Le premier ministre progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, a vu ses concitoyens élire des libéraux dans six des dix circonscriptions de la province - et même une candidate du Parti vert, une première dans l’Atlantique au fédéral.

Le «front uni contre la taxe carbone» résistera-t-il à la réélection de Trudeau?

TORONTO — Le front uni de cinq premiers ministres conservateurs provinciaux contre la taxe sur le carbone des libéraux fédéraux a commencé à montrer des fissures, mardi, à la suite de la réélection de Justin Trudeau - même pour un gouvernement minoritaire.

Certains des cinq premiers ministres provinciaux qui critiquaient publiquement la taxe sur le carbone, ou qui la contestaient devant les tribunaux, ont maintenu leurs attaques dans les heures qui ont suivi le scrutin fédéral de lundi. Mais au moins l’un d’entre eux a semblé reculer. Car le premier ministre progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, a vu ses concitoyens élire des libéraux dans six des dix circonscriptions de la province - et même une candidate du Parti vert, une première dans l’Atlantique au fédéral.

«Notre position a toujours été de laisser l’industrie payer pour que la technologie soit utilisée dans la recherche et le développement, et ne pas forcer les contribuables à payer» pour la réduction des émissions, a déclaré M. Higgs mardi en conférence de presse. «Les gens ont voté (autrement), alors nous, au Nouveau-Brunswick, devrons trouver un moyen de faire fonctionner» le régime de tarification des émissions de gaz à effet de serre.

M. Higgs a ainsi ouvert la voie à la mise en place par son gouvernement de son propre régime de réduction des émissions de carbone, ce qui libérerait le Nouveau-Brunswick de la taxe imposée par Ottawa.

Cette tarification a été imposée plus tôt cette année aux provinces qui n’avaient pas mis en place un régime de tarification des émissions de carbone à la satisfaction d’Ottawa. Parmi ces provinces : la Saskatchewan, dont le premier ministre a juré mardi de poursuivre la croisade.

Un brasier de frustration

Dans une brève déclaration, Scott Moe a demandé aux libéraux de M. Trudeau, qui n’ont pas réussi à obtenir un seul siège en Saskatchewan et dans l’Alberta voisine, d’éteindre le brasier de frustration dans les provinces des Prairies. Et il a cité l’abolition de la taxe sur le carbone comme un extincteur pour y parvenir.

«(Lundi) soir, le premier ministre Trudeau a déclaré à la Saskatchewan et à l’Alberta: «J’ai entendu votre frustration. Je veux être là pour vous soutenir», a écrit M. Moe dans un communiqué. Ce sont des mots gentils, mais nous avons besoin d’action, pas de mots.»

Les conservateurs ont remporté les 14 sièges en jeu en Saskatchewan. Même le vétéran libéral Ralph Goodale, qui était député à Regina depuis plus de 25 ans et qui était respecté par tous les partis, a été balayé lundi. En Alberta, les conservateurs ont remporté 33 des 34 sièges: les libéraux ont perdu leurs trois sièges dans la province et seul le Nouveau Parti démocratique a pu conserver son siège à Edmonton.

En conférence de presse mardi à Regina, le chef conservateur fédéral, Andrew Scheer, a déclaré qu’il avait entendu la frustration de la Saskatchewan et de l’Alberta. «Nous allons nous battre pour vous, a-t-il dit. Nous ferons tout notre possible pour que ce gouvernement libéral comprenne qu’il doit changer de cap: il ne peut pas continuer à attaquer notre secteur énergétique.»

Ford se fait conciliant

Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, a fait écho à ce message dans une allocution prononcée mardi après-midi à l’Assemblée législative, affirmant que les habitants de la province ont réclamé l’équité et le respect avec «une voix forte de défiance» en n’élisant aucun candidat libéral fédéral.

M. Kenney a poursuivi en affirmant que s’il était ouvert à l’idée d’imposer une mesure fiscale aux grands émetteurs, il s’opposait à la taxation des consommateurs ordinaires.

«Justin Trudeau et moi-même sommes en désaccord sur l’utilité de punir les personnes âgées pour avoir chauffé leur maison et les personnes se rendant au travail en voiture», a-t-il déclaré, ne mentionnant pas les remboursements prévus dans le plan de la taxe fédérale sur le carbone. «Je ne pense pas que ce soit une politique environnementale efficace.»

M. Kenney avait écrit précédemment sur Twitter que les Albertains avaient envoyé «le signal le plus clair jamais envoyé à Ottawa depuis les 114 ans d’existence» de cette province. «Ils ont accordé aux conservateurs 70 % des voix, le plus important mandat démocratique de notre histoire», a-t-il soutenu.

Discrétion relative, par ailleurs, du côté du premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, cinquième membre de ce front uni des provinces et l’un des plus virulents opposants à la taxe fédérale sur le carbone. M. Ford, qui a été pratiquement invisible pendant toute la campagne fédérale, s’était engagé, bien avant la campagne, à prendre les mesures nécessaires pour éliminer cette taxe. Son gouvernement a contesté en cour la validité de la taxe carbone, comme en Saskatchewan, et il a obligé les stations-service de la province à afficher sur leurs pompes des autocollants dénonçant la mesure fédérale.

M. Ford a toutefois décrété en août une trêve électorale de contestation judiciaire, afin de voir si, au lendemain du scrutin, il serait toujours utile de poursuivre ce combat, qui devrait coûter environ 30 millions $ aux contribuables ontariens. «Cette taxe sur le carbone, ce ne seront pas les tribunaux qui vont décider: ce sont les gens, lors des élections», déclarait-il en août. «Une fois que les gens ont décidé, je crois en la démocratie, je respecte la démocratie, nous avançons.»

Mais au lendemain de la réélection de M. Trudeau et à la suite d’un appel téléphonique entre les deux hommes, le cabinet de M. Ford adoptait un ton plus conciliant. «Au fur et à mesure que nous évaluons les résultats des élections fédérales, et comme l’a dit le premier ministre (Ford), nous continuerons de discuter des efforts de notre gouvernement pour lutter contre la taxe fédérale sur le carbone», a indiqué sa porte-parole, Ivana Yelich, dans un communiqué.

Le premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, a affirmé que sa province avait l’intention de suivre son propre plan d’action, appelant à moins d’acrimonie sur la question des taxes sur le carbone.

«Nous allons poursuivre notre plan vert manitobain avec ou sans le soutien du gouvernement fédéral», a déclaré M. Pallister lors d’une conférence de presse. «J’espère seulement que nous pourrons continuer à travailler ensemble sur ces projets verts, ne pas nous diviser et lutter contre les taxes sur le carbone.»