Pour les patrons d’Optania, offrir une aire de travail propice à la création était nécessaire.

Vigo, l'assistant scolaire robotisé d’Optania, accompagne 20 000 élèves au Québec

L’idée de mettre au monde Vigo est née il y a une dizaine d’années. Aujourd’hui, le petit robot, qui joue le rôle d’un assistant scolaire, accompagne 20 000 élèves du primaire et du secondaire de la province. D’ici quatre ans, Vigo devrait accompagner les 800 000 élèves qui fréquentent les écoles publiques québécoises. Et ce petit bonhomme virtuel, conçu pour soutenir l’enfant et l’adolescent, est le bébé d’Optania Solutions, une entreprise située au centre-ville de Chicoutimi.

C’est le président et directeur général d’Optania Solutions, Louis-Raphaël Tremblay, qui a eu l’idée de créer un petit robot qui accompagnerait le jeune tout au long de son parcours scolaire. Il était alors enseignant à l’école secondaire des Grandes-Marées de La Baie, tout en étant étudiant à la maîtrise en éducation à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). « Vigo, c’était mon projet de maîtrise. Mais nous étions en 2005, alors vous comprendrez que l’intelligence artificielle, ce n’était pas très connu et c’était aussi un peu craint ! », explique M. Tremblay, lorsque rencontré dans les bureaux d’Optania Solutions cette semaine.

C’est en travaillant sur son mémoire que Louis-Raphaël Tremblay a voulu pousser cette idée un peu plus loin. « C’est à partir de là qu’est née Optania. J’ai quitté mon métier d’enseignant et je me suis lancé en affaires », se souvient-il. C’était en 2009.

Vigo aura grandement évolué au fil des dix dernières années. « Il y a eu quatre versions avant de lancer officiellement notre robot actuel. Aujourd’hui, Vigo accompagne 20 000 élèves à travers le Québec et d’ici quatre ans, toutes les commissions scolaires de la province pourront l’utiliser, ce qui représente 800 000 élèves du primaire et du secondaire des écoles publiques », souligne M. Tremblay, qui était accompagné de son associée, Roxanne Bélanger, lors de l’entrevue avec Le Progrès.

Le concept de Vigo est fort simple, bien que sa création aura pris 10 ans de gestation. Aujourd’hui, les enfants qui fréquentent les écoles publiques québécoises ont tous accès à des portails Internet pour suivre leur parcours scolaire. Avec Vigo, ils peuvent ainsi communiquer, recevoir des conseils et des encouragements.

Le petit Vigo entre en contact facilement avec les jeunes.

Le robot a été programmé pour pouvoir répondre aux questionnements du jeune et suit le profil scolaire de l’étudiant. Il lui pose des questions, voit si l’enfant s’est amélioré ou s’il a de la difficulté dans certaines matières. Il peut ainsi donner des trucs pour l’étude.

Mais Vigo ne se contente pas d’aider le jeune dans son parcours scolaire, il s’intéresse aussi à des questions tout aussi importantes, comme l’intimidation, par exemple.

Louis-Raphaël Tremblay et Roxanne Bélanger ont fait une petite démonstration à la journaliste du Progrès.

Vigo demande au jeune s’il peut l’aider avec quelque chose. L’enfant peut alors répondre ce qu’il désire, sans craindre de se faire juger, puisqu’il parle à un robot. S’il dit qu’il vit de l’intimidation, Vigo discute avec lui, tout en lui proposant de jouer le rôle d’intermédiaire avec un éducateur.

« On demande aux jeunes de parler de leurs problèmes avec un adulte. Même nous, en tant qu’adulte, on n’est pas toujours capable de le faire. Imaginez un enfant. On ne peut pas toujours leur demander de verbaliser leurs émotions. Vigo peut le faire à leur place », a expliqué M. Tremblay.

C’est la première fois au Canada, selon lui, que l’intelligence artificielle s’intègre de cette manière auprès des enfants des écoles primaires. « Nous avons vraiment inventé une façon de faire. Vigo devient un intervenant de première ligne, en faisant le pont entre le jeune et l’intervenant », ajoute le président d’Optania Solutions.

L’entreprise développe actuellement un Vigo qui s’adressera aux étudiants des cégeps du Québec. « Le robot sera bien différent, puisqu’il s’adressera à de jeunes adultes. On sait que les étudiants des cégeps vivent beaucoup d’anxiété et le robot est programmé pour intervenir à ce sujet », a expliqué Roxanne Bélanger.

L’équipe d’Optania ne se concentre pas seulement sur les élèves et les étudiants, puisqu’un projet d’intervention en intelligence artificielle auprès des enseignants est également en préparation. « Ce sera vraiment pour alléger la tâche des professeurs, pour qu’ils puissent avoir un portrait clair de leur élève sans passer des heures à analyser chaque dossier. Ils pourront se concentrer sur l’enseignement et la relation entre eux et leurs jeunes », a expliqué Roxanne Bélanger, qui a été enseignante et orthopédagogue avant de joindre les rangs d’Optania.

« Pour monter ces projets, il nous faut évidement des partenaires, sans quoi nous ne pouvons pas les développer », ajoute -t-elle.

L’équipe d’Optania Solutions, qui regroupe 26 personnes, est composée de travailleurs sociaux, d’orthopédagogues, de psychologues, d’enseignants et, bien sûr, de programmeurs informatiques.

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L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE AU SERVICE DE L'HUMAIN

Pour les patrons d’Optania Solutions, il était hors de question de s’installer dans les grands centres, bien que l’accès aux services aurait été beaucoup plus facile.

« Quand on travaille en intelligence artificielle, disons qu’en région, c’est moins facile. Si nous étions à Montréal, par exemple, on aurait facilement accès à toute une grappe de services. Mais nous voulions absolument bâtir l’entreprise ici, dans notre région », a expliqué Louis-Raphaël Tremblay.

Pour Optania Solutions, l’intelligence artificielle (IA) doit être au service de l’humain et non le contraire. « L’IA ne doit pas se servir de l’humain. Ce que nous bâtissons, c’est de l’intelligence artificielle bienveillante », a souligné Roxanne Bélanger. 

Par exemple, est-ce qu’un esprit malveillant pourrait prendre le contrôle de Vigo ?

« Non, puisque tout est programmé pour empêcher cette situation. Aussitôt que Vigo dirait quelque chose de déplacé, par exemple, le programme le saurait. Tout a été pensé en ce sens », a souligné Louis-Raphaël Tremblay.

Pour faire avancer une entreprise en intelligence artificielle en région, Optania Solutions a eu le support d’Inno-Centre, qui offre des services-conseils à de jeunes entreprises technologiques à fort potentiel commercial ainsi qu’à des PME innovantes partout au Québec.

« On entend ou on lit souvent de beaux succès entrepreneuriaux. C’est vraiment super, mais souvent, ce n’est pas aussi super chaque jour ! Il y a de grands défis et gérer une entreprise n’est vraiment pas toujours facile. Ce n’est malheureusement pas parce que tu as une bonne idée que tu es un bon gestionnaire ! Inno-Centre nous aide beaucoup », a affirmé Louis-Raphaël Tremblay.

« Par exemple, comment on réussit à monter une équipe de travail quand on est seulement une personne au départ. Ou comment on réussit à passer au travers lorsqu’on n’a plus de financement. Ce sont toutes des questions auxquelles les entrepreneurs doivent répondre et ça, on n’en parle pas souvent », a ajouté M. Tremblay.