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Samuel Simard, un chargé de projet pour Agrinova, réalise des tests dans le cadre de l’expérimentation.
Samuel Simard, un chargé de projet pour Agrinova, réalise des tests dans le cadre de l’expérimentation.

Vaste expérience collaborative sur le biochar cet été

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
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BioChar Boréalis et Agrinova lanceront un vaste projet d’expérience populaire, cet été, en invitant la population à tester l’utilisation d’un terreau enrichi de biochar dans leur potager. Si l’expérience permet de valider l’intérêt du public tout en confirmant les résultats des tests réalisés en serres, un promoteur pourrait construire une première usine commerciale de biochar dans la région dès 2023.

« On reçoit énormément de demandes de gens qui souhaitent utiliser du biochar et qui se demandent comment ça fonctionne », mentionne d’emblée André Benoit, le vice-président au développement de BioChar Boréalis, le promoteur de la vitrine technologique en biochar et bioproduits, déployée à Mashteuiatsh.

En voyant l’intérêt populaire et le résultat des essais en serre (voir autre texte), BioChar Boréalis et Agrinova, le partenaire scientifique du projet, ont eu l’idée de lancer une expérience populaire avec les jardiniers amateurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean. L’idée : distribuer du biochar aux jardiniers pour qu’ils testent l’effet sur les plantes qu’ils cultivent à la maison.

Selon les études réalisées par Agrinova, le biochar augmente les rendements de 10 à 15 %, tout en diminuant les coûts de 10 à 20 %, souligne Régis Pilote, chef d’équipe chez Agrinova et responsable du projet de recherche sur le biochar.

Le biochar a une surface poreuse qui agit comme une éponge pour retenir l’eau et qui crée des habitats pour les microorganismes. Il est produit à partir de résidus de bois chauffés à des températures de 400 à 800 degrès Celsius en absence d’oxygène.

« On va préparer des fiches pour dire aux gens comment utiliser le biochar à la maison, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur, tout en leur offrant du support pour documenter l’expérimentation », ajoute l’expert scientifique du projet. Après l’expérience terrain, un sondage sera aussi réalisé pour connaître l’appréciation du produit et pour dénicher des pistes d’amélioration au besoin.

Le protocole de l’expérience populaire sera complété au cours des prochaines semaines et les personnes intéressées pourront s’inscrire au programme en mars, afin d’être prêtes pour faire les jardins en mai. D’ici là, les promoteurs devront notamment décider s’ils offrent du biochar en vrac ou s’il sera mélangé à du terreau.

« Le biochar sera fort probablement remis aux participants gratuitement en échange de leur engagement à contribuer à documenter les résultats », souligne André Benoit. Les jardiniers devront par exemple prendre des mesures de croissance et implanter des zones témoins, sans biochar, afin de faire des comparaisons. Des fiches informatives et des capsules vidéo seront préparées pour aider les horticulteurs à bien gérer et comprendre l’utilisation du biochar. André Benoit estime que plusieurs centaines de jardiniers pourraient y participer, créant un partenariat gagnant-gagnant.

Vers une première usine commerciale de biochar?

Au final, l’expérience servira à faire un test de produit pour valider la performance du biochar et l’intérêt des consommateurs. Un promoteur a d’ailleurs démontré un grand intérêt pour construire une usine commerciale de production de biochar si l’expérience s’avère concluante. « Une entreprise qui a déjà un bon réseau de distribution souhaite devenir un fournisseur de biochar », soutient André Benoit.

Le biochar produit dans la région, fait à partir de peuplier faux-tremble et de bouleau blanc, deux espèces régionales, permettrait d’éliminer la vermiculite, la perlite et une partie de la mousse de tourbe, trois produits qui ne sont pas renouvelables, fait remarquer André Benoit. À terme, le terreau enrichi avec du biochar produit dans la région se retrouverait chez les quincaillers et autres magasins de grande surface comme terre à jardin. Si tout fonctionne comme prévu, une usine commerciale pourrait voir le jour dès 2023, ajoute ce dernier.

Test de sol.

Le projet d’expérimentation populaire sera le premier d’une série visant à faire connaître le biochar et à diffuser de l’information sur le sujet. Plusieurs webinaires seront notamment organisés en 2021 à l’intention de différentes clientèles, dont les chercheurs, des producteurs agricoles et le grand public.

D’ici peu, BioChar Boréalis présentera aussi son nouveau site Web, où il sera possible de faire une visite virtuelle de la vitrine technologique de Mashteuiatsh. Le site permettra de mieux communiquer avec les gens et d’offrir de meilleurs outils de communication.

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DES TESTS EN SERRE PROMETTEURS

Il existe un engouement énorme pour le biochar partout sur la planète, à l’heure actuelle, car le produit renouvelable et d’origine naturelle laisse entrevoir des rendements accrus en agriculture, des potentiels pour le rétablissement des sols pauvres, ainsi que plusieurs utilisations dans le domaine de la filtration. Les tests en serre réalisés par Agrinova laissent entrevoir des rendements accrus de 10 à 15 % et une réduction des coûts de 10 à 20 %.

Même si plusieurs études ont démontré les bienfaits du biochar, il reste encore beaucoup de recherches à faire pour préciser quel type d’essence de bois doit être utilisée selon les résultats recherchés. Pour une utilisation commerciale, il faut aussi trouver quelle est la taille optimale des résidus de bois, lesquels peuvent être sous la forme de sciure, de copeaux de différentes tailles, de granules ou autre, et le volume à appliquer pour obtenir les résultats souhaités.

Après avoir fait plusieurs tests de caractérisation, Agrinova estime avoir une recette assez solide. « On a pu constater une hausse des rendements de 10 à 15 % », souligne Régis Pilote, le responsable scientifique du projet chez Agrinova. En plus de hausser les rendements, l’utilisation du biochar permet de faire des économies de fertilisants. 

« Avec sa surface poreuse, le biochar agit comme une éponge qui retient les nutriments, qui agit comme un engrais à libération lente », dit-il, avant d’ajouter qu’un kilogramme de biochar peut emprisonner 5 à 6 kilogrammes en eau. Selon les calculs d’Agrinova, le biochar permettrait une réduction des coûts de 10 à 20 %. 

Avec sa surface poreuse, le biochar contient beaucoup de microhabitats qui permettent d’héberger des microbes, des bactéries, des champignons et la microflore, ajoute Régis Pilote. « Ça permet de stimuler la vie et c’est bon pour la plante », dit-il, avant d’ajouter que le biochar apporte aussi des nutriments comme l’azote, le phosphore et le potassium. 

Dans le cadre des tests horticoles d’Agrinova, les biochars ont été produits avec du peuplier faux-tremble et du bouleau blanc, deux espèces de la région. « On veut valoriser la biomasse forestière de la région pour trouver des débouchés », ajoute l’expert. 

Les essences de bois, les traitements et la taille des résidus peuvent produire des propriétés différentes. « On peut produire du biochar à la carte, selon les propriétés recherchées », souligne Régis Pilote. 

Un projet de recherche a aussi été développé pour enrichir le terreau utilisé pour produire des plants forestiers avec du biochar d’épinette noire. « Ça permet de fixer du carbone dans le sol pour plusieurs années », ajoute ce dernier.  

L’utilisation de biochar sur de grandes surfaces apparaît coûteuse, à l’heure actuelle, mais son utilisation pourrait être efficace pour réhabiliter des sols détériorés par l’érosion et le compactage, dit-il.

Des tests sont aussi en cours pour utiliser le biochar comme capteur d’odeur. De plus, des débouchés pourraient aussi être développés dans le domaine de la filtration de l’eau et de l’air.

Et avez-vous remarqué tous les dentifrices qui contiennent désormais du charbon sur les tablettes des pharmacies ? C’est le signe que le secteur des cosmétiques souhaite aussi valoriser les bienfaits du biochar.

La grande aventure du biochar ne fait que commencer dans la région.

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BIOCHAR 101

Le biochar est un charbon d’origine végétale, qui est produit par la pyrolyse du bois. Autrement dit, on produit du charbon en chauffant le bois à très haute température, entre 400 et 800 °C, en l’absence d’oxygène. Résultat : le bois perd son eau et devient poreux, créant de multiples structures qui permettent d’emmagasiner l’eau, ou qui servent d’habitats pour les microorganismes. On doit utiliser de 3 à 4 tonnes de bois pour produire une tonne de biochar. Une tonne de biochar contient environ 2,7 tonnes d’équivalent CO2.

Projet de recherche sur le biochar.
Les jardiniers amateurs de la région auront l’occasion de tester et de participer à une expérience populaire sur le biochar, cet été.
Samuel Simard, un chargé de projet pour Agrinova, fait des tests dans le cadre de l’expérimentation sur le biochar.
Structure du sol avec l’utilisation du terreau enrichi de biochar.
Structure du sol avec l’utilisation du terreau enrichi de biochar.
Structure du sol avec l’utilisation du terreau enrichi de biochar.
Agrinova termine des tests en serre sur l’utilisation du biochar.
Agrinova termine des tests en serre sur l’utilisation du biochar.