’affaires. «Nous avons constaté deux tendances, expose Mme Lapierre. Il y a ceux qui sont timides et qui feront tout pour éviter de prendre la parole en public. Et il y a ceux qui sont à l’aide de prendre la parole, mais dont le discours n’a pas d’impact. Alors nous avons décidé de monter un programme d’accompagnement en cinq étapes pour aider les entrepreneurs dans leurs communications.»

Pour elle, la prise de parole en public doit être efficace pour générer des résultats d’affaires que ce soit par une conférence ou dans une vidéo sur le Web. Il faut que tout soit structuré, les entrepreneurs doivent conserver leur naturel dans un concept que Mme Lapierre qualifie de bande-annonce de 20 secondes pour capter l’attention.

«Notre entreprise n’a que trois ans, ajoute Mme Lapierre. C’est une reconnaissance qui donne des ailes et l’énergie pour avancer.»

Pour l’avenir, Mélissa Lapierre veut développer deux volets de formation. Le premier se fait par la présence dans les entreprises et les grandes organisations avec des conférences et des ateliers pratiques pour développer des compétences dans l’action sur le terrain. Le second pôle de développement passe par des formations en ligne à partir de vidéos, de documentation et d’exercices pratiques pour relever des défis. «Nous avons deux formations en ligne actuellement, une sur la gestion du trac et l’autre sur le charisme. Il faut capter l’attention, maintenir l’attention et favoriser le passager à l’action.», raconte la jeune femme avec son énergie débordante. Par la technologie, elle veut dépasser les frontières du Québec pour toucher toute la francophonie.

Le Lauréat

Jocelyn Létourneau: brasser des idées pour voir l'avenir

Bien souvent lorsqu’on pense à l’Histoire, on pense au passé. Mais le passé, souligne Jocelyn Létourneau, c’est un grand tout rempli de multitudes d’histoires qu’il faut déterrer, réorganiser, pour donner un sens à chacune d’elle.

«Si vous demandez à une personne qui a été le premier des premiers ministres dans l’histoire du Québec, ce n’est pas cela qui vous révèlera sa connaissance de l’histoire du Québec. La plupart des gens échoueront ce genre de test. Mais si vous demandez ce qu’il sait de l’histoire du Québec, il racontera quelque chose qu’il connaît et qui le situe dans cette trame historique», avance le professeur.

Historien de formation «et de sensibilité», ajoute-t-il, Jocelyn Létourneau se réjouit de ce prix de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS) qui reconnait sa contribution exceptionnelle à la recherche scientifique en sciences humaines.

«C’est la carrière que l’on honore, pas simplement la publication d’une recherche ou d’un écrit, mais pour son impact scientifique et social. Je n’ai jamais perçu que l’intellectuel ou le professeur d’université doit rester dans sa tour d’ivoire. J’ai toujours la préoccupation de traduire mes recherches dans un langage accessible à des personnes qui ne sont pas des spécialistes en histoire ou des chercheurs.»

Outre son travail, il a toujours vu l’engagement dans les enjeux de société comme un devoir. Et particulièrement l’enseignement de l’histoire comme «la transformation des référents collectifs» qui nous guide.

M. Létourneau cumule 34 ans à l’université. Il a commencé ses études à l’Université Laval, puis à Toronto en plus de passages dans des universités prestigieuses comme invité, ou pour parfaire ses connaissances, comme à l’Institut des études avancées de Princeton, et à Lyon ou à UC Berkeley avec des bourses d’étude et de recherche.

Du temps pour penser

«Ce sont des endroits où l’on nous offre du temps pour réfléchir et exploiter tout ce que l’on peut accumuler comme données. Les instituts d’études avancées sont des oasis pour la pensée afin de faire le point.

«Lorsqu’on me demande qui je suis, je réponds que je suis le père d’une famille de quatre enfants avec ma conjointe, mais aussi professeur d’université, car c’est extrêmement important. L’université, c’est un lieu noble ou les idées doivent circuler, où on les brise à l’épreuve des faits pour que l’on puisse trouver un passage vers l’avenir.» Avec le passé qui regorge de plusieurs histoires, il y a des pistes à trouver pour des perspectives d’avenir.

«Le passé, expose-t-il, c’est l’ensemble de ce que l’on fait et de ce que l’on dit. Dans cette forêt exubérante, l’historien tente de mettre un peu ordre en choisissant une trame narrative dans l’une des histoires possibles. L’historien, dans ses choix doit y avoir aussi comme objectif d’ouvrir l’avenir.»

L’université l’a toujours fasciné et l’a façonné avec le temps. Le brassage des idées l’intéressait au plus haut point pourtrouver du sens dans la confusion du monde. La curiosité intellectuelle était développée au point que Jocelyn Létourneau s’intéressait à de nombreux sujets pour mettre en relation différents éléments qui forment la société.

Brasser des idées

Ce que Jocelyn Létourneau propose à ses étudiants : l’exploration intellectuelle de la matière brute que sont les faits «avec des idées pour féconder ces faits-là. On a un problème à résoudre. Alors, on attend des idées. Sur 100 idées, 99 ne seront pas fécondes, mais il y en aura une qui sortira du lot et on fera un bout de chemin dans la réflexion avec celle-là. On cherche pour approfondir la connaissance, non pour avoir une réponse définitive».

Pour lui la science n’est pas la certitude, mais la remise en cause de ce qu’on croyait être une certitude. Il n’y a jamais de réponse finale, mais une recherche constante, et des questions pour aller toujours plus loin.

Professeur, ce n’était pas prévu dans son parcours. C’est arrivé par la force des choses.

Le Lauréat

Camille Gagnon: la créativité au service de la réflexion

Depuis l’âge de 12 ans, Camille Gagnon rêvait d’une carrière dans le monde de la publicité. «Je faisais de la pub dans ma tête. Je créais des petites vidéos. C’est ce qui m’a mené à des études en communications au Cégep Limoilou et au baccalauréat en communication publique à l’Université Laval», se souvient la jeune femme de 25 ans.

Ce n’est donc pas un hasard si elle a été reconnue comme un élément marquant de la relève au Déjeuner des médias de Québec puisque son premier projet de vidéo sur les réseaux sociaux a été célébré à Cannes. On dit même «est tombée dans la marmite de la créativité dès sa naissance».

C’est probablement ce que son mentor, Luc Du Sault, vice-président et directeur de la création chez LG2, avait perçu lorsqu’il lui a offert un stage.

Elle savait qu’elle était finaliste au Déjeuner des médias, mais Camille Gagnon ne s’attendait à gagner. «C’est un gros encouragement. Ça fait vraiment plaisir d’être reconnue par les gens du milieu», avance-t-elle, d’autant plus que cela affirme sa crédibilité et une certaine notoriété dans le monde de la publicité.

Cinéma ou pub?

Il y a quelques années à peine, Camille Gagnon songeait à passer du côté du cinéma. «Je pensais que c’était ce que je voulais faire dans la vie. Mais la création d’un film, c’est long. J’adore le cinéma, pourtant ce que je veux faire ce sont des formats courts. Je veux raconter des histoires en 15 secondes, en 30 secondes ou en une minute. Il faut être créatif pour capter l’attention en si peu de temps. Je préfère créer 500 000 petits films plutôt que trois courts métrages», affirme-t-elle.

Le monde de la création publicitaire, notamment à la télé, les contraintes de production obligent à traiter de nombreux éléments pour créer un contexte qui fera passer le message. «Les tournages sont parfois longs et complexes. Mais c’est tellement le fun à réaliser. Ça change chaque semaine, il n’y a rien de routinier.»

Pour la jeune femme, son métier est un mélange de créativité pure et dure devant la feuille blanche pour trouver une multitude d’idées et le côté technique avec les plateaux de tournage, le choix des comédiens, le travail en studio. «Ça crée un bel équilibre entre le travail de bureau et sortir pour rencontrer des comédiens, superviser le tournage, voir le tout derrière les caméras» poursuit celle qui aime bien ce mélange de fonctions.

L’équilibre

Autant elle peut travailler sur des projets ayant une touche humoristique, autant elle développe le côté sérieux et rigoureux comme le travail qu’elle a fait dans l’équipe qui produit les publicités de la Société de l’assurance automobile du Québec au sujet des textos au volant. «Toute la planète fait de la publicité sur la sécurité routière ou l’alcool au volant. Ce sont des sujets récurrents où il faut trouver de nouvelles idées originales pour faire passer le message», précise Camille Gagnon.

Dans l’univers actuel où la publicité se fait sur toutes les plateformes numériques et traditionnelles, la jeune créatrice a choisi de travailler chez LG2 parce que l’entreprise a à cœur d’éviter «la pollution visuelle et publicitaire. Nos concepts sont appréciés des Québécois. Ils sont remarqués et ils sont souvent primés», dit-elle devant un mur rempli de trophées et de mentions d’honneurs obtenus au pays et à l’international.

Les trophées ne sont pas une fin en soi, dit-elle, mais ils montrent le niveau créatif de l’entreprise qui cherche à divertir, à faire comprendre, à sensibiliser à des enjeux, à faire rire comme à faire réfléchir.

Hors du bureau, Camille Gagnon exprime son côté créatif dans les arts; que ce soit la poterie, la peinture et même dans l’écriture. Son travail lui donne la possibilité de relever un défi artistique important autant dans les images que dans l’expression des émotions. Pour elle, la publicité, c’est un art en soi!

Le Lauréat

Ramatoulaye Seye: déterminée à s’intégrer dans sa nouvelle vie

Lorsqu’elle a quitté le Sénégal avec son mari et ses trois enfants, Ramatoulaye Seye n’était pas dans une situation pénible au point de devoir changer de pays à tout prix.

Sauf que l’avenir de ses enfants était au cœur de ses préoccupations. Une grande traversée de l’Atlantique dans un nouveau monde pour toute la famille.

Travailleuse sociale de formation, elle œuvrait au palais de justice à Dakar depuis 17 ans. Son mari est docteur en biochimie. En arrivant au Québec en 2015, toute la famille devait vivre une série d’adaptations : nouvelle culture, nouvelle école pour les enfants, de nombreuses démarches pour faire reconnaître les diplômes, et puis le premier hiver à Québec.

Pleine d’entrain pendant l’entrevue, Ramatoulaye Seye raconte à quel point elle a voulu s’intégrer dans sa nouvelle ville, dans son nouveau quartier, pour apporter quelque chose de plus à la société qui l’accueillait. Sans contredit, elle est déterminée à tout faire pour s’intégrer.

C’est d’ailleurs cette attitude à Mme Seye qui a valu le Prix reconnaissance Pascale-Clément qui vise à honorer une personne issue de l’immigration dont le parcours d’insertion professionnelle et d’intégration personnelle dans la région de Québec est remarquable.

Pour se tailler une place sur le marché du travail, elle s’est retroussé les manches par une formation d’intégration avec Option-Travail en 2015, tout en effectuant du bénévolat et en travaillant dans un commerce de détail.

Son dévouement et sa propension à prendre soin des autres l’ont guidé dans ses démarches. Elle a fait 21 mois de bénévolat, huit heures par jour, quatre jours par semaine dans divers organismes pour se familiariser à la société québécoise.

Ramatoulaye Seye a choisi de prendre sa place au milieu des gens d’ici dans des formations et dans le bénévolat en attendant une reconnaissance de ses diplômes qui se fait attendre.

Bénévolat

Comme cette démarche prend du temps, elle a décidé de réorienter sa carrière en complétant une formation pour devenir préposée d’aide à domicile auprès des aînés. Pour elle, les aînés sont une richesse à préserver et à partager. «Nous avons un dicton chez nous, expose-t-elle. Lorsqu’un aîné meurt, c’est comme une bibliothèque qui se consume. Ces gens-là ont une sagesse, de l’expérience qu’il faut partager aux plus jeunes et à la société. Il faut faire en sorte qu’il soit en contact avec des gens pour partager leurs connaissances.»

C’est la raison qui la pousse à faire du bénévolat avec la Saint-Vincent-de-Paul de la paroisse Saint-Benoît à Sainte-Foy pour briser l’isolement de ces personnes.

Le bénévolat fait partie de sa façon de prendre sa place. Elle amène ses enfants lorsque c’est possible pour leur montrer le type d’engagement qu’elle a choisi. Son mari aussi fait du bénévolat. Et l’aîné de ses trois enfants sait qu’il fera du bénévolat l’an prochain au secondaire, ça fait partie de ses objectifs.

Les enfants âgés de 6, 9 et 12 ans, sont aussi déterminés que leur mère pour prendre leur place, Ramatoulaye Seye, autant dans les classes, avec les amis du quartier que dans les sports.

Créer son emploi

Tout cela l’amène à réfléchir et à penser à son avenir pour mieux s’intégrer dans sa terre d’accueil. Elle s’est inscrite au centre de formation professionnelle Maurice-Barbeau pour créer sa propre entreprise en misant sur ses 17 années en travail social. Que ce soit au Sénégal ou à Québec, prendre soin des autres fait partie de ses valeurs.

Le lancement de son entreprise sera la réalisation de son rêve : être son propre employeur, tout en venant en aide aux aînés qui sont seuls et en situation d’isolement.

Et le premier hiver, on s’y habitue comment? «Nous avons pris toutes les informations pour savoir comment affronter cette saison. Les vêtements ont été choisis en conséquence et les enfants se sont amusés dehors avec les amis», expose-t-elle pour démonter une facette de sa détermination.

Le Lauréat

Jonathan Lévesque: un coeur aussi vrai que celui des humains

Passionné de sciences, Jonathan Lévesque affirme même avoir une personnalité intense en décrivant les huit mois de travail, quasiment jour et nuit, pour mettre au point son cœur mécanique nouveau genre qu’il a présenté à diverses Expo-sciences pendant son secondaire 5.

Cette rencontre scientifique regroupant quelque 600 jeunes du secondaire et du collégial au pays avec leur projet scientifique retenu pour la compétition se tenait à Ottawa cette année. Pour 

Jonathan Lévesque, âgé de 17 ans, il s’agissait d’une deuxième participation à la compétition pancanadienne, chaque fois avec un nouveau projet. La première fois avec un drone conçu pour l’analyse des gaz et la détection des anomalies. Cette année avec un cœur mécanique totalement différent de ce qui existe sur le marché.

«J’ai remporté un prix dans la catégorie innovation et une médaille d’or avec mon cœur artificiel. Le fait d’être parmi les gagnants me donne une bourse d’admission pour m’inscrire dans diverses universités canadiennes, dont l’Université Laval et celle d’Ottawa», raconte-t-il avec fierté.

Déjà à 10 ans, il s’intéressait à la science. «J’ai commencé avec des ordinateurs que je transformais en serveurs. Je voulais trouver des trucs qui seraient utiles pour la maison. Rapidement je me suis davantage intéressé à l’ingénierie», souligne-t-il.

Le déclencheur

L’élément déclencheur de la recherche sur le cœur mécanique est arrivé soudainement lorsqu’une amie proche de sa famille a été victime d’un infarctus deux semaines avant son mariage. 

«J’ai commencé à m’intéresser au système cardiaque de l’être humain pour trouver des manières d’améliorer la situation des personnes qui ont des problèmes avec leur cœur», expose le jeune chercheur.

Pour mettre en œuvre son projet, Jonathan a consulté un anesthésiologiste cardiaque pour comprendre les contraintes à respecter pour la transplantation d’un cœur artificiel. Son cœur artificiel tient dans la paume de la main. Plus petit que ceux qui existent actuellement, il l’a conçu dans sa forme et ses fonctions pour qu’il soit le plus semblable possible au cœur humain avec un poids de 250 grammes seulement,

Il décrit la membrane flexible qui reproduit le mouvement des battements du cœur tout en expliquant les composantes mécaniques invisibles, dont les matériaux biocompatibles, les nombreux capteurs et moteur de la pompe centrifuge moins énergivore que les moteurs utilisés aujourd’hui, mais qui réagit à la demande en oxygène si la personne est au repos ou fait une activité. Il y a même des capteurs qui tiennent compte de l’altitude, car en altitude le cœur doit pomper davantage pour oxygéner le corps.

Un moteur qui s’adapte

«Mon moteur n’a pas qu’une seule vitesse, mais il s’adapte. Puisqu’il consomme moins d’énergie, la personne n’aura pas à porter un sac à dos pour transporter la pile. Elle tiendra dans un brassard et elle sera plus facile à recharger», précise l’inventeur qui veut continuer ses recherches pour améliorer son cœur artificiel. Si tout se déroule bien, ce cœur-là pourrait bien être transplanté un jour dans un corps humain.

Dans cette aventure scientifique, Jonathan admet avoir eu le soutien de ses parents, notamment dans sa période de nuits blanches où il voulait mettre au point le concept et la mécanique de son projet. Les prix ont été non seulement une grande reconnaissance du travail accompli, mais aussi un baume sur les hauts et les bas qu’il a vécu tout au long de sa démarche avant de se lancer dans une première présentation devant des juges à l’Expo-sciences locale.

Expliquer, décrire, faire comprendre, tout cela n’a plus de secret. Ces recherches, souhaite Jonathan Lévesque, devraient lui ouvrir la voie vers une carrière en médecine ou dans un domaine proche des biotechnologies.

Le Lauréat

Anne-Marie Olivier: la quête de sens dans les arts de la scène

Native de Victoriaville, Anne-Marie Olivier consacre sa vie au théâtre comme interprète et comme auteur depuis sa sortie du conservatoire d’art dramatique de Québec en 1997.

«Je ne pensais pas recevoir un tel prix au cours de ma carrière. Je suis très honorée, très reconnaissante. Je pense à tous les gens qui m’ont aidé à obtenir, à tous ceux qui m’ont donné une tape dans le dos pour m’encourager», souligne-t-elle en parlant du Prix du gouverneur général reçu pour sa pièce de théâtre Venir au monde.

Après des études en cinéma à l’Université de Montréal, elle venue pour des auditions à Québec «de façon très naïve», lance Anne-Marie Olivier. «Ici au conservatoire de Québec, il y avait des cours d’écriture et d’interprétation. Ça me convenait parfaitement, car je pouvais écrire et faire de l’interprétation. Cette école était faite sur mesure pour moi. Je ne pensais jamais aboutir ici à Québec», se souvient-elle.

C’est au conservatoire qu’elle a appris à ouvrir ses yeux sur la vie tout en se promenant en ville pour y déceler la matière pour le théâtre comme lui suggéraient ses professeurs. Cette formation l’a mené à créer des pièces de théâtre bâties sur des histoires vraies. «C’est ce qui m’a forgé comme créatrice», avoue-t-elle.

Quant au goût et à la sensibilité aux arts, elle le doit à ses parents qui, bien qu’ils n’étaient pas dans le monde artistique, avaient éveillé son esprit à divers moments. «As-tu écouté cette chanson, comme c’est beau? As-tu vu le coucher de soleil, comme c’est merveilleux», donne-t-elle en exemple pour illustrer les moments qui lui ont permis de développer sa capacité de s’émerveiller en favorisant l’émulation intellectuelle.

Le sens artistique

«Mon père, ce n’est pas un artiste. C’est un patenteux qui invente des solutions originales. Ma mère quand elle fait à manger, c’est aussi de la création. Ils sont professeurs, mais leur soif de connaissance, leur curiosité et leur amour du monde m’accompagnent toujours aujourd’hui dans ce que je fais et dans ce que je vis», ajoute la jeune directrice artistique du Trident.

Le travail dans le domaine des arts n’est pas toujours simple. Bien des artistes s’expatrient vers Montréal ou d’autres villes pour pouvoir vivre de leur art. Pour Anne-Marie Olivier, c’est compréhensible, car il faut de la chance, beaucoup de travail pour arriver à des sommets et de la foi dans ses moyens.

«Une carrière, ce sont des sillons que l’on forge et que l’on creuse sans toujours savoir où cela nous mènera. Alors un prix comme celui-là, c’est un encouragement», poursuit-elle, qui vient apporter un baume sur les périodes plus difficiles d’une carrière que l’artiste tente de bâtir.

Pour elle, les artistes sont des artisans, des chercheurs rencontrant des spécialistes et qui se nourrissent à plusieurs sources pour mener leur projet à bon port. «Dans mon milieu, je ne vois personne qui profite du système. Ce sont des gens qui travaillent comme des fous pour bâtir un monde meilleur. Ce qui m’intéresse dans l’art, c’est la création se sens. C’est une manière de transformer le pire en lumière, de donner du sens à ce qui n’en a pas, et faire en sorte que l’on soit plus sensible et plus conscient des enjeux qui nous entourent. On peut aborder bien des enjeux sous un autre angle sans faire la morale», souligne Anne-Marie Olivier avec beaucoup d’émotions.

Tant et aussi longtemps qu’elle le pourra, elle exercera son métier avec passion. Elle est venue au théâtre sur un coup de dés, se remémore l’artiste : «J’étais toute jeune, je n’avais même pas 20 ans. Si ça ne fonctionne pas, j’aurai essayé. Je suis toujours sur cette lancée. Tant que la vie va me le permettre, je ferai ce métier. C’est un métier passionnant.»

Elle rencontre de jeunes enfants pour les ouvrir au monde du théâtre. C’est comme cela que sont nés les ateliers créatifs Les Étincelles pour les jeunes de 6 à 12 ans. Pendant que les parents assistent à une représentation, les enfants créeront une œuvre théâtrale qu’ils présenteront aux parents et grands-parents à la fin de la représentation qu’ils sont venus voir au Trident. Cette initiative inédite plaît à Anne-Marie Olivier au plus haut point, elle qui veut partager sa passion au plus grand nombre de personnes possible.

Le lauréat

Roland Lepage: toute une vie de plaisirs au théâtre

Lorsqu’il ouvre la porte de sa maison et lance son «Bonjour !», on entend la voix forte et on sent la passion de l’homme de théâtre que bien des gens reconnaîtront comme le Bedondaine de l’émission jeunesse «La Ribouldingue» diffusée à la télé de Radio-Canada entre 1967 et 1971.

Droit comme un arbre mature, Roland Lepage remue ses souvenirs pour raconter une histoire, son histoire sur les planches à la fin de ses 15 ans durant ses études au Séminaire Québec, ses premiers passages en France pour apprendre et pour jouer.

«J’avais 15 ans, en 1944, lorsque j’ai rencontré Pierre Boucher au Séminaire. Il avait fondé un groupe de théâtre. J’ai passé les auditions et j’ai commencé à jouer tout en continuant d’étudier», raconte-t-il.

Conquis par le théâtre, le jeune homme discutait avec ses parents qui, sans le forcer, avaient d’autres vues pour l’avenir de leur fils. Il s’est inscrit à la faculté des Lettres à l’Université Laval où il a obtenu sa licence. «J’ai remporté de multiples prix. Cela réjouissait mes parents. Mais comme il n’y avait pas encore de conservatoire à Québec, j’ai choisi d’aller en France pour développer mon talent», se remémore-t-il.

Il avait des contacts à Paris. Il y rencontre Léon Chancerel. Ce dernier lui conseille d’aller en province où il aura probablement la chance de jouer plus souvent que dans la capitale. Ainsi, il prendra plus d’expérience.

«Je me suis retrouvé à Bordeaux comme stagiaire au Centre d’art. J’ai joué sans arrêt de 1949 à 1951. Je suis revenu à Québec où j’ai retrouvé mes anciens camarades. J’ai joué, fait de la mise en scène, travaillé sur les maquettes et les costumes. Puis j’ai joué Le Cid de Corneille avec Paul Hébert à Québec et en tournée.»

L’Europe lui manquait. Il retourne à Paris en 1953. De retour à l’été 1956, «arrivé à Québec le dimanche, le jeudi je partais pour Montréal» où un hasard de carrière le mènera vers d’autres horizons. Il se taille une niche dans les émissions jeunesse de Radio-Canada.

L’écriture

L’auteur des textes de Marie Quat’Poches n’est plus disponible. Le réalisateur André Pagé lui demande d’écrire des sketches pour terminer la saison. Puis la réorganisation de la Boîte à surprises laisse deux personnages orphelins, Mandibule, incarné par Marcel Sabourin, et Paillasson interprété par Jean-Louis Millette. 

André Pagé fait appel à Roland Lepage pour récupérer le tout. Il développe l’idée de La Ribouldingue où il prend le rôle de Monsieur Bedondaine. Il amènera de nouveaux personnages avec Dame Plume, Friponneau, Giroflée et Prunelle.

«Les choses ont changé en peu de temps. Les émissions pour enfants ont cédé la place aux émissions éducatives et à Passe-Partout», explique-t-il.

André Pagé passe à l’École nationale de théâtre et rappelle Roland Lepage à ses côtés. Il adaptera en langage québécois une pièce d’un auteur italien sous le titre de L’alphabet des habitants. «En québécois, pas en joual», insiste-t-il.

En 1975, Roland Lepage revient à Québec et achète une grande maison dans le Vieux-Québec. Ce sera une période plus sombre, mais l’homme de théâtre n’a pas été déprimé même s’il était considéré comme un étranger par le monde du théâtre de Québec. Il s’est repris en main.

Par un concours de circonstances, il offre sa pièce Le Temps d’une vie à Jean-Claude Germain du Théâtre national à Montréal. La pièce jadis boudée devient un succès avec quelque 500 représentations, dont une tournée de trois mois en France. Sa pièce La complainte des hivers rouges fera un tabac à son tour.

De 1989 à 1994, il dirigera les destinées du Théâtre du Trident tout en jouant. Il jouera de nouveau en 2015 dans la pièce Dans la République du bonheur.

Monsieur Bedondaine a repris du service l’an dernier au Musée de la civilisation dans une improvisation pour une fête spéciale pour l’auteur Robert Lepage. De sa voix sans faille, il rit à gorge déployée pendant la séance de photos.

Maintenant ses archives font route vers le Musée de la civilisation. Une rétrospective de l’homme de théâtre pourrait bien remplir une salle un jour. Qui sait?

Le lauréat

Alice Guéricolas-Gagné: la nouvelle mythologie de Saint-Jambe

La lauréate du prix Robert-Cliche, Alice Guéricolas-Gagné, commence à raconter son aventure d’écrivaine d’un premier roman dans la librairie Saint-Jean-Baptiste, dans le quartier du même nom.

«Tu la rencontres dans son antre», souligne son père. Car la librairie, c’est pratiquement une seconde maison pour la jeune femme de 22 ans, résidente du quartier depuis la petite enfance. C’est là qu’elle a grandi, qu’elle a appris à connaître les gens du secteur, à s’imbiber des histoires urbaines au point de rédiger un récit des mythes et légendes de Saint-Jambe, titre de son roman et surnom du quartier.

Étudiante en littérature, elle vient de terminer son baccalauréat. Son roman allégorique et fantastique a été écrit au travers de ses autres activités, raconte-t-elle en entrevue. Bien des personnages sont des caricatures de ses amis. «Toujours des amis», tient-elle à préciser. Et les autres personnages, les autres voix qui se font entendre dans Saint-Jambe sont des gens rencontrés au fil des ans, des êtres vivants entre la mythologie et la réalité.

Un quartier vivant

À l’écoute de la vie de son quartier, Alice Guéricolas-Gagné avait déjà écrit quelques fanzines [des histoires à tirage limité] dans sa jeune carrière. Chaque fois, le lancement était accompagné d’un spectacle, des amis lisaient des textes, d’autres faisaient de la musique ou des projections.

La jeune femme se décrit davantage comme une artiste multidisciplinaire que comme une écrivaine. Elle donne vie aux objets et à ses personnages fictifs comme elle le fait avec les marionnettes qu’elle crée. C’est ainsi qu’elle a décrit un Saint-Jambe pratiquement à l’image du village des irréductibles Gaulois Astérix et Obélix, car c’est un quartier où se sont déroulés de nombreux combats et affrontements des visions sociales opposées entre citoyens et dirigeants municipaux.

Si l’auteure n’a pas connu toute l’histoire de la naissance des comités de citoyens et des groupes populaires revendicateurs de Saint-Jean-Baptiste, les lieux lui ont certainement soufflé à l’oreille le passé un peu rebelle de ce quartier de Québec où sont nés bien des organismes communautaires et au moins un parti politique municipal. Depuis longtemps, Saint-Jean-Baptiste est l’îlot de résistance dans la grande ville.

Choisie comme artiste soutenue par Première Ovation, elle a eu l’auteur François Blais comme mentor. «C’est lui qui m’a poussée dans le dos, m’a encouragée dans l’organisation de la trame narrative de mon roman. J’ai retravaillé les textes et les voix pour créer un ensemble cohérent. C’est lui qui m’a convaincue de publier et de participer au prix Robert-Cliche», confie-t-elle.

La nouvelle mythologie

La reconnaissance par ce prix fait grand plaisir à la jeune femme; un prix qu’ont reçu des écrivains bien établis aujourd’hui, comme Chrystine Brouillet et Robert Lalonde. Elle apprécie aussi les remarques des gens du quartier, autant ceux qui aiment ses histoires que les autres qui manifestent leur désaccord.

Pour Alice Guéricolas-Gagné, Saint-Jambe est un exercice de mise en place de l’histoire et des légendes d’un quartier vivant, un quartier qui se marche d’un bout à l’autre dans ses dénivelés et ses paysages-surprises au détour des rues.

«C’est une forme d’enquête ethnologique, expose-t-elle. C’est important de raconter les histoires du quartier. Il y a ici tout un patrimoine. Il faut mettre au jour la vie du quartier qui commence à se faire envahir comme une prolongation du Vieux-Québec qui a perdu ses résidents. Je donne une voix au folklore local en mettant en surimpression des rues et des bâtiments une nouvelle mythologie urbaine. Il faut conserver la vie dans ce quartier-là.»

Alice Guéricolas-Gagné cite la maxime de la maison d’édition La Peuplade : l’art doit peupler le territoire. «C’est ce que je veux faire pour Saint-Jambe avec un hymne national sous la forme d’un roman.»

Fille des journalistes Pascale Guéricolas et Jean-Simon Gagné, du Soleil, Alice se destine à une carrière dans les arts sous plusieurs formes.

Le lauréat

Louis St-Gelais: l’ouverture sur les marchés mondiaux

Se présenter pour la première fois à un concours international de design et remporter le premier grand prix dans sa catégorie fut toute une surprise pour Louis St-Gelais.

Une surprise pour l’équipe de Vitrines Zone, mais surtout des occasions d’affaires avec une grande ouverture sur le marché international pour leur produit, des vitrines spécialisées destinées aux musées et aux grandes expositions.

«Nous avons participé au concours en écoutant les conseils de Québec International, explique le président de la compagnie. Nous n’avions aucune attente, mais ce prix ne pouvait mieux tomber. C’est une possibilité d’expansion de notre marché qui apportera de l’argent neuf dans la région de Québec.»

Ce concours comprend 47 catégories et réunissait 6300 projets, dont ceux de Bombardier qui ont obtenu des prix de design, Ferrari, Apple, Samsung et plusieurs autres parmi les participants réguliers d’année en année.

Une entreprise ne peut être plus québécoise que Vitrines Zone avec ses 35 employés dans le parc industriel de Charlesbourg. «Nos produits sont à 99,8 % québécois. Nos cadres en acier sont produits à Québec, notre verre aussi. Il n’y a que certaines pentures spéciales provenant de la Nouvelle-Zélande et parfois des systèmes d’éclairage achetés aux États-Unis. Toute la conception est faite ici, comme l’assemblage dans notre usine», explique Louis St-Gelais avec fierté.

Un fournisseur majeur

Plus grand fournisseur de vitrines spécialisées sur mesure en Amérique du Nord en 2016, Vitrines Zone est toujours parmi les fournisseurs majeurs. 

Lous St-Gelais mentionne les grands musées du Québec, que ce soit celui de la civilisation, le Musée national des beaux-arts ou encore Pointe-à-Callière à Montréal, sans compter plusieurs autres au Canada parmi les 5000 lieux d’exposition au pays. 

Il n’oublie pas les grands musées des États-Unis avec plusieurs projets dans les pavillons Smithsonian à Washington. Actuellement, l’entreprise travaille sur des projets au Palais présidentiel à Abou Dhabi et d’autres à Dubaï.

Les débuts

L’entreprise Concetti Design, dont Vitrines Zone, a été fondée en 1985 par Louis St-Gelais et trois autres amis finissants de l’école du meuble de Victoriaville. «Nous avons investi chacun 3000 $ pour créer notre compagnie avec notre petit atelier de 600 pieds carrés, se souvient-il. Mais c’est en 2000 que le virage a été pris avec un premier contrat pour le Musée de la civilisation de Québec. 

«En voyant les besoins pour la conception des vitrines pour les expositions, poursuit M. St-Gelais, nous avons développé une spécialité comme entrepreneur en exposition. Notre première vitrine conçue et construite ici a vu le jour en 2000. C’est un de mes amis, Pierre Giguère, qui s’est joint à l’équipe pour développer ce volet de l’entreprise. J’avais le choix de prendre de l’expansion en allant à Montréal, en développant des kiosques pour les entreprises ou prendre le virage dans le secteur de vitrines. Lorsque Pierre a vu ce que nous avions réalisé, c’était clair pour lui que nous devions nous lancer dans la production de vitrine. Je lui en dois une, car c’est lui qui nous a fait prendre la bonne voie pour la croissance de la compagnie.»

Dans les prochains mois, l’entreprise grandira en ajoutant plus d’espace pour développer son volet design de produit. «La conception et le design sont soumis à la fonction. Nos produits doivent être étanches, à atmosphère contrôlée, avec de l’éclairage spécifique. Il faut que nos vitrines soient presque invisibles, car le but c’est de mettre en valeur les artéfacts exposés», conclut-il.

Dans cette aventure, le prix Reddot arrive à point nommé pour donner un élan à la compagnie.

Le lauréat

Roland Martel: toute une vie au service de la musique

Roland Martel a beau dire qu’il range sa baguette de chef d’orchestre, il a toujours la musique dans le sang. La musique, le jazz, la danse, c’est au moins 60 ans de sa vie. Jamais, il ne tournera le dos à la musique. Le feu sacré est toujours vivant.

Il a cédé la baguette de chef à sa fille Katee Julien, mais celle-ci veut qu’il dirige encore son band avec elle pour un temps.

Formé au conservatoire de musique comme trompettiste et en chant classique, le chef d’orchestre est aussi un excellent conteur. Des souvenirs, des histoires sur son amour de la musique, sur ses succès, mais aussi celle d’un incident qui a failli lui couper tous ses espoirs de musicien.

Lorsqu’il était gardien de but pour les Citadelles de Québec, à l’époque de Jean Béliveau, un joueur adverse décoche un puissant lancer frappé au lieu de tenter de le déjouer.

Fracture de la mâchoire supérieure, du sang partout. Il doit se faire opérer. Un prof du conservatoire lui dit qu’il ne jouera plus de trompette : impossible. Dans la tête de Roland Martel, les rêves s’assombrissent.

Pourtant, un rayon de soleil vient raviver les espoirs. Marc Boivin, un musicien de son orchestre et pour le Royal 22e Régiment lui dit : «Tu vas rejouer de la trompette.» Il lui raconte l’histoire d’un trompettiste des États-Unis qui a continué à jouer en déplaçant l’embout sur un côté de sa bouche.

Persévérance

«J’ai vécu trois mois difficiles. Trois mois de persévérance à cause de Marc Boivin. J’ai rejoué de la trompette, relate-t-il. Et j’ai continué de garder les buts. J’ai même joué deux parties hors concours pour les As de Québec.» Rien ne pouvait plus l’arrêter.

Il raconte alors sa passion de la musique. Sa mère jouait du piano. Son père, du violon. Lui, à 16 ans, pendant son travail dans un restaurant au Colisée, écoutait les grands orchestres et les revues musicales qui se produisaient dans l’amphithéâtre.

Pendant Expo-Québec, alors que l’orchestre de Samy Key se produisait, il y avait un concours. Les jeunes étaient invités à diriger l’orchestre pour une pièce musicale. Le gagnant remportait une coutellerie.

«J’avais déjà mon band, se souvient-il. Mon patron me dit d’enlever mon tablier et d’aller sur scène. J’avais le rythme, je connaissais le morceau. Je me lance et les musiciens avaient les yeux grand ouverts d’étonnement. Ils m’ont suivi et ils m’ont fait signe de continuer.»

Qui a gagné la coutellerie? Roland Martel. Plus encore, Samy Key lui a remis sa baguette de chef. «Je l’ai donnée à ma mère en arrivant à la maison», lance-t-il, tout sourire.

Les succès

Et les succès s’enchaînent. Sa notoriété s’établit peu à peu au travers des autres orchestres de Québec. À 21 ans, sa carrière prend une nouvelle tournure. «Les soupers dansants avaient commencé au Château Frontenac dans la grande salle Jacques-Cartier. Moi, je jouais dans une petite salle. Le directeur de l’hôtel, M. Jessop, n’était pas satisfait du genre de musique de l’orchestre. Ce n’était pas le style pour la danse. Il congédie l’orchestre. Il téléphone à la maison vers 22h pour me demander si j’étais libre avec mon orchestre pour le lendemain soir.»

Sa carrière était lancée. Il jouera pendant des années au Château Frontenac, pendant le Carnaval de Québec devant les grands de ce monde. «Lors du Bal de la Régence, Grace de Monaco arrive. Oui, Grace Kelly. Alors j’ai joué sa pièce préférée, True Love, pour qu’elle entame la valse. À la fin, elle a demandé à me voir. Elle m’a donné la main en me disant dans un français impeccable : ‘‘Vous êtes merveilleux. Votre musique me plaît !’’ Le chef du protocole a même permis à mon frère de filmer ce moment.»

Les succès se suivront les uns après les autres. Il se rappelle avoir fait un tabac à Paris, à l’Hôtel Méridien. C’est ce que les journaux ont rapporté.

Plusieurs fois pendant l’entrevue, celui qui a quatre fois 20 ans répète que si l’orchestre Roland Martel a pu exister et durer si longtemps, «c’est à cause des musiciens. Sans eux, il n’y aurait jamais eux d’orchestre» portant son nom.

Maintenant, sa fille reprend la baguette pour que l’histoire se perpétue.

Le Lauréat

Marie-Philippe Benoît: l'engagement comme mode de vie

Lorsqu’elle regarde son agenda chargé de notes et de rendez-vous tous les jours, Marie-Philippe Benoît affirme qu’elle aura une belle semaine. Ce sont des activités, mais aussi des rencontres. Pour elle, l’engagement ce n’est pas du temps partiel, c’est un mode de vie.

Lorsqu’elle arrive pour l’entrevue, la jeune femme de 17 ans marche d’un pas déterminé, le feu dans les yeux. On sent dès le départ qu’elle a du tempérament et qu’elle veut aller le plus loin possible.

Chose certaine, toutes ses activités sont tournées vers les autres, que ce soit les Sentinelles de l’aide pour favoriser l’intégration des jeunes de première secondaire dans la polyvalente. Ou encore les Aidants secrets, ceux et celles qui dénoncent l’intimidation, voire la Fondation de la polyvalente de L’Ancienne-Lorette, un organisme qui lui tient à cœur, car c’est un moyen d’aider les élèves ayant des difficultés financières.

«Fais suer ton prof»

Elle a organisé une campagne de financement originale : «Fais suer ton prof». Ce sont des défis sportifs amicaux lancés aux profs par les élèves qui mettent un 2 $ dans la cagnotte. Si le prof réussit à battre l’élève ou à égaler sa performance, tant mieux. Sinon, il y aura une conséquence composée de redressements assis, de push-ups, et quoi d’autre pour faire suer l’enseignant un peu plus.

«Rien dans les défis ne doit humilier ou abaisser le professeur, lance Marie-Philippe. C’est pour le plaisir de participer, d’amasser de l’argent pour les autres.»

Elle qui a toujours des liens avec la fondation, Marie-Philippe Benoît voit plus loin encore. Elle veut entraîner d’autres écoles secondaires dans son sillage, même des écoles du primaire pour que l’activité «serve à des causes qui leur tiennent à cœur» en faisant suer les profs.

«Il faut que cela s’étende à tout le Québec.» Alors, elle décuple ses efforts pour que tout cela se réalise.

Son secondaire est à peine derrière elle qu’elle s’est déjà engagée dans le Club Entrepreneuriat Sainte-Foy comme vice-présidente au partenariat.

Inscrite en Technique en gestion commerciale au Cégep de Sainte-Foy, elle sait que ce sera une étape vers les études à l’Université Laval en management, ou une autre branche connexe la menant vers l’entrepreneuriat et le monde des affaires. Car le prix de Forces Avenir était accompagné d’une bourse de 10 000 $ pour ses cours universitaires. Travailler dur pour réussir ne lui fait pas peur. Au contraire, elle carbure aux défis.


Plus loin

«L’engagement fait en sorte que je veux pousser toujours plus loin, réaliser de nouveaux projets chaque année, m’épanouir en tant que personne, et grandir à travers les expériences, explique Marie-Philippe. Ça me permet de créer de nouveaux contacts, de rencontrer de nouvelles personnes et de me faire de nouveaux amis.»

Dynamique, elle veut réaliser de nombreux projets. «Pas question de faire toujours la même chose, lance-t-elle. Je veux toujours aller plus loin. Je ne veux pas m’arrêter là, dans un seul emploi, mais découvrir d’autres expériences.»

Habituée aux engagements dans le Programme d’études internationales (PEI), elle croit bien avoir dépassé les 100 heures en bénévolat à l’école et en dehors de la polyvalente. «Je connaissais tout le monde dans l’école. Tout le personnel me connaissait aussi. Le directeur de la polyvalente, Marc Chamard, m’encourageait, il approuvait mes projets et participait aux événements en encourageant les professeurs à participer aussi. Ça créait un sentiment d’appartenance dans l’école et ça mettait une belle ambiance.»

Marie-Philippe estime devoir à ses parents cette propension à l’engagement envers les autres : «C’est une question de valeurs familiales qu’ils m’ont transmises. Ils m’encourageaient me soutenaient et m’aidaient à peaufiner mes projets.»

Pour elle, la limite de l’horizon, ce n’est pas un mur, mais une simple étape à franchir.

Le lauréat

Éric Dupont: les dons planifiés, une voie d’avenir

Entrepreneur à succès, scientifique dans le secteur de la santé, Éric Dupont ne dirige plus d’entreprise, mais il s’adonne à ses passions dans cette nouvelle portion de sa vie active.

Outre les arts martiaux, le pilotage de son avion ou de son hélicoptère, entre les cours de musique et de chant, il met ses énergies dans la philanthropie.

«Je m’implique depuis 25 ans dans la philanthropie, explique-t-il. Au début, je donnais de mon temps. Par la suite, avec mes entreprises et les revenus qui augmentaient, je pouvais donner de l’argent. Avec le temps, la crédibilité se bâtit et les organisations me demandaient d’être président d’honneur pour des collectes de fonds.»

Au fil des ans, il estime avoir dépassé les 50 présidences d’honneur pour différentes causes, que ce soit les hôpitaux de la région de Québec, la fondation du cœur et bien d’autres encore. C’est d’ailleurs ce qu’il fera le 2 octobre avec Christine Michaud comme coprésident du cocktail-bénéfice de la Faculté de médecine de l’Université Laval.

«Avec des collègues, j’ai pu aider des fondations et des institutions à amasser des millions de dollars, relate-t-il. Mais il y a un quatrième type de philanthropie très important : la philanthropie planifiée. J’en ai fait mon cheval de bataille. C’est ce que j’ai fait il y a deux ans en annonçant que lèguerais 5 millions $ à huit causes qui me tiennent à cœur dont l’Université Laval, le Musée national des beaux-arts et quelques autres.»

Cent-associés

Ce dont il est le plus fier, c’est d’avoir été la bougie d’allumage du programme de dons planifiés Les Cent-Associés visant à réunir 100 donateurs qui verseront au moins un million de dollars dans un fonds au profit de futures générations d’étudiants. Il est convaincu que 100 donateurs, même plus, viendront dans l’organisation au point de dépasser les 100 millions espérés.

«J’aimerais que le million de dollars que je lèguerai à ma mort serve au développement de l’entrepreneuriat dans toutes les facultés de l’Université Laval. Nous sommes actuellement 25. Nous sommes comme les Cent-Associés du début de la colonie. Ils ont donné 1000 écus. Ces 1000 écus aujourd’hui valent aujourd’hui 1 million $.»

Il a aussi légué un autre million au fonds Alfred-Pellan pour les dons planifiés. Le fonds veut amasser 25 millions $ de cette manière dans les prochaines années.

Pour lui, la philanthrope planifiée permettra d’amasser des sommes colossales au profit des arts, de la culture et de l’éducation.

Dons planifiés

«La plupart des gens ayant une bonne indépendance financière pourraient léguer jusqu’à 10 % de leurs avoirs au décès sans pénaliser leur famille ou leur descendance pour aider des causes qui leur tiennent à cœur», estime-t-il.

Cette année, il a voulu aider d’autres facultés de l’Université Laval. Il a fait don de guitares qu’il avait collectionnées à la faculté de musique. Il a fait de même avec plusieurs tableaux offerts à la faculté des arts, des tableaux qu’il a peints, pour que cela puisse servir à financer leurs projets.

«J’ai eu le privilège d’être formé dans trois facultés de l’Université Laval, celles de l’administration, des sciences et de la médecine», ajoute-t-il en précisant l’importance de redonner. «J’essaie d’appliquer les principes des grandes étapes dans la vie, le learn, earn and serve. J’ai appris. J’ai obtenu mon indépendance financière avec les quatre compagnies fondées avec mon frère Luc, dont trois ont été vendues. Et maintenant je peux être au service de causes qui me tiennent à cœur, dans mon après-carrière dans les affaires, où je peux faire une différence parfois modeste et parfois plus importante», conclut-il.

Le Lauréat

Jocelyn Vallerand: L'aventure inattendue de l'engagement

Lorsque Me Jocelyn Vallerand a franchi les portes du Relais d’Espérance en 1980, il ne se doutait pas qu’il allait s’embarquer dans une aventure de 38 ans avec cet organisme communautaire. «Il y a beaucoup de choses dans la vie qui sont le fruit du hasard.»

Jeune avocat, Jocelyn Vallerand n’avait pas de ligne directrice pour sa carrière lorsqu’il a commencé à pratiquer le droit.

Au départ, il était là seulement pour rédiger les règlements généraux de l’organisme, mais la présidente et fondatrice du Relais, Denise Goyette, voyait plus loin en ce qui concerne l’implication de M. Vallerand.

«Quand tu commences ta carrière en droit, tu ne te vois pas t’impliquer dans une cause bénévole pendant plusieurs années, mais Mme Goyette avait sa façon de convaincre les gens et elle m’a un peu forcé la main pour que je reste.»

Le jeune avocat ouvre rapidement les yeux sur ce que font les gens au Relais. Et une nouvelle motivation s’anime en lui.

«De voir tous ces gens travailler bénévolement pour sauver des vies, c’est exceptionnel. Quand tu es dans la mi-vingtaine, tu ne penses pas vraiment aux problèmes que peuvent vivre les autres dans la société. J’ai vu avec le Relais une facette de la réalité que j’ignorais auparavant.»

Sans être un intervenant de première ligne auprès de la clientèle de l’organisme, l’avocat s’est engagé à aider le Relais d’une autre façon.

«Mes forces ne sont pas sur le terrain avec les gens, car mes aptitudes sont davantage en lien avec la gestion. C’est très bien ainsi, puisque pour qu’un organisme fonctionne bien, il faut une structure bien définie. Nous avons des intervenants dévoués auprès de notre clientèle et je ne veux pas qu’ils se soucient des problèmes de gestion et d’argent. Ça, c’est moi qui m’en charge.»

Me Vallerand se réjouit aujourd’hui d’avoir contribué à l’expansion de l’organisme, même s’il est conscient que des défis importants existent toujours.

Le souci de l’argent en fait partie, mais aussi, et surtout, la visibilité.

«Nous sommes connus, mais nous avons besoin de plus de visibilité. Nous pouvons par contre nous compter chanceux d’avoir un immeuble de 10 000 pieds carrés avec une hypothèque moins couteuse qu’un loyer.»

Cet immeuble, le Relais le doit en partie à l’implication de l’ancien maire de Québec Jean-Paul L’Allier. En 1996, ce dernier a été invité à une activité-bénéfice. Marqué par la mission de l’organisme, il a mis en contact Me Vallerand avec des gens de la Ville pour leur trouver un immeuble.

L’organisme peut également se targuer d’avoir une bonne place au sein du réseau des cégeps et des universités, qui leur envoient des stagiaires chaque année. Ces étudiants se voient offrir une occasion de développer leurs compétences professionnelles en travaillant directement avec la clientèle du Relais.

Au mois d’août, Me Vallerand a vu son implication reconnue par l’Assemblée nationale. Touché par cette récompense, il a tout de même exigé que la remise de la médaille se fasse au Relais, plutôt qu’à la colline Parlementaire.

Récompense collective

«On veut me reconnaître pour mon implication au Relais, ça doit donc naturellement se faire au Relais. Il y avait une question de visibilité : on en manque et il nous en faut. Et grâce au reportage qui a été fait, on a vu une belle fresque murale qu’un de nos bénéficiaires a fait et qui met en valeur le Relais.»

«Le Relais d’Espérance, ce n’est pas moi seulement, c’est le président, mais surtout nos bénévoles et employés qui travaillent tous les jours à redonner de l’espoir aux gens afin de leur sauver la vie.»

Pour Me Vallerand, il n’était pas question que cette cérémonie soit un énième 5 à 7 ou un rassemblement avec des politiciens. De son propre aveu, il souhaitait un «party» avec les gens de l’organisme pour célébrer le travail accompli au fil des années.

Le Relais d’Espérance a été fondé au début des années 80 par Denise Goyette. Son objectif est d’accueillir des gens vivant des difficultés psychologique, sociale, physique et économique. Offrant une pluralité d’activités et services à sa clientèle, l’organisme souhaite aider ces gens à réintégrer la société.

Le Lauréat

Marianne Théberge: étoile montante sur deux roues

Au début, ça ne lui tentait pas pantoute. Après avoir dû abandonner la gymnastique par manque de temps, la perspective d’aller pédaler en sentiers avec ses parents n’était pas exactement l’idée que la préadolescente d’alors se faisait de la performance sportive.

«J’ai quand même fait une première course... et je n’ai jamais arrêté depuis! Le vélo, c’est ma passion!» clame la jeune athlète de 17 ans. Théberge est redescendue de l’avion en début de semaine, mais sans complètement retomber sur terre.

Pour cause. Sa performance du 6 septembre, à Lenzerheide, en Suisse, fait de la résidente de Saint-Rédempteur la meilleure Québécoise depuis la création en 1996 de la catégorie junior (18 ans ou moins) en cross-country aux Championnats du monde de vélo de montagne.

Théberge décroche aussi le meilleur résultat pour une Canadienne junior en une décennie et se classe troisième ex æquo parmi les filles juniors canadiennes en 23 ans d’histoire, derrière la Britanno-Colombienne Erica Drew (3e en 2000) et l’Albertaine Carrie Tuck (6e en 1998).

Il s’agissait de ses premiers Mondiaux, puisqu’elle atteindra la majorité en novembre. Sa première course en Europe, aussi. Elle passera ensuite dans la catégorie des espoirs de 23 ans et moins. Son succès lui ouvre d’ailleurs la porte l’an prochain à tout le calendrier U-23 des coupes du monde.

Et où seront présentés les Championnats du monde de vélo de montagne en 2019? Au Mont-Sainte-Anne. Aussi bien dire dans sa cour arrière. Reste à voir si elle y obtiendra une invitation de la part de Cyclisme Canada, comme sa victoire à la Coupe Canada de Baie-Saint-Paul lui a valu un laissez-­passer pour Lenzerheide, cette année.

Elle a en somme connu une excellente saison, occupant le sommet du classement junior féminin cumulatif autant au Québec qu’au Canada.

Mieux que prévu

Partie de Québec avec en tête l’objectif d’un top 15, Théberge a dû freiner ses ardeurs une fois sur le tracé situé à quelque 140 km de Zurich. «On s’est entraîné trois jours sur un parcours très glissant, c’était pas évident. Alors j’avais réduit mes attentes à livrer une course propre, sans plus.

«Puis le matin de la course, le parcours était sec, poursuit-elle. Je ne voulais quand même pas trop penser au résultat pour ne pas être déçue», explique-t-elle, ayant pris le départ aux côtés de 53 concurrentes. Elles étaient quatre Canadiennes : trois filles de la région de Québec, avec Roxane Vermette (22e, Saint-Ferréol) et Mireille Larose-Gingras (28e, Québec), et une Albertaine.

Théberge s’est frayé un chemin parmi les 10 de tête dès la première des cinq boucles pour passer la majorité des 21 km au septième rang, avant de poser le pied au dernier tour et de perdre un échelon.

«Avant d’y aller, je me disais que si j’obtenais un top 15, je serais capable de me rendre loin dans le vélo. Un top huit prouve que j’ai raison de vouloir continuer pour longtemps», résume-t-elle avec humilité.

Un sport familial

Membre du même club de vélo de montagne depuis ses débuts, il y a sept ans, l’étoile montante est bien entourée dans les sentiers de ses parents, adeptes du sport avant elle, ainsi que de ses deux petits frères. Tout le monde pédale chez les Théberge-­Poulin. Sans oublier le soutien de son entraîneur Aroussen Laflamme, qui la dirige depuis trois ans.

Si une huitième place aux Championnats du monde s’avère fantastique, elle n’en est pas à ses premières réalisations sur deux roues. Elle a rapporté six médailles de ses deux participations aux Jeux du Québec, étant même porte-drapeau pour la délégation de Chaudière-Appalaches lors de la cérémonie de fermeture de 2016.

Maintenant que sa saison est terminée, Théberge en profitera pour reprendre le temps perdu dans ses études au Cégep de Sainte-Foy, avant de reprendre l’entraînement vers la mi-octobre.

Le lauréat

Alain Rioux: un bénévole soucieux de l’esprit d’équipe

Né dans le quartier Saint-Sauveur de Québec, ancien joueur de hockey dans les différents niveaux au Québec jusqu’à joueur professionnel en Europe, Alain Rioux a développé une mentalité de joueur d’équipe au point de vouloir s’effacer devant les honneurs pour laisser toute la place aux autres.

Pourtant, ses engagements au fil des ans dans différentes causes l’ont mené, au cours des 10 dernières années, à faire en sorte que l’organisation du Pro-Am Gagné-Bergeron atteigne ses objectifs pour venir en aide aux personnes dans le besoin.

Cette année, pour la dixième présentation de la partie amicale entre joueurs professionnels de la Ligue nationale de hockey et des amateurs de la région, le Pro-Am Gagné-Bergeron s’est déroulé dans l’amphithéâtre du Centre Vidéotron où 428 000 $ ont été amassés pour les cinq organisations bénéficiaires : Pignon Bleu, Leucan, Fondation Philippe Boucher, Fondation Maurice Tanguay et Fondation Simple Plan. En 10 ans, c’est quelque 1,5 million $ qui a été ainsi amassé.

Capitaine et bénévole

Ce fut aussi l’occasion pour Patrice Bergeron et Simon Gagné de souligner l’engagement de ce bénévole à la tête de l’organisation de l’événement. Présent lors de l’entrevue, Simon Gagné a rappelé l’importance d’avoir un bon capitaine pour mener l’équipe comme l’a fait Alain Rioux au fils des ans.

L’idée du match de hockey est venue de deux organisateurs du tournoi de golf de Simon Gagné. Au départ pour mettre l’idée en branle, il y avait Pierre Gagné, père de Simon, et Jos Faucher. Pierre Gagné demande à Alain Rioux et à son cousin Claude Rioux de travailler aussi à démarrer le projet.

Lorsque Pierre Gagné est décédé il y a quatre ans, il fallait quelqu’un pour continuer l’œuvre comme chef d’équipe. «Alain était le mieux placé pour remplacer mon père, affirme Simon Gagné. Il a étonné tout le monde, de sorte que le Pro-Am a pu continuer et s’améliorer année après année.»

D’ailleurs, peu de temps avant de mourir, Pierre Gagné avait fait promettre à Alain Rioux de poursuivre l’œuvre qu’ils avaient mise sur pied à quatre personnes. Il lui a dit : continue la mission! «Il était proche de la mort, mais il pensait à la mission, ajoute M. Rioux. J’ai beaucoup appris avec Pierre. Surtout de ne pas être gêné pour demander aux gens» de contribuer et de participer.

Aujourd’hui, l’équipe de bénévole compte une vingtaine de personnes pour les divers volets de l’événement passé du complexe sportif de L’Ancienne-Lorette au Centre Vidéotron.

Les joueurs de la ligue nationale et «les anciens joueurs comme moi, nous avons beau utiliser notre notoriété pour attirer des amateurs et des donateurs, mais il faut des gens comme Alain» pour que l’organisation fonctionne rondement, affirme M. Gagné.

Alain Rioux n’est pas à ses premiers pas dans le bénévolat et la bienveillance envers des gens dans le besoin. Avec son cousin Claude Rioux depuis 20 ans, les deux hommes sont engagés dans l’œuvre du Pignon Bleu. 

Donner au suivant

«Nous avons pris conscience que, chaque matin à Québec, il y a 5000 enfants qui arrivent en classe sans avoir mangé. Ça n’a pas de sens que cela existe encore en 2018. Depuis 20 ans, c’est encore ainsi. J’ai grandi dans Saint-Sauveur, j’ai été au Patro Laval et à l’école Cardinal-Roy. Ma mère habite toujours le quartier. Et ce qui m’étonne, c’est de voir que la pauvreté n’a pas disparu avec le temps. Même si elle a changé de visage, on dirait que c’est pire encore», exprime-t-il.

Pour lui, il y a une question d’équité. Du moins un essai d’équilibrer un peu les choses. «La vie m’a gâté, avance-t-il, et j’ai envie de redonner. Ça donne un sens à ma vie.» Il raconte alors que 1000 billets pour le Pro-Am ont été distribués au Patro Laval et aux jeunes du quartier afin qu’ils puissent participer à un événement où ils auraient du plaisir.

Le lauréat

Charles-Hugo Maziade: les habitudes de vie modifient l’environnement

La Coop FA, fondée en 2007, voulait sensibiliser les gens pour qu’ils adoptent des comportements écoresponsables par des séries de petits gestes dans la vie de tous les jours, par une révision des habitudes de consommation.

Le désir de Charles-Hugo Maziade était de gérer des projets comme il l’avait fait en début de carrière dans le monde de l’éducation physique en milieu scolaire pour des activités en nature. La philosophie des fondateurs, l’approche et les valeurs de la coopérative tombaient à 100 % dans ses champs d’intérêt.

Au départ, l’organisation voulait mettre sur pied des projets en environnement dans les écoles dans une attitude positive, créative et ludique. Pas question de débats, il s’agissait d’amener les personnes à poser des gestes et à développer de nouveaux comportements.

Si les cinq cofondateurs ont pris d’autres chemins professionnels au fil des ans, Charles-Hugo Maziade, lui, fut l’un des premiers membres travailleurs de la Coop FA, en 2011, pour œuvrer sur le premier projet pilote. Il est devenu le coordonnateur du volet éducatif, qui donnera naissance à la bourse Carbone Scol’ERE en 2014 avec des activités et des défis pour les élèves en 4e, 5e et 6année du primaire.

Des prix

La bourse du carbone est l’un des moyens de financement de la Coop FA. Avec l’impact des projets dans les écoles, cela aura valu trois prix à la coopérative pour ses efforts dans le secteur de l’environnement. 

Elle a d’abord été l’une des trois organisations reconnues pour ses initiatives en environnement lors du Forum international de l’économie sociale et solidaire lors des Rencontres du Mont-Blanc, en France. 

Puis la Coop FA a reçu le Mercure du développement durable, de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ). Elle a reçu le Prix l’Éclat de l’économie sociale, aux Pléiades de la Chambre de commerce de Lévis.

Le projet éducatif est au centre des activités avec la Bourse du carbone Scol’ERE. Il est apparu à la demande de professeurs qui voulaient parler des changements climatiques en classe, mais qui se sentaient mal outillés pour le faire.

Le programme actuel comporte cinq ateliers de deux heures, à raison d’un atelier par mois. L’an dernier, 148 classes dans neuf régions ont participé et accumulé des crédits carbone par des changements de comportement évitant des tonnes de gaz à effet de serre (GES). 

L’avenir

Pour la prochaine année, on vise 250 classes et 500 en 2020. Des partenaires en région travaillent sous licence pour déployer les ateliers en classe. Il y a dans les cartons un volet de développement à l’international, car deux organisations en France sont prêtes à embarquer dans l’aventure.

«Les prix remportés nous donnent beaucoup de visibilité et de crédibilité, assure-t-il. Les gens ont le goût de travailler avec nous. On veut se servir du rayonnement de ces trois prix pour aller plus loin dans l’action. Si nous voulons toucher le Québec, il faudra encore plus d’entreprises partenaires.»

Plus de 11 000 jeunes dans 500 classes ont participé au projet éducatif depuis huit ans. «Il y a 65 000 défis qui ont été réalisés, amenant de nouvelles habitudes de vie. Quelque 50 000 tonnes de GES auront été évitées. Cela nous donne 50 000 crédits carbone éducatifs depuis le début du projet», continue M. Maziade.

«Les petits gestes ne sont pas banals. Ce sont de nouvelles habitudes qui se mettent en place à cause des projets à l’école.» Il donne en exemple la réalisation d’une classe de la région de Montréal qui a réussi à convaincre 700 familles de réaliser des défis environnementaux.

La coopérative compte sept employés, dont quatre membres travailleurs et quelques contractuels. M. Maziade rappelle que le comité des ambassadeurs, la cinquantaine de partenaires donateurs, l’équipe multidisciplinaire et les organismes collaborateurs ont assuré la pérennité de la coopérative. (Site web : coopfa.com)

Le Lauréat

Gabriel Tremblay: le travail c'est le bonheur

«Je ne sais pas quelle cellule fait en sorte que j’ai ça dans le sang, ça doit venir de ma mère qui a toujours aimé aider les autres.» C’est ce que répond le patron du Groupe TAQ lorsqu’on lui demande d’où vient sa motivation à travailler avec des employés souffrant de handicaps.

Alors qu’il a commencé sa carrière en tant que fonctionnaire, Gabriel Tremblay s’est rendu compte rapidement que sa vocation devait être orientée vers une cause sociale.

Le lauréat

Félix-Olivier Moreau: les succès d’un athlète complet

C’est une chose d’exceller dans un sport. C’en est une autre de faire partie des meilleurs dans... trois sports. Félix-Olivier Moreau, 16 ans, pratique le ski de fond en hiver, ainsi que le vélo de montagne et de route en été. Aux Jeux du Québec, il a remporté pas moins de 22 médailles toutes disciplines confondues, en quatre finales seulement.

Peu d’athlètes peuvent se targuer d’avoir obtenu autant de médailles. Au Québec, il est un des seuls, sinon le seul. Dans le monde, le plus célèbre cas d’une telle domination a remporté 28 médailles olympiques, dont 23 d’or.

Alors la question se pose. Serait-il le Michael Phelps québécois?

«Je pourrais dire ça, parce que j’en ai jamais vu d’autres qui ont eu autant de médailles que ça», dit le jeune homme, le sourire en coin. «Je m’enfle pas la tête avec ça. […] C’est sûr que c’est le fun, il n’y a personne aux Jeux du Québec à qui ça arrive à part moi.»

Ce succès n’arrive cependant pas seul. Son horaire ne comporte à peu près pas de vacances. Dans le but de mettre toutes les chances de son côté, l’athlète multidisciplinaire s’entraîne chaque jour pour conserver son niveau de forme au maximum.

«Je pense que l’effort qui est mis avant mes courses, l’entraînement et tout, je pense que c’est juste une récompense à mes résultats pour vrai, parce que je mets tellement d’efforts avant de faire mes courses.»

Le temps qu’il consacre à un des trois sports qu’il pratique n’est pas soustrait aux autres. La complémentarité du ski de fond, du vélo de montagne et du vélo de route est notamment ce qui lui permet d’être un athlète complet.

«En ski de fond, mon cardio est vraiment au maximum. C’est là que j’améliore mon VO2max (consommation d’oxygène maximale). En vélo de route, c’est vraiment musculaire. En début de saison, je n’ai pas les jambes comparables à mon cardio, donc c’est différent parce que je ne force pas, mais je force musculairement.»

Terreau fertile

Son terrain de jeu lui permet aussi de passer d’un sport à l’autre sans problème dépendamment la saison. Demeurant à Saint-Férréol-les-Neiges, Félix-Olivier a facilement accès aux pistes du Mont-Sainte-Anne pour s’entraîner en vélo de montagne et aux sentiers de ski de fond en hiver.

D’ailleurs, le village de la Côte-de-Beaupré héberge nombre de sportifs qui ont fait leur chemin sur la scène internationale, à commencer par sa mère, la fondeuse Marie-Odile Raymond, qui a participé aux Jeux olympiques de Nagano, en 1998. «Quand j’étais jeune, je n’étais pas du monde alors ma mère me sortait [en ski de fond]», raconte-t-il en riant.

«Je trouve qu’à Saint-Férréol, on est dans un monde de sportifs. Il y a plein de beaux exemples. Il y a Guido Visser, un autre ex-olympien, il y a Jaqueline [Mourão] (vélo de montagne), du Brésil, qui habite au Mont-Sainte-Anne, donc moi je pense que c’est juste des beaux modèles et je m’inspire pas mal d’eux. [...] Ce sont eux qui me motivent à aller plus haut et tout ça, mais quand j’étais jeune je me disais : "Je veux être Alex Harvey"».

Félix-Olivier sait qu’il devra éventuellement prioriser un sport plus tard dans sa carrière pour continuer d’exceller à un niveau international.

À long terme, le sportif désire se rendre aux Jeux olympiques et y remporter une médaille. D’ici là, sa saison prendra fin dans deux semaines après les Championnats provinciaux de cyclisme sur route junior, disputés le week-end dernier, et espoirs, les 25 et 26 août.

Congé ensuite? Pas tout à fait. L’étudiant de l’école du Mont-Sainte-Anne amorcera le dernier droit avant le fil d’arrivée de son parcours au secondaire, en septembre.

Le lauréat

Jacques Corbeil: la recherche des bonnes bactéries

Jacques Corbeil aime comprendre. Cet appétit de savoir l’a mené à une carrière dans la recherche de pointe dans un secteur que la plupart des gens connaissent peu : le microbiome (ensemble des micro-organismes vivant dans un écosystème donné).

Il cherche à comprendre l’interaction entre le microbiote humain et celui de l’environnement. L’interaction peut tout aussi bien être une cause de maladie qu’un moyen de soigner. Mais pour cela, il faut des données, des tonnes de données pour analyser, voir les modèles d’interaction et dégager des lignes directrices.

«Nous en sommes encore au début des recherches sur le microbiome, car nous avons maintenant la technologie et de nouvelles méthodes d’analyses. Nous pourrions découvrir ce qui permettrait d’améliorer la santé par exemple avec l’ajout d’oméga-3 ou de bleuets dans l’alimentation. Il nous faudra séquencer le microbiome de plusieurs individus pour savoir ce qu’est le microbiome québécois, car il dépend de l’alimentation. On pourrait influencer tel ou tel types de bactéries», explique-t-il en exposant son inquiétude sur la résistance aux antibiotiques.

Un rêve

Son rêve serait de pouvoir séquencer à grande échelle le microbiome humain pour y dégager des similitudes et comprendre les différences. Les analyses du microbiome des humains présentent 40 % de similitudes et 60 % de différences typiques. C’est aussi personnel que l’empreinte digitale, illustre le DCorbeil.

L’utilisation de l’intelligence artificielle pour faire de la classification et de la prédiction est aussi à ses débuts. Plus il y aura de données, plus les actions pourront être ciblées et précises. «Classifier, c’est plus facile. Prédire, c’est un peu plus difficile, mais prescrire en sachant comment agir, c’est plus complexe. À chaque étape, il faut davantage de données» pour y voir clair, insiste le chercheur.

Pour l’instant, la médecine effectue des transplantations de selle (microbiome intestinal) dans les cas de la maladie C. difficile avec un taux de succès pour la guérison variant de 90 à 95 %.

Retour à Québec

Jacques Corbeil a passé 25 ans de sa vie hors Québec. Il a d’abord terminé son doctorat à Sydney en Australie, où il a travaillé plusieurs années avant de passer 15 ans à l’Université de Californie à San Diego (UCSD). Il est revenu au Canada à cause des chaires de recherche sur les maladies infectieuses.

Le fil conducteur de ses recherches concerne les micro-organismes et, depuis quelques années, il s’intéresse aux données de masse (Big Data) et à l’intelligence artificielle pour aider au diagnostic avec l’analyse du séquençage du génome, pour faciliter le pronostic et optimiser le traitement des maladies infectieuses.

«Nous sommes de plus en plus conscients que nous vivons dans un écosystème avec des interactions entre le génome environnemental et le génome humain. Il faut analyser les interactions. Il faut connaître l’influence du microbiome humain sur l’environnement et l’inverse aussi.»

Le DCorbeil est impliqué dans le projet Sentinelle Nord (tinyurl.com/y98vv2q8) qui analyse des bactéries dans l’environnement nordique pour comprendre l’influence de cet environnement en mutation et son impact sur les humains. «On veut voir les microbes présents dans l’environnement qui pourraient être les sentinelles de ce qui pourrait survenir plus tard. Nous avons inventé avec une équipe un système pour recueillir des échantillons et effectuer nos analyses. Ce sont des marqueurs de réchauffement climatique, de l’influence humaine et de la pollution», expose-t-il.

Son laboratoire est composé de nombreux mathématiciens et informaticiens qui travaillent avec les systèmes de calcul informatique de pointe de Calcul Canada et avec des dizaines de milliers des processeurs.

Le Lauréat

Normand Voyer: un chimiste passionné et passionnant

Normand Voyer adore son métier. Il en parle avec verve, passion et détermination. Pendant que le photographe prépare la mise en scène, il tient deux schémas de molécule dans ses mains qu’il prend le temps de décrire. Expliquer, illustrer, faire comprendre, c’est dans sa nature.

Le chimiste professeur-chercheur prend le temps d’expliquer, de donner des exemples simples. Il explique les phénomènes chimiques qui permettent aux humains de sentir l’orage avant de le voir : la foudre produit une réaction chimique qui crée de l’ozone. 

«Ça sent comme le linge frais qui a séché sur la corde à linge dehors. Dans les détersifs, il y a un produit qui se décompose à la lumière en produisant l’ozone. Ça sent le propre. C’est cela que l’on sent à l’approche de l’orage», répétait-il.

Si la majorité de son temps est consacré à la recherche et à l’enseignement, il se garde des moments pour la vulgarisation et la promotion de la science durant 282 conférences dans des écoles au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick pour parler de la chimie de l’amour d’un point de vue scientifique. 

«Je veux transmettre ma passion de l’importance des sciences. Je veux intéresser une nouvelle génération de jeune à entreprendre une carrière scientifique. Je fais la promotion des sciences avec un aspect de persévérance scolaire», raconte-t-il. «Je suis fier d’avoir tout fait cela en maintenant ma carrière de chercheur de haut niveau.»

Démystifier

Sa passion est contagieuse. Dans les conférences dans les écoles, dans ses interventions à la radio, il transmet sa passion en démystifiant la chimie. C’est sa manière de donner au suivant, de contribuer à l’évolution de la société.

«Je veux contribuer de façon positive au débat public, clame Normand Voyer, en amenant la science au cœur du quotidien. Aussi en montrant aux jeunes comment une carrière peut être passionnante. Pour devenir un scientifique, ça prend de la curiosité et de la passion. La carrière, peu importe le domaine, ne se réalise pas en étant carriériste. Ça prend de la passion. Dans toutes les sphères d’activités, on voit des gens qui se dépassent, qui font avancer des dossiers.»

Il espère avoir contribué «juste un petit peu à faire évoluer la mentalité de ce que peut être un scientifique. J’aurais pu faire que de la vulgarisation, mais j’ai choisi de faire de la recherche. Les deux volets sont intimement liés. Les scientifiques ont la responsabilité de transmettre leurs résultats de recherches, les vulgariser et dire à quoi tout cela peut servir.»

Symposium 

En plus de ses tâches d’enseignement, de supervision des étudiants à la maîtrise et au doctorat et en plus de ses recherches, Normand Voyer s’est aussi lancé dans l’organisation d’un symposium international.

«Ce symposium aurait pu se tenir n’importe où en Amérique du Nord. Chaque année, le symposium se tient dans les plus grandes villes du monde. Pourquoi ne pas réunir ces 450 chercheurs de haut niveau à Québec?» lance M. Voyer.

Il lui fallait d’abord convaincre ses deux coorganisateurs de l’Université du Texas que Québec était la ville idéale pour l’événement. Puis, inviter tout ce beau monde, dont deux lauréats du prix Nobel. Ce n’était pas une mince tâche.

Les planètes se sont bien alignées. Le symposium a eu lieu durant le Festival d’été. Un attrait culturel majeur. Et il y a eu le beau temps pour satisfaire tout le monde. Et les découvertes gastronomiques en prime. Québec n’a rien à envier aux autres villes nord-américaines.

Plus que les retombées économiques pour la ville, il y a eu la crédibilité du milieu, la mise en évidence de l’expertise à Québec. «Tous les chercheurs ont été comblés. Les présentations partageaient les dernières avancées de la science. Nous avions embauché des spécialistes pour gérer le symposium et tous les détails organisationnels de sorte que nous avons eu du succès sur toute la ligne. C’était au-delà de nos espérances», affirme-t-il.