La compagnie Camso basée à Magog deviendra la propriété du groupe français Michelin.

Vente de Camso à Michelin: Hamm s'attend à d'autres embauches

MAGOG - Tout comme le grand public, la mairesse de Magog, Vicki-May Hamm, n'avait pas eu vent que Michelin avait entrepris des discussions avec Camso en vue de l'acheter. Elle a donc été quelque peu surprise en apprenant la nouvelle.

« J'aurais pu devenir inquiète en ce qui concerne l'avenir de Camso à Magog, reconnaît d'emblée Mme Hamm. Mais les explications que m'ont fournies les deux entreprises m'amènent à croire qu'il s'agit d'une bonne nouvelle parce que le siège social de l'entreprise restera à Magog, tout comme le volet recherche et développement. »

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Selon la mairesse, il est probable que la compagnie magogoise prendra de l'expansion, au cours des années à venir, et qu'elle créera de nouveaux emplois dans sa ville.

Sa confiance en l'avenir de Camso à Magog est d'autant plus grande que Michelin est « habituée de travailler en région ». Le groupe français est en effet dirigé à partir de Clermont-Ferrand, une ville d'environ 140 000 habitants relativement éloignée des grands centres urbains de France.

Vicki-May Hamm estime que le site exploité par Camso, dans le parc industriel de Magog, est « déjà parfait », notamment en raison des investissements majeurs effectués par cette compagnie ces dernières années. Mais elle est prête à évaluer toute demande qui proviendrait de l'entreprise visant à améliorer ce site.

« J'espère développer une relation avec les nouveaux acquéreurs, déclare-t-elle. Ils peuvent compter sur ma collaboration s'ils ont des demandes à formuler. »

Vicki-May Hamm

D'ordinaire fort discrète, la multinationale Camso avait une nouvelle inattendue à annoncer jeudi. La compagnie basée à Magog deviendra la propriété du groupe français Michelin, une véritable icône dans le secteur automobile.

Le président de Michelin lui-même, Jean-Dominique Senard, s'est déplacé dans la région magogoise jeudi pour annoncer l'achat de Camso par la compagnie qu'il dirige. Il a participé à une conférence de presse à Orford en compagnie de Pierre Marcouiller, président exécutif de Camso, avant de se diriger vers les installations de l'entreprise, située dans le parc industriel de Magog.

« Je suis très heureux et ému d'être ici, a déclaré M. Senard à Orford. C'est un événement majeur pour nos entreprises et pour la région. La transaction est importante et elle ne peut qu'être favorable pour notre nouveau partenaire. »

Les discussions entre Michelin et Camso auraient commencé il y a seulement quelques mois et auraient évolué rapidement, selon le récit livré par le grand patron du groupe français. « C'est un signe qu'aucune crainte ou difficulté majeure n'existait », soutient ce dernier, ajoutant qu'il a de longue date de l'admiration pour la compagnie de Pierre Marcouiller.

Michelin a accepté de payer la somme de 1,45 milliard $ US pour faire l'acquisition de Camso, qui fabrique en outre des chenilles en caoutchouc pour les « engins agricoles » et motoneiges. Le projet de transaction devrait devenir réalité au terme d'une série d'étapes qui s'étaleront sur plusieurs semaines encore.

« C'est un peu la fête et c'est émouvant comme annonce. C'est le début d'une nouvelle aventure pour notre entreprise », a confié Pierre Marcouiller, en affirmant dans la foulée que la transaction pourrait permettre à Camso de surpasser tous ses concurrents à l'échelle du globe.

M. Marcouiller a ajouté que la « complémentarité entre les deux organisations est parfaite. Il n'y a pas de dédoublement d'une compagnie à l'autre, une chose qui n'est pas si fréquente dans ce genre de transaction. »

Connue sous le nom de Camoplast Solideal jusqu'en 2015, Camso compte plus de 7500 employés répartis dans 26 pays et exploite 22 usines spécialisées dans la fabrication. Après la transaction, la nouvelle entité créée comptera près de 12 000 travailleurs et 26 usines à travers le monde.

Les grands patrons de Michelin et Camso, Jean-Dominique Senard et Pierre Marcouiller, ont annoncé jeudi que le destin de leur entreprise respective est désormais uni.

Sans dévoiler leurs parts de marché, les deux entreprises estiment que leur partenariat va générer un chiffre d'affaires annuel supérieur à 2 milliards $ US dans un marché mondial évalué à 13 milliards $ US.

« J'ai rarement vu une transaction où les risques entourant l'exécution étaient aussi bas », a estimé le grand patron de Michelin.

Le géant des pneus dit avoir pris l'engagement de maintenir le centre décisionnel de la nouvelle entité à Magog, au siège social de Camso, en plus de maintenir les 300 emplois qui s'y trouvent. Les activités de recherche et développement, qui fournissent du travail à environ 125 personnes, demeureront aussi au Québec.

À Magog pour rester

Jean-Dominique Senard a justement tenté de se faire des plus rassurant en ce qui concerne l'avenir du siège social de Camso à Magog. Il a notamment confié que le groupe Michelin est dirigé à partir d'une ville française se trouvant « loin de Paris », tout en vantant la qualité de vie qu'on retrouve hors des grands centres.

Pierre Marcouiller a pour sa part soutenu que, habituellement, on ne déplace pas un siège social aussi facilement qu'une usine. Il a par surcroît fait valoir que son entreprise réussit à attirer « des gens de qualité à Magog », ce qui constitue une nouvelle encourageante en période de pénurie de main-d'œuvre.

À Charlevoix, en mêlée de presse, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a voulu minimiser les effets de la transaction, soulignant que Camso conserverait son pouvoir décisionnel. «C'est très intéressant, a-t-il déclaré. Ce n'est pas à nous de dire aux entreprises privées quoi faire. Une économie ouverte, cela comporte également (ce genre de transaction).»

Âgé de 62 ans, M. Marcouiller prévoit par ailleurs tirer sa révérence à brève échéance. Le Magogois d'adoption entend plus précisément quitter son poste au plus tard dans un an.