Selon un employé, la situation était en train de s’améliorer au Zoo de Saint-Édouard.

Zoo de Saint-Édouard: «J’ai vu un homme qui aimait les animaux»

«Ils ont fait du sensationnalisme, et ils ont stressé les animaux. […] Normand Trahan a ses torts pour certaines choses, mais pas comme c’est décrit dans les médias. Il y a des limites. Il y a peut-être un problème d’hygiène et de salubrité, mais pas de la cruauté animale au sens propre…».

Un employé du Zoo de Saint-Édouard, qui souhaite garder l’anonymat, a été surpris par le déploiement des autorités sur le site et les accusations dirigées contre le propriétaire du zoo plus tôt cette semaine.

«J’ai été surpris et j’ai vraiment trouvé ça difficile», souligne-t-il.

Depuis son embauche au Zoo, il y a deux ans environ, l’employé estime que la situation s’était grandement améliorée.

«Le bien-être des animaux s’est grandement amélioré depuis 2018. Il était en train d’investir beaucoup d’argent pour se conformer aux nouvelles normes. Avant, il n’y avait pas de grandeur minimale ou de dimension de base», souligne-t-il.

«Il voulait vendre, il a 70 ans. Il ne voulait pas nécessairement investir, mais il s’est rendu compte qu’il n’avait pas le choix et déjà, il a investi près de 100 000 $».

Pour l’employé, la réalité qui a été décrite par les autorités, mardi, n’est pas celle qu’il observe de l’intérieur.

«Oui, ça se peut qu’il y ait des choses de moins bien, mais de là à dire que c’est si pire que ça, non. […] C’est certain qu’en allant là, ils montrent le pire, ils ne montrent pas ce qui a été fait de bien, ce qui a été rénové», note-t-il.

L’employé qui n’a pas de formation en santé animale affirme que les animaux étaient nourris chaque jour et que, pour la plupart, la nourriture était adaptée aux besoins particuliers de chacun.

«La nourriture était adaptée à 75 % peut-être. Les quantités de nourriture ont beaucoup augmenté depuis mon arrivée. J’ai vu une amélioration. […] Mais, il y avait encore des ajustements de recette.»

Par ailleurs, il soutient qu’aucune formation n’était exigée pour son poste et que le zoo fonctionnait plutôt avec «des techniciens et des vétérinaires qui sont employés par contrat».

L’employé soutient qu’il y a une centaine de bêtes au Zoo de Saint-Édouard. Il affirme qu’aucun animal sur le site n’est en très mauvaise santé.

«Le chameau du vidéo qui circule est le seul qu’on pourrait dire plus maigre, mais il faut connaître son historique. C’est un animal qui a près de 40 ans. Il a une moulée adaptée pour lui. […] Son état s’est amélioré depuis deux ans», note-t-il.

«Il y a des animaux qui sont vieux, très vieux», spécifie-t-il.

L’employé a également mentionné que l’abri qu’on voyait dans Le Nouvelliste de mercredi servait à entreposer seulement du foin. Il estime que l’âge des bâtiments doit être pris en considération également. Pour cet employé, il ne fait aucun doute que les problèmes ont commencé lorsque la vente du Zoo a avorté.

«Je pense réellement que c’est une vengeance personnelle», a-t-il lancé au Nouvelliste.

«Des concessions inacceptables»

De son côté, Michel Thibeault affirme qu’il constatait déjà de graves problèmes à propos des conditions de vie des animaux du zoo lorsqu’il travaillait aux côtés de Normand Trahan, vers la fin des années 90.

«Ce que j’ai cru comprendre, c’est que pour des considérations budgétaires, il devait couper sur les soins vétérinaires, explique-t-il. C’était la même chose au sujet des aménagements, ce n’était pas toujours ce qui était le plus adéquat. Au niveau de l’alimentation des animaux, on pourrait remettre en question la quantité des rations qui étaient données aux animaux, toujours à cause d’un budget qui était extrêmement serré. J’avais dit à Normand que j’avais un peu de difficulté avec la façon dont je voyais qu’il réduisait les soins de vétérinaire pour certains animaux, par exemple, et il m’avait dit à l’époque: ‘‘c’est temporaire, je vais arranger ça’’. Mais ce qu’on a pu constater, c’est qu’au fil des ans, ça a probablement perduré», souligne-t-il.

M. Thibeault a travaillé sur des projets de stratégies de marketing et d’amélioration de l’image du zoo, entre autres. Bien qu’il dit ne jamais avoir été particulièrement proche de lui, il croit sincèrement que Normand Trahan n’est pas un homme volontairement cruel envers les animaux.

«J’ai vu un homme qui aimait les animaux. Lorsqu’il me parlait des animaux, de son entreprise, je n’ai pas senti un homme qui était cruel envers les animaux. Il voulait probablement le mieux, mais il faisait des concessions inacceptables sur la condition de vie des animaux, parce qu’il tentait de garder l’entreprise.»

Selon lui, les difficultés de M. Trahan à rentabiliser le zoo sont probablement ce qui l’a poussé à faire des économies au détriment du bien-être de ses pensionnaires.

L’ancien collaborateur du propriétaire du Zoo de Saint-Édouard se demande cependant pourquoi les autorités n’ont pas réagi plus tôt. «Sachant que j’ai vu ces choses il y a 20 ans, pourquoi avoir tardé autant avant qu’on (les autorités) le constate, s’interroge M. Thibeault. Il y a des trous dans les mailles du filet. Les ministères concernés devraient se poser des questions.»