Pour rappel, la CAQ s’opposait fermement à la réforme OPTILAB quand elle était dans l’opposition, et François Legault s’était clairement prononcé contre cette réforme durant la dernière campagne électorale. Le discours a toutefois changé depuis.
Pour rappel, la CAQ s’opposait fermement à la réforme OPTILAB quand elle était dans l’opposition, et François Legault s’était clairement prononcé contre cette réforme durant la dernière campagne électorale. Le discours a toutefois changé depuis.

Le gouvernement Legault défend la réforme OPTILAB

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Le gouvernement Legault défend la réforme OPTILAB déployée sous les libéraux et qui a mené à la centralisation des laboratoires de biologie médicale. Pas question, donc, de donner suite à la demande des médecins de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec-Université Laval (IUCPQ-UL), qui réclament que les laboratoires de cet hôpital spécialisé retrouvent leur pleine autonomie.

Dans une lettre ouverte publiée il y a deux semaines dans la foulée des éclosions de COVID-19 à l’IUCPQ-UL, la présidente du conseil des médecins, dentistes et pharmaciens de l’établissement (CMDP), la Dre Marie-Hélène LeBlanc, affirmait que les résultats des tests de dépistage accusaient des délais «inacceptables», faute de capacité d’analyse. 

Une situation qui témoigne de «l’incapacité systémique amenée en 2017 par la centralisation OPTILAB», dont le mode de fonctionnement s’avère, dans le contexte de la pandémie actuelle, «dangereusement inefficace», écrivait-elle.

Face à l’arrivée de la deuxième vague, les médecins de l’IUCPQ-UL ont demandé l’achat de nouveaux équipements pour faire le dépistage en utilisant d’autres technologies et proposé des solutions temporaires pour recruter rapidement du personnel, signalait la Dre LeBlanc. «Malgré notre insistance, la situation stagne», déplorait-elle.

Selon la médecin, avant leur cession en 2017 à la grappe OPTILAB de la Capitale-Nationale et des Îles-de-la-Madeleine, les laboratoires de l’IUCPQ-UL répondaient «de façon exemplaire» aux besoins de sa clientèle, en plus d’offrir des analyses spécialisées relevant de ses missions à l’ensemble de la population du Québec. 

«Depuis l’entrée en vigueur d’OPTILAB, les médecins et les administrateurs de l’IUCPQ-UL sont privés de l’agilité et de l’autonomie décisionnelle requises pour combler les besoins spécifiques et évolutifs de leurs patients.[…] Après trois ans de centralisation des décisions, ce fleuron encensé de la médecine de laboratoire subit aujourd’hui des allongements inacceptables des délais diagnostiques, de prise en charge et de traitement d’une clientèle dont la survie dépend souvent de la rapidité d’analyse», déplorait la Dre LeBlanc.

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Au lendemain de la publication de cette lettre, le 2 octobre, Le Soleil s’est enquis de la position du ministère de la Santé, finalement obtenue mercredi après-midi. 

Pour rappel, la CAQ s’opposait fermement à la réforme OPTILAB quand elle était dans l’opposition, et François Legault s’était clairement prononcé contre cette réforme durant la dernière campagne électorale. Le discours a toutefois changé depuis.

Le ministère de la Santé «suit de près ce dossier depuis plusieurs mois et plusieurs rencontre ont eu lieu sur cette question», indique-t-on d’emblée par courriel.

«Il faut savoir que la capacité d’analyse du réseau de la santé et des services sociaux a énormément augmenté depuis mars dernier, et ce, bien que le contexte de la pandémie de COVID-19 occasionne une forte compétition mondiale pour l’acquisition des réactifs, du matériel et des équipements de laboratoires», écrit la porte-parole Marie-Hélène Émond.


« Depuis l’entrée en vigueur d’OPTILAB, les médecins et les administrateurs de l’IUCPQ-UL sont privés de l’agilité et de l’autonomie décisionnelle requises pour combler les besoins spécifiques et évolutifs de leurs patients »
Dre Marie-Hélène LeBlanc, présidente du conseil des médecins, dentistes et pharmaciens de l’établissement (CMDP) dans une lettre ouverte

De mars à octobre 2020, précise Mme Émond, la production journalière d’analyses est passée de 3 000 à 25 000 pour le Québec, de 600 à 3 000 pour la grappe de la Capitale-Nationale et de 27 à 541 pour l’IUCPQ.

La porte-parole du ministère de la Santé assure que «la capacité de la grappe de la Capitale-Nationale (dont l’IUCPQ) augmentera significativement en octobre 2020 avec la livraison de nouveaux équipements» et que «plusieurs actions ont été effectuées afin de modifier les guides de priorisation, ce qui a eu un impact positif sur la capacité dans de leurs  laboratoires».

Selon le ministère de la santé, «le laboratoire de l’IUCPQ présente des délais très raisonnables pour ses patients, contrairement à ce qui est affirmé dans la lettre ouverte». «Ces délais sont similaires à ceux auxquels font face le reste de la population du Québec», soutient-on.

Le ministère de la Santé est d’avis que la structure de regroupement des laboratoires OPTILAB «a permis de répondre rapidement aux besoins de l’IUCPQ en obtenant plus d’équipements comparativement à la demande initiale».

«La structure OPTILAB est un atout pour la population du Québec par la mise en commun des expertises, une offre de service de qualité, en temps opportun et équitable pour la population», écrit Marie-Hélène Émond, ajoutant que cette structure a agi «avec efficacité» pour augmenter l’accès au test COVID, une efficacité «démontrée depuis le début de la pandémie». 

La porte-parole du ministère de la Santé mentionne du reste que les besoins en tests de dépistages rapides s’étendent à l’ensemble de la province, et que l’IUCPQ recevra en octobre un appareil Simplexa, dédié aux analyses rapides.

«Afin de répondre aux besoins actuels, la grappe de la Capitale-Nationale a également libéré une partie de la capacité analytique de l’IUCPQ en affectant à d’autres laboratoires certaines analyses», souligne encore Mme Émond.