Maria Echevarria et Julio Quintero s'inquiètent du sort réservé au peuple vénézuélien.

Le gouvernement du Venezuela «en train de tuer son peuple»

Impuissants devant la crise politique et humanitaire qui déchire leur pays natal, des résidents de Québec d'origine vénézuélienne lancent un cri du coeur. «Le gouvernement du Venezuela est en train de tuer son peuple», dénonce Maria Echevarria, qui habite la Capitale-Nationale depuis sept ans.
La femme de 30 ans peut parler longuement des agissements du président socialiste vénézuélien Nicolas Maduro. Comment il a retiré tous les pouvoirs du parlement contrôlé par l'opposition. Comment, avec l'élection «antidémocratique» d'une assemblée constituante, dimanche, le président pourra faire réécrire la constitution du pays à son avantage. Comment des députés et des maires s'opposant au régime actuel sont jetés en prison.
«C'est une dictature, ce n'est même plus caché. À compter de lundi, Maduro aura la totalité des pouvoirs», lance à ses côtés Julio Quintero, 41 ans. L'ingénieur de formation a quitté le Venezuela pour Québec à 18 ans, en 1994. Il en a long à raconter. Son frère, alors capitaine de l'armée, a été emprisonné, au milieu des années 2000, pour avoir refusé de tirer sur des civils, relate-t-il. Son neveu a passé le mois de juin en prison pour avoir participé à une manifestation.
«En ce moment, ce n'est plus la gauche contre la droite ou les pauvres contre les riches. C'est un État contrôlé par une mafia de narcotrafiquants qui ont kidnappé le peuple pour garder mainmise sur le pays.»
C'est l'équivalent d'une guerre entre le peuple et l'armée, présentement, dans les rues des principales villes du Venezuela, assure Mme Echevarria. 
«C'est une angoisse tous les jours de savoir si tu vas être capable de manger. Mes parents sont emprisonnés dans leur appartement depuis quatre jours. Ils ne peuvent même pas sortir devant la porte de chez eux. Ma mère dit qu'il leur reste de la nourriture pour cinq jours. S'ils ne peuvent pas sortir d'ici là...»
Situation critique
Au-delà des abus politiques et de la violence ambiante des dernières semaines, les deux Québécois d'adoption veulent parler du peuple qui se meurt dans leur pays d'origine. «Les gens ne peuvent même plus s'acheter à manger. Même ceux qui ont assez d'argent, ils n'ont littéralement pas accès à la nourriture s'ils s'opposent au régime. Pour survivre, ils doivent acheter leur nourriture sur le marché noir, où les produits coûtent une fortune», décrit Maria Echevarria.
Si le taux de change est officiellement d'environ neuf bolivars pour un dollar, il coûte sur le marché noir vénézuélien l'équivalent de 10 000 bolivars pour acheter un aliment d'une valeur d'un dollar, affirme-t-elle. «Je vous rappelle que le salaire moyen mensuel était de 30 000 bolivars en date du 31 décembre», précise Julio Quintero avant de donner en exemple son père, général de l'armée à la retraite.
«Ses épargnes sont déjà envolées depuis longtemps en raison de l'inflation immense depuis 2000. En novembre, j'ai dû lui envoyer un certain montant pour l'aider à survivre. En janvier, j'ai dû lui envoyer le double, puis à nouveau en avril et encore en juillet. Sinon, il ne mangerait pas.»
Même chose pour les médicaments, précisent l'homme et la femme d'origine vénézuélienne. «Les gens n'ont pas accès aux médicaments de base. Des gens sont en train de mourir pour n'importe quoi, des maladies super traitables. Des médecins ne peuvent rien faire pour eux sans médicaments», assure Maria Echevarria. 
Pire, le gouvernement de Nicolas Maduro refuse toute aide internationale, explique-t-elle, car l'accepter serait l'équivalent de reconnaître que le pays est en pleine crise humanitaire. «Ma tante a un cancer. On ne peut même pas lui envoyer des médicaments. Le gouvernement ne le permet pas.»
Que faire, à l'international, si l'on ne peut aider le peuple vénézuélien? Parler des horreurs quotidiennes, croit Julio Quintero, pour mettre de la pression sur les différents gouvernements afin d'appliquer des sanctions contre le Venezuela. «C'est une crise humanitaire sans précédent sur le continent américain, et je pèse mes mots», se désole l'homme. «Ce que vit le peuple vénézuélien, c'est monstrueux.»