Sur la vidéo, diffusée en cour mercredi, on aperçoit Jérôme Côté agripper sa conjointe par le cou et les cheveux, l’amenant à l’extérieur d’un bar de Saint-Honoré.

Violence conjugale «extrême»

Jérôme Côté, de Saint-Honoré, écope d’une peine de prison de 12 mois pour avoir brutalement battu sa conjointe dans un endroit public et entravé le travail des policiers. Une altercation d’une violence « extrême » filmée par une caméra de surveillance, le 24 mars dernier.

Si la grande majorité des cas de violence conjugale reposent sur des témoignages de victimes vulnérables, le ministère public détenait une preuve accablante contre le machiniste dans la trentaine.

Sur la vidéo, diffusée en cour mercredi, on aperçoit Côté agripper sa conjointe par le cou et les cheveux, l’amenant à l’extérieur d’un bar de Saint-Honoré. Il traîne la femme au sol sur une dizaine de mètres, avant de lui assener des coups de poing à la tête. Il donne ensuite un coup de pied à la dame couchée au sol. Pendant ces quelque deux minutes de violence, la femme, d’une petite corpulence, ne tente rien pour se défendre. Les gestes de violence se poursuivent dans une voiture, à un endroit inaccessible à la caméra de surveillance.

« Ce dossier-ci m’apparaît, selon mon expérience, être un cas unique. Il y a une preuve vidéo de violence conjugale. Une image vaut mille mots, mais une vidéo en vaut plus. J’ai été frappé par la violence que vous avez posée », a mentionné le juge Michel Boudreault, avant de rendre sa sentence, mercredi, au Palais de justice de Chicoutimi.

« On parle d’une violence excessive et extrême. On ne fait pas ça à un animal. Ça dure près de deux minutes et vous ne vous êtes jamais arrêté », a-t-il ajouté.

Sauvée par les policiers
À la suite de l’agression survenue dans le stationnement, Côté a quitté le bar en voiture avec sa conjointe et mère de deux enfants issus d’une ancienne union. La dame, qui conduisait, était en état d’ébriété. Non loin des lieux, les policiers ont aperçu la conduite erratique et ont intercepté le couple.

Côté a inventé une histoire pour éviter que sa conjointe soit arrêtée. Il a dit l’avoir menacée avec un couteau pour qu’elle prenne le volant. C’est ce qui lui a d’ailleurs valu une accusation d’entrave au travail des policiers. En enquêtant sur l’événement, les policiers se sont rapidement rendu compte de la situation. Côté avait admis une chicane de couple dans les toilettes du bar, assurant toutefois ne pas l’avoir frappée à l’extérieur. Un témoignage rapidement contredit par la vidéo. La dame, précisons-le, n’a jamais été accusée de conduite avec les facultés affaiblies.

Représentante du ministère public, Me Marianne Girard a qualifié la sentence de «méritée»,

Sentence
Représenté par Me Jean-François Têtu, Côté a été arrêté à la suite de l’événement et libéré quelques jours plus tard sous plusieurs conditions. L’individu a toutefois brisé ses engagements, forçant son incarcération un mois plus tard.

Son avocat proposait une peine de 90 jours de prison à purger les fins de semaine. Une sentence qui permettait à Côté de conserver son emploi et de poursuivre une thérapie. « La justice, c’est aussi la réhabilitation. Elle est dans le maintien de l’emploi, dans la poursuite de sa thérapie. Il y a encore la sanction avec la prison la fin de semaine », a plaidé Me Têtu. La Couronne réclamait quant à elle une peine minimale de quatre mois de prison.

En raison de la violence du geste, des antécédents de même nature et d’un risque élevé de récidive, le juge Michel Boudreault a donné une sentence d’un an de prison pour les accusations de voie de fait avec lésions, entrave au travail des policiers et les nombreux bris.

« On est content que les tribunaux réagissent à la violence conjugale, car c’est vraiment un fléau dans notre société. On se doit de dénoncer ces situations. C’est une sentence méritée », a commenté la représentante du ministère public, Me Marianne Girard.

En plus de la preuve vidéo, la victime a accepté de témoigner sur la peine, à la demande du juge. La jeune femme a donné plus de détails sur sa relation de dominant dominé.

« Je vivais dans l’espoir qu’un jour on ait une relation normale », a exprimé la mère de famille.

Celle qui bénéficie d’un accompagnement psychologique a raconté sa récente prise de conscience.

« Petit peu par petit peu, j’ai compris que ce n’était pas normal ce que je vivais. Ça fait mal cette prise de conscience. Là, j’ai les yeux plus ouverts », a témoigné la victime.

Un témoin sur les lieux
L’agression a duré quelque deux minutes dans le stationnement du bar de Saint-Honoré. Une personne a été témoin de l’événement, selon la preuve. Sur la vidéo, on aperçoit une silhouette dans la sortie du bar. Cette personne ouvre la porte à un certain moment, mais elle n’intervient pas.

« L’altercation s’est déroulée dans un endroit public, à l’extérieur, à la vue d’un témoin, qui n’a pas eu le courage de venir aider la victime. Il n’a pas eu le cœur, le courage de collaborer avec la justice pour protéger une victime », a pointé le juge.

La représentante du ministère public a précisé à la cour que les enquêteurs ont tenté de recueillir le témoignage de cette tierce personne, mais elle aurait refusé de collaborer avec les autorités.