Les ministres des Transports du Canada et du Québec ont carrément refusé le nouveau tracé alternatif proposé par Nantes et Frontenac comme option à la voie de contournement ferroviaire.

Voie de contournement : le rejet du tracé proposé irrite

Les ministres des Transports du Canada et du Québec ont carrément refusé le nouveau tracé alternatif proposé par Nantes et Frontenac comme option à la voie de contournement ferroviaire. Cette décision surprend, compte tenu de leur ouverture exprimée face aux ajustements du tracé, pour favoriser la reconstruction sociale de la communauté, lors de la visite du premier ministre Justin Trudeau en mai.

Marc Garneau et André Fortin ont conjointement répondu par la négative à la résolution du conseil des maires de la MRC du Granit, datée du 20 juin dernier, où les 20 maires de la MRC appuyaient cette résolution proposant des accommodements visant à amoindrir les impacts du passage de la voie ferrée à Nantes et à Frontenac, pour améliorer également le consensus social sur le projet. Les ministres ont évoqué des motifs de sécurité et de coûts pour justifier leur fin de non-recevoir des demandes municipales.

Le maire de Frontenac, Gaby Gendron, n’en revenait tout simplement pas.

« Je suis très déçu, je ne m’en cache pas! Au prochain conseil des maires, nous allons en parler et on va décider si on donne suite ou non, si on va plus loin ou si on tient ça mort! On voulait avoir un tracé avec le moins d’impacts pour les trois communautés et ils font en sorte qu’on a travaillé pour rien en rejetant le tout! », se désole-t-il.

« Un échec total »

Le porte-parole de la Coalition de citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic, Robert Bellefleur, s’est dit « extrêmement déçu, parce que les premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard, quand ils sont venus à Lac-Mégantic, ont exprimé la nécessité d’en faire un projet de reconstruction sociale. Et là, les gouvernements imposent un tracé pour lequel Nantes et Frontenac sont tenus à l’écart du dossier. Plutôt que reconstruire la communauté, ils divisent les communautés. Les deux municipalités seront liguées contre Lac-Mégantic. Est-ce qu’on avance? Ou est-ce qu’on recule? C’est un échec total. »

M. Bellefleur a dit réagir également à titre de simple citoyen, car les autres membres de la Coalition craignent que si leur organisme s’implique trop, à ce moment-ci, leur action risque d’avoir un impact négatif sur le suivi du dossier de la voie de contournement.

« Nous ne voulons pas mêler les cartes au détriment de l’obtention du projet. Je soutiens les autres membres de la Coalition, qui croient que le refus du gouvernement de ce nouveau tracé va tout simplement apporter des délais, des déceptions et des déchirements. Je le déplore. Je crois personnellement que l’argument de sécurité invoqué par les deux ministres pour rejeter ce tracé, ne tient pas la route. Ils disent que le tracé demandé par Nantes va devoir traverser la voie de contournement routière, la route 161, où le trafic est à 90 km/h. Mais ils ont eux-mêmes demandé une dérogation pour que la voie ferrée traverse la route 161 juste avant et après le carrefour giratoire à l’entrée de Lac-Mégantic. C’est une contradiction. »

« On avait le consensus des 20 municipalités au sujet de la voie de contournement. Ce n’est pas rien! Maintenant Nantes et Frontenac vont tirer à boulets rouges sur le projet, c’est ce qui va nous arriver ici. C’est quoi l’avenir, en perspective? Comment sortir de ce climat de morosité qui dure depuis cinq ans? Je ne sais vraiment pas. »

Le maire de Nantes, Jacques Breton, n’a pas retourné l’appel de La Tribune.

L’augmentation des mouvements involontaires de trains, comme celui qui a causé la tragédie de Lac-Mégantic il y a cinq ans, préoccupe le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, au point où celui-ci a récemment demandé de rencontrer les dirigeants de deux compagnies ferroviaires pour en discuter.

Garneau veut rencontrer les patrons du CN et du CP

L’augmentation des mouvements involontaires de trains, comme celui qui a causé la tragédie de Lac-Mégantic il y a cinq ans, préoccupe le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, au point où celui-ci a récemment demandé de rencontrer les dirigeants de deux compagnies ferroviaires pour en discuter.

Le ministre a fait parvenir une lettre au Canadien National et au Canadien Pacifique le 12 juin, affirmant qu’il « prenait la chose très au sérieux ».

Dans cette lettre dont La Presse canadienne a obtenu copie, M. Garneau note que le Bureau de la sécurité des transports (BST) a recensé 58 mouvements non contrôlés en 2016, 51 en 2017 et 62 en 2018. Ces incidents qui sont surtout survenus dans des gares de triage n’ont pas eu de conséquences tragiques comme à Lac-Mégantic, mais ils constituent tout de même un risque.

« Compte tenu des conséquences potentielles et du risque posé par ces mouvements non contrôlés, le renversement de cette tendance est primordial pour nous assurer que nous atteignons nos buts partagés », a écrit le ministre en spécifiant que l’objectif est d’améliorer le transport ferroviaire de matières dangereuses au pays.

La présidente du BST, Kathleen Fox, rappelait en entrevue mercredi que le ministère des Transports et l’industrie ferroviaire devaient prendre des mesures supplémentaires pour réduire ce type de mouvements inattendus, comme doter les trains de freins d’urgence qui s’actionnent automatiquement.

Il y a environ un an et demi, un train de 74 wagons, dont un seul contenait des matières dangereuses, a roulé sans contrôle sur près de cinq kilomètres à une vitesse qui frôlait les 50 km/h. L’incident s’est produit dans une gare de triage en banlieue de Toronto. Il n’y a heureusement eu ni collision ni déraillement. Après enquête, le BST a identifié des lacunes dans la formation des deux employés qui étaient présents.

Sa présidente constatait mercredi que seulement deux des cinq recommandations émises après la tragédie de Lac-Mégantic ont été appliquées en entier, cinq ans plus tard.

Une porte-parole du ministre Garneau a rappelé qu’il avait déposé à la Chambre des communes en avril un rapport d’examen de la Loi sur la sécurité ferroviaire. Ce rapport contient 16 recommandations qui pourraient mener à des changements législatifs. Il est présentement à l’étude au ministère des Transports.

M. Garneau n’était pas disponible pour une entrevue. Son bureau a confirmé qu’il participera vendredi à la messe commémorative à Lac-Mégantic. -  La Presse canadienne