Jim Carr, conseiller spécial du premier ministre pour les Prairies, au parlement à Ottawa, jeudi

Le gouvernement Trudeau ouvert à revoir des lois environnementales

OTTAWA — Le ton sur l’environnement est donné au lendemain de l’assermentation du nouveau conseil des ministres du gouvernement Trudeau.

Jim Carr, conseiller spécial du premier ministre pour les Prairies, a été le premier, jeudi matin, à ouvrir la porte à des assouplissements pour la mise en oeuvre des lois C-48 et C-69, qui resserrent les évaluations environnementales pour les grands projets énergétiques. Ces deux lois ont été critiquées tant par les conservateurs fédéraux que ceux des provinces, qui réclamaient leur retrait.

Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, est de ceux qui exigent des modifications aux nouvelles lois fédérales, qui ont remanié le processus d’évaluation environnementale de grands projets comme les oléoducs et qui ont imposé une interdiction permanente aux pétroliers qui sillonnent la côte nord de la Colombie-Britannique.

M. Carr, député libéral manitobain réélu en octobre, assure qu’il y a une «ouverture» de ce côté et estime que c’est dans l’intérêt du Canada que l’Ouest canadien se porte bien. «On doit passer outre le sentiment d’aliénation, le sentiment que le plein potentiel n’est pas exploré et exploité dans la région, et c’est la tâche qui nous attend, a-t-il assuré jeudi matin. En passant, je perçois beaucoup de bonne volonté dans ce sens.»

M. Carr, récemment diagnostiqué d’un cancer, a été nommé «représentant spécial» du premier ministre Trudeau pour les Prairies lors de l’assermentation du conseil des ministres, mercredi. Il était auparavant ministre de la Diversification du commerce international.

Des collègues prudents

Interrogés à ce sujet, les ministres fraîchement assermentés ont usé de prudence face aux commentaires de leur collègue à leur arrivée à la réunion du cabinet.

«Ce n’est pas mon dossier», s’est étonnée Catherine McKenna, qui n’est plus ministre de l’Environnement depuis quelques heures seulement et qui a introduit, puis fait adopter C-69 au Parlement. Elle est maintenant ministre de l’Infrastructure et des Collectivités.

Son successeur à l’Environnement, Jonathan Wilkinson, a soutenu qu’il était ouvert à discuter de la mise en oeuvre des lois avec différents partenaires. Il n’est pas question de les amender, cependant, a-t-il assuré.

«Au final, on veut toujours arriver à cet équilibre difficile qui est de plus protéger l’environnement tout en ayant une économie forte», a résumé Mélanie Joly, nommée à la tête du ministère du Développement économique la veille.

Le militant écologiste Steven Guilbeault, nommé au Patrimoine canadien, dit qu’il n’avait pas pris connaissance des commentaires de M. Carr et n’a pas voulu commenter à l’arrivée du cabinet.

Plus tôt ce mois-ci, la ministre fédérale Carla Qualtrough, députée libérale de la région de Vancouver, a déclaré que son gouvernement était prêt à faire beaucoup de concessions pour atténuer les angoisses dans le secteur pétrolier, mais pas à toucher à C-69.

Rencontres avec des maires

Ces lois fédérales plus restrictives ont été notamment discutées jeudi matin lors d’une rencontre entre le premier ministre Justin Trudeau et le maire de Calgary, Naheed Nenshi. Jim Carr et la nouvelle ministre des Affaires intergouvernementales, Chrystia Freeland, assistaient aussi à cette réunion dans le bureau du premier ministre à Ottawa.

À l’issue de cette rencontre, M. Nenshi a déclaré que le premier ministre s’était montré ouvert à une «amélioration» de la loi, sans toutefois fournir plus de précisions. Le maire Nenshi a promis qu’il continuera «d’être une épine dans le pied» du gouvernement fédéral dans ce dossier.

Le maire de Calgary a aussi rappelé la fragilité de l’unité nationale et le fait que «des paroles et des pensées imprudentes», si elles n’étaient pas contrôlées, «pourraient facilement briser ce qui a pris des générations à bâtir».

«Ceux d’entre nous qui croient en la promesse de ce pays, qui croient en la promesse de la diversité, de l’inclusion et du pluralisme ici dans ce pays ont un réel travail à faire. Nous devons utiliser nos voix et nous devons utiliser nos actions pour revendiquer ce qui est le mieux pour ce pays», a-t-il dit.

Le maire de Vancouver, Kennedy Stewart, a lui aussi rencontré M. Trudeau jeudi matin. Il a déclaré que les deux hommes avaient concentré leur discussion sur la crise des opioïdes et les moyens d’y remédier.