Le gouvernement de la Coalition avenir Québec a dépêché trois ministres mercredi matin pour montrer qu’il s’attaque au problème du plomb dans l’eau : Lionel Carmant, délégué à la Santé et aux Services sociaux, Benoit Charrette, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, et Andrée Laforest, des Affaires municipales et de l’Habitation. Horacio Arruda, directeur national de santé publique (à gauche), était aussi présent.

Le gouvernement du Québec resserrera la norme de plomb toléré dans l’eau potable [VIDÉO]

Le gouvernement du Québec annonce qu’il resserrera à son tour la norme de plomb toléré dans l’eau potable, tel que demandé par Santé Canada. Et que les municipalités, tout comme les établissements des réseaux de la santé et de l’éducation, devront détecter les sources de contamination, puis les éliminer. Il n’y a toutefois pas d’échéancier ni de fonds neufs pour y arriver.

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) a dépêché trois ministres mercredi matin pour montrer qu’il s’attaque à la problématique qui fait la manchette depuis plusieurs semaines : Lionel Carmant, délégué à la Santé et aux Services sociaux, Benoit Charrette, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, et Andrée Laforest, des Affaires municipales et de l’Habitation.

Horacio Arruda, directeur national de santé publique, était aussi présent.

Changer les entrées d’eau

Du côté des municipalités, elles devront identifier les résidences où il y a encore des entrées de service en plomb et établir un calendrier afin de les remplacer. Pour savoir où se cache l’ennemi, il faudra vérifier la qualité de l’eau jusque dans les logis des Québécois. Reste à savoir quand. Et qui paiera : le citoyen, sa Ville, le gouvernement national?

Hôpitaux, CIUSSS…

Les hôpitaux, centres intégrés de santé, garderies et autres établissements publics se verront également confier prochainement le mandat de contrôler la qualité de leur eau.

Aussi, Québec se range aux arguments des experts — notamment de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et de Polytechnique Montréal — et cessera de tolérer que les échantillons soient prélevés après avoir fait couler l’eau quelques minutes. Il faudra prendre les échantillons immédiatement en ouvrant les robinets, afin de déceler la présence du plomb dans l’eau que boivent réellement les gens.

Écoles de Québec 

Récemment, le ministre de l’Éducation a demandé à toutes les écoles du Québec de faire tester l’eau des fontaines où s’abreuvent les élèves et de condamner sans délai celles qui propagent du plomb. Une «directive» doit être transmise, autant aux établissements privés que publics, avait annoncé Jean-François Roberge.

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La CAQ a en outre indiqué au Soleil que les garderies devront tester l’eau bue par les enfants, les plus vulnérables au contaminant qui peut freiner le développement intellectuel. 

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Le gouvernement était sous pression. Juste avant les annonces pour les écoles et les garderies, Le Soleil avait publié une enquête traitant de la possible contamination de l’eau de certains établissements scolaires de la capitale. Le lendemain, une série d’articles de La Presse+ soulevait les mêmes périls dans la métropole. Le Devoir a également publié de nombreux textes dans la thématique, notamment au sujet de la gestion déficiente des tests pour détecter le plomb et leur désuétude. 

À Québec, nous révélions notamment que la Ville a découvert des «concentrations significatives en plomb» dans l’eau de certaines écoles, «parfois supérieures à la valeur ciblée par la norme». Dans les pires dossiers, la contamination était de 4 à 72 fois au-dessus de la nouvelle limite fixée à 5 microgrammes par litre (µg/l) : 43,4 µg/l à l’école Saint-Malo (quartier Saint-Sauveur); 21 µg/l à l’école Sans-Frontière (Vanier); 19,8 µg/l à l’école Saint-Fidèle (Limoilou); même 360 µg/l à l’école internationale Saint-Sacrement. Une expertise commandée à un laboratoire privé avait, par la suite, offert des résultats moins spectaculaires.

Rappelons que l’INSPQ déplore le faible nombre de tests effectués. Et que Santé Canada préconise que l’eau de chaque fontaine et robinet des écoles et des garderies soit testée annuellement.

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TEST POUR TOUS À MONTRÉAL… 

À Montréal, la mairesse Valérie Plante a dévoilé mercredi son plan d’action d’un demi-milliard de dollars. Les citoyens de la métropole sont invités à consulter une carte mise en ligne. Si sa maison est vieille et qu’il y a un risque de présence d’une entrée d’eau en plomb, le propriétaire commandera une trousse d’analyse à 50 $. Le prélèvement devra être effectué durant l’été, quand les tuyaux perdent plus facilement le plomb, l’eau étant plus chaude. Ensuite, la Ville financera les travaux évalués entre 2000 $ et 15 000 $ par maison, pour que les résidents puissent éliminer les conduites dangereuses, rapporte La Presse+. Ils auront 15 ans pour rembourser. 

Dans la capitale ? La mairie offrait déjà «aux propriétaires dont le bâtiment a été bâti avant 1970» d’examiner leur eau potable sans frais, nous explique une conseillère en communication, Wendy Whittom. Les intéressés peuvent contacter le 311 par téléphone. Il y a une liste d’attente. «Les demandes […] seront priorisées selon quelques critères d’évaluation des risques, dont : la présence d’enfants dans la résidence; la vocation de la résidence (présence d’une garderie); l’année de construction de la maison; la réalisation, ou non, de travaux effectués à la plomberie domestique.» Les prélèvements attendront la belle saison 2020, entre le 1er juillet et le 30 septembre. Et ensuite ? Le résultat est remis à l’habitant. Et ensuite ? Nous n’avons pas été en mesure de savoir si des correctifs seront obligatoires lorsque nécessaires.

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DES RISQUES?

«Avec le plomb, il y a toujours un risque», expliquait récemment au Soleil Isabelle Goupil-Sormany, médecin-conseil à la Direction de santé publique de la Capitale-Nationale. «Les scientifiques ne sont pas capables de dire qu’à un seuil il n’y a pas d’effets à la santé. Pour les métaux en général, il n’y a pas de valeur sécuritaire.» Le plomb affecte notamment le développement intellectuel des enfants. Il est d’ailleurs jugé particulièrement néfaste pour les plus jeunes, du fœtus à l’école primaire, vers 6 à 8 ans. Leur corps en développement absorbe une plus grande proportion du contaminant que les adultes. Donc, ils en accumulent plus. «Le plomb, ça ne s’élimine pas. Une fois qu’on l’a absorbé, on l’a toute sa vie.» Horacio Arruda, le directeur national de santé publique, tranche néanmoins : «L’eau du Québec est une eau de qualité.» Il ne voudrait pas que les citoyens perdent confiance et se mettent à consommer des boissons en bouteille. Jusqu’à preuve du contraire, l’eau du robinet est «sécuritaire», selon lui.