René Lesage, négociateur en chef du SPPUQTR.

Vers un rejet de l’offre à l'UQTR

Trois-Rivières — Les professeur(e)s de l’Université du Québec à Trois-Rivières se sont réunis en assemblée générale, lundi, afin de voter sur le dépôt final de la direction de l’établissement. Le vote s’est amorcé lundi après-midi et se poursuivra jusqu’à mercredi midi, afin de permettre à un maximum de membres du Syndicat de prendre part au scrutin. Les professeurs hors campus peuvent voter électroniquement.

Selon le professeur François Guillemette du département des sciences de l’éducation, l’ambiance était au rejet du dépôt des offres globales et finales de l’employeur. «Je suis très confiant», a pour sa part déclaré le négociateur en chef du Syndicat, René Lesage.

Rappelons que le conseil syndical du SPPUQTR avait d’abord rejeté à 94 % l’offre globale et finale déposée par la direction de l’Université, jeudi dernier. Le comité de négociation a recommandé aux membres, lundi, de rejeter le dépôt final.

Tout cela se passe à quatre jours de l’ultimatum du 15 juin où le gouvernement devrait imposer une loi spéciale pour régler ce conflit.

René Lesage n’hésite pas un instant pour dire qu’il ne croit pas du tout en cette loi spéciale. Il fait d’ailleurs remarquer qu’aucun politicien à Québec, que ce soit le premier ministre Philippe Couillard ou la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, n’a prononcé les mots «loi spéciale» sur la place publique jusqu’à présent depuis le lock-out. M. Lesage estime que cette menace a été lancée «au cas où ça marcherait.»

«On sait qu’il n’y en aura pas», croit-il sincèrement.

Si le vote des professeurs rejette comme il le prévoit l’offre globale et finale de la direction, «Mme David n’aura d’autre choix que de dire ce qu’elle va faire», fait-il valoir. Selon lui, l’État n’a pas à intervenir. Rappelons qu’il a fallu en effet trois ans de négociations à l’Université du Québec en Outaouais pour régler son propre conflit. Pourquoi interrompre les négociations de l’UQTR, se questionne-t-il.

M. Lesage indique qu’il y a une différence de six postes de professeurs entre la proposition de l’UQTR et la demande du Syndicat, ce qui est somme toute très peu. «Et pendant qu’on négocie, l’UQTR sauve beaucoup d’argent», rappelle-t-il. En fait, elle sauve plus d’argent à négocier que le salaire des professeurs que le Syndicat lui demande d’engager, estime le négociateur.

Pas moins de 225 professeurs étaient présents à la rencontre, lundi. Selon les questions posées et les réactions des personnes présentes, le professeur Guillemette croit que cinq raisons expliquent pourquoi les professeurs ne semblent pas du tout intéressés par la dernière offre patronale. La première, dit-il, c’est qu’elle représente un recul par rapport aux avancements qui avaient été faits autour de la table des négociations. La seconde, c’est qu’il s’agit, dit-il, de la même offre envoyée illégalement aux professeurs il y a quelques semaines. La troisième, c’est qu’elle ne tient pas compte des concessions faites par le Syndicat le 5 juin dernier. Quatrièmement, le caractère global de l’offre rebute les professeurs puisqu’il annule tous les griefs. Finalement, en faisant une offre finale, les professeurs croient que la direction s’est retirée des négociations alors que le Syndicat, lui, souhaite les poursuivre.

«Ce n’est pas un conflit avec une impasse. C’est un retrait», déplore le professeur Guillemette qui parlait au nom de plusieurs de ses confrères, lundi.

De son côté, l’UQTR attend d’avoir le résultat final du vote avant de se prononcer, a indiqué le responsable du service des communications, Yvon Laplante.

La journée de vendredi est donc non seulement la date de la fin de la session parlementaire, mais aussi celle où Québec devrait imposer une loi spéciale dans ce dossier.

Dans un document du SPPUQTR obtenu par Le Nouvelliste, le procureur du Syndicat prévient qu’une «loi spéciale qui forcerait l’arbitrage de différend, immédiatement après un délai de quelques mois, serait une intervention du gouvernement qui aurait pour effet d’appuyer l’UQTR dans son conflit contre le SPPUQTR.»

On sait que quelques syndicats de professeurs d’autres universités ont déjà non seulement appuyé leurs collègues de l’UQTR par voie de communiqués de presse, mais ils ont aussi demandé la démission du recteur, Daniel McMahon.

S’il s’engage à imposer une loi spéciale, le gouvernement risque donc de créer un «vent de protestation nationale qui le suivra jusqu’à l’élection en octobre prochain», prévient le procureur du SPPUQTR. «Ils auraient 2000 profs contre eux à quelques mois des élections», croit René Lesage.

Rappelons que le gouvernement Couillard ne peut pas imposer les conditions de règlement de cette crise. Une loi spéciale forcerait toutefois les parties à se rendre en arbitrage de différend. Selon le procureur de l’UQTR, ce geste forcerait ainsi un arbitrage de différend et ne donnerait pas nécessairement un meilleur résultat que ce que l’UQTR offre, indique-t-il.