Nancy Nadeau a rencontré Yves Bourque il y a plus de 15 ans. Elle ne l’a jamais quitté depuis et reste sa plus grande complice.

«Yves ne connaît aucune limite»

Bécancour — Yves Bourque se considère chanceux. Non seulement mise-t-il sur le coup de pouce de nombreux partenaires pour l’appuyer dans son rêve des Jeux paralympiques, sa conjointe des 16 dernières années est fidèle au poste, pour le meilleur et pour le pire.

«Elle n’est pas toujours d’accord avec mes décisions. J’ai 52 ans, mais je ne ménage pas beaucoup mon corps et j’en suis conscient. En même temps, elle sait que j’ai besoin de ça dans ma vie», raconte le skieur paranordique, rencontré à la veille de son départ pour PyeongChang, où il prendra part à ses deuxièmes Jeux, dès le 9 mars.

Nancy Nadeau s’en souvient. C’est au Mont-Sainte-Anne, en 2009, que son amoureux a eu la piqûre du ski de fond. «Sa réaction au bout de la piste disait tout. Depuis ce moment, je l’ai toujours encouragé», partage-t-elle, sous le regard complice de l’autre.

Les deux partagent plusieurs passions: le vélo, la pêche et le kayak sont au centre de leurs activités. Ils se sont connus par le biais d’un réseau de rencontres, par téléphone. Nancy a deux garçons d’une union précédente, Yves a deux filles. «Une heureuse famille recomposée», témoigne l’athlète, qui travaille au centre de réadaptation Interval.

«J’aide les personnes aux prises avec une déficience physique et parfois, ce sont des patients de Nancy, qui est préposée aux bénéficiaires, qui en profitent», poursuit Yves Bourque. Quand on parle de complémentarité, en voilà un bel exemple.

«On forme une bonne équipe, opine Nancy Nadeau. Malgré son handicap, Yves ne connaît aucune limite. Il n’est pas très bon en cuisine, mais pour le reste, je ne peux pas me plaindre!»

On parle en effet d’un habile bricoleur. Bourque apporte lui-même certaines modifications sur sa luge de compétition et puisque le couple a acheté une maison centenaire à Bécancour au début de la relation, les travaux d’entretien sont courants.

C’est sans compter les six jours d’entraînements par semaine du fondeur. «Le vendredi, c’est notre journée de congé, sourit Bourque. Ça en prend une parfois, avec nos horaires. Nancy n’arrête pas beaucoup elle non plus. Je pense que nous sommes deux hyperactifs. La télé est ouverte 45 minutes par jour. Nous n’avons pas le câble!»

«Mes collègues me disent parfois en riant que je pourrais coucher l’étage au complet, en parlant de nos patients, enchaîne la dame. Oui, on se ressemble...»

Bourque a déjà promis à sa blonde qu’il n’entamerait pas un autre cycle olympique. Il s’est souvent absenté depuis 2015, quittant notamment la maison pendant un mois pour s’entraîner dans l’Ouest canadien.

Les blessures subies aux épaules inquiètent aussi ses proches. «Je lui ai déjà dit que ce serait peut-être bon qu’il ralentisse, mais il n’est pas encore rendu là. Des fois, j’aimerais que sa passion, ce soit les jeux de cartes!»

La vérité, c’est que rien ne rend Yves Bourque plus heureux que de skier dans son parc national de la Mauricie, ou au centre Énergie CMB. La région avait reçu une petite averse de neige, la veille de cet entretien avec Le Nouvelliste. «Pour moi, c’est le paradis, s’exclame le Bécancourois. J’ai toujours dit à Nancy que je me voyais mourir à 80 ans, d’une crise cardiaque au parc national! Je ne peux pas penser ma vie sans un grand défi sportif. Je perdrais patience sinon. Et je rappelle souvent à ma blonde qu’il me manquait deux choses à la naissance: mes deux jambes et de la patience!»

C’est pourquoi il se tournera vers l’aviron ou le kayak après PyeongChang. Au Club de canotage de Shawinigan, Hélève Gervais est déjà prête à l’appuyer.

«J’ignore où ça va me mener. Avant de faire du vélo et de gagner des médailles à Rio, Charles Moreau pratiquait le ski de fond. Sa transition a été payante. Je ne dis pas que je gagnerais des médailles, mais ça m’intéresse. Par contre, je dois être prudent et j’en suis conscient. Il me reste un tendon dans chacune des épaules. Je veux profiter de la vie le plus longtemps possible.»

Comme des bonheurs quotidiens avec les petits-enfants de sa conjointe. À l’école Tristan, 5 ans, devait dessiner un athlète olympique. Le sien n’avait pas de jambes, comme grand-papa Yves. «On a tellement ri! Pour moi, ça vaut plus qu’une médaille olympique.»

Le doyen en Corée

À 52 ans, Yves Bourque sera le doyen des compétiteurs aux épreuves de ski de fond paralympique en Corée du Sud.
«C’est une belle fierté», indique celui qui vivra ses deuxièmes Jeux. «Il y a une cinquantaine d’athlètes dans mon sport là-bas et le calibre est de plus en plus fort. Avec l’équipe canadienne, pour les skieurs assis, il y avait six places disponibles pour une douzaine de personnes. Ça me rend encore plus fier.»
Bourque sera à l’œuvre dans trois disciplines à PyeongChang. Le tout commencera avec le 15 km le 11 mars, avant le sprint trois jours plus tard avant de finir avec le 7,5 km, le 17 mars. «Je vise un top 20 à cette épreuve. C’est certain qu’au mois de mars, nous avons plus de bobos, mais tout est possible.»
La bonne nouvelle pour lui, c’est qu’il a pu s’entraîner près de chez lui dans des conditions qui s’apparenteront à celles prévalant en Asie. «Il n’y a pas beaucoup de neige naturelle, ça ressemble au redoux des derniers jours au Québec. Par contre, il vente énormément! Je devrai faire attention aux chutes.»
Une luge améliorée constitue un intéressant point de départ à de meilleurs résultats, mentionne l’athlète. «Ce sera plus facile de me pencher vers l’avant, donc de négocier les virages de façon plus efficace. Tout ce travail, ce sont huit années de peaufinage avec des collèges chez Interval.»