Les skieurs étaient de retour à Vallée du parc, samedi, après une soirée mouvementée la veille.

Vallée du parc: le plan d’intervention sera révisé

Shawinigan — Au lendemain de l’évacuation forcée de près de 150 personnes restées coincées en télésiège pendant plusieurs heures, la situation était revenue à la normale à Vallée du parc. Les événements de la veille ont toutefois mis en lumière plusieurs failles dans le plan d’intervention de la station de ski.

Véronique St-Pierre, qui est venue skier vendredi soir avec son conjoint et leurs deux enfants, avoue avoir été assez inquiète lorsqu’elle a réalisé que son fils était coincé dans une chaise de télésiège.

«Quand on a vu que la file au télésiège s’allongeait, on s’est dit: c’est bon, on arrête, raconte-t-elle. Mais une fois qu’on a changé nos bottes, on a réalisé que notre garçon était coincé dans le télésiège.»

L’inquiétude de Mme St-Pierre était d’autant plus grande que son fils est autiste et elle craignait sa réaction face à cette situation extraordinaire.

«Il a très bien géré la situation, je suis très fière de lui, se réjouit-elle. Mais moi, j’étais très inquiète: il aurait pu faire une désorganisation (crise).»

Mme St-Pierre déplore cependant que les enfants n’aient pas été raccompagnés en bas des pistes de ski et que personne ne se soit assuré qu’ils retrouvent leurs parents.

Secours tardifs

Sur les réseaux sociaux, plusieurs personnes ont critiqué la lenteur de l’évacuation, certains affirmant que les services de secours ont été appelés tardivement sur les lieux. «Ils nous ont dit qu’ils essayaient de faire marcher le moteur à essence pour nous faire monter, explique Joanie Laflamme, qui est restée coincée avec son amie et le conjoint de celle-ci tout en bas de la montée mécanique. Après deux heures, ils ont commencé à envoyer les services d’urgence. Qu’ils ne les aient pas appelés avant, on trouve ça inquiétant.»

«On est restés une bonne heure et demie sans avoir de nouvelles, sans informations, raconte une autre skieuse qui a préféré garder l’anonymat. On a eu une espèce de corde avec une poulie accrochée sur le câble du télésiège pour nous faire descendre. Une fois que ça a été mis en branle, les gens ont été à la hauteur, mais ça a été trop long avant d’appeler les secours.»

La panne est survenue peu après 19 h et certains skieurs affirment que les pompiers sont arrivés au moins deux heures plus tard. Si les secours n’ont pas été appelés immédiatement, c’est que l’équipe de mécaniciens de Vallée du parc avait bon espoir de trouver le bris et de le réparer rapidement, explique le directeur général de la station, Alain Beauparlant.

«On pensait qu’on était sur le point de trouver le bris, affirme-t-il. On s’est fié sur le fait que la température était clémente.»

L’équipe de Vallée du parc en a d’ailleurs eu plein les bras, puisqu’une série d’imprévus et de malchances ont retardé encore davantage l’évacuation des skieurs.

«C’est une première en 10 ans, soutient M. Beauparlant. En même temps que l’ancien télésiège, l’autre est également tombé en panne pendant trois ou quatre minutes. La nacelle est aussi tombée en panne pendant quelques minutes. Tout ça a fait que le plan d’intervention a été plus long à déployer.»

Les télésièges sont toutefois redevenus fonctionnels vers 23 h, vendredi, lorsque le bris a été repéré et corrigé. Il s’agit d’un automate dans lequel de l’eau s’est infiltrée puis a gelé, en raison des variations de température des derniers jours.

«Malheureusement, l’automate était dans la dernière des 13 tours de la remontée et puisqu’on partait d’en bas avec notre équipe pour remonter vers le haut, c’est pour ça que le délai a été plus long», précise M. Beauparlant.

Des dizaines de personnes ont dû être évacuées manuellement du télésiège de Vallée du parc, vendredi soir.

«On nous a dit de sauter»

Une skieuse a par ailleurs affirmé au Nouvelliste que des patrouilleurs de Vallée du parc lui ont suggéré, à son amie et elle, de sauter en bas de leur chaise de télésiège.

«Après une heure, les gens dans la chaise d’en avant ont levé la barre pour sauter en bas, mais les patrouilleurs leur ont immédiatement dit:”non, on ne veut pas que vous sautiez”, raconte Véronique Marchand. Une autre heure plus tard, les gens se sont tannés et ils ont sauté en bas. Mon chum a vu ça, il a levé la barre et il a sauté aussi. Quand les patrouilleurs l’ont vu faire, ils nous ont dit: ‘’les filles, vous allez sauter aussi’’.»

Questionné sur ce sujet, Alain Beauparlant s’est dit sceptique que des patrouilleurs aient demandé à des gens de sauter en bas des chaises de télésiège.

«Je suis sûr que les patrouilleurs n’ont jamais dit aux gens de sauter en bas, insiste-t-il. Que des gens l’aient fait de leur propre chef, c’est possible, mais c’est dangereux, ça peut faire des vagues dans le câble et le faire dérailler. Ce n’est pas dans le protocole d’évacuation.»

M. Beauparlant affirme par ailleurs, contrairement à ce que plusieurs personnes ont décrié, que la communication avec les skieurs était adéquate.

Un plan à réviser

Le directeur général de Vallée du parc concède cependant que le plan d’intervention de la station doit être révisé, ce à quoi son équipe s’attelle depuis vendredi soir.

«Depuis hier (vendredi) soir, on est en réunion pour voir comment on peut être plus performants, souligne-t-il. Il y a des choses qu’on fait très bien et d’autres qu’on peut améliorer. D’ici mardi, on va faire un bilan complet et changer notre plan d’intervention.»

M. Beauparlant assure par ailleurs que les skieurs ont été pris en charge à leur arrivée en bas des pentes, notamment par des secouristes. «On a envoyé les gens au service à la clientèle pour que ceux qui avaient acheté des billets de soir soient dédommagés, explique-t-il. Des patrouilleurs étaient là pour offrir des soins au besoin et on a offert des chocolats chauds aux gens.»

Le directeur rappelle toutefois que malgré toute la bonne volonté du monde, des situations comme celle de vendredi restent exceptionnelles et ne peuvent pas être prévues. «On trouve regrettable que les gens aient subi des inconvénients, mais c’est incontrôlable, au même titre qu’un bris d’auto», soutient-il.

Pour sa part, Véronique St-Pierre assure ne pas en vouloir au personnel de la station de ski. Elle souhaite néanmoins que si une autre situation de ce genre devait se reproduire à l’avenir, les employés réagissent plus rapidement.

«Ce n’est pas que je leur en veux, mais je leur reproche de ne pas avoir été prêts à gérer cette situation, souligne-t-elle. J’espère qu’ils vont corriger ça, mais je ne leur en tiens pas rigueur.»

La skieuse était d’ailleurs de retour sur les pistes de Vallée du parc avec sa famille, samedi, histoire de faire la paix avec l’épisode de vendredi, qui a malgré tout bien fini.

«Je ne veux pas que mes enfants restent avec une crainte, explique-t-elle. C’est un beau sport et je veux qu’on continue à le pratiquer en famille.»