Le Café Frida, au centre-ville de Trois-Rivières, a été pris pour cible jeudi soir par des militants d’extrême droite, qui font notamment la promotion de la manifestation de la Vague bleue devant se tenir à Trois-Rivières le 27 juillet prochain.

Vague bleue: le Café Frida ciblé par des militants d’extrême droite

TROIS-RIVIÈRES — Trois militants d’extrême droite s’autoproclamant «gardiens du Québec» et qui font de la mobilisation active sur les réseaux sociaux pour la Vague bleue, qui doit se tenir à Trois-Rivières le 27 juillet prochain pour célébrer l’adoption de la loi 21, ont fait irruption devant le Café Frida au centre-ville de Trois-Rivières jeudi soir, tout en diffusant des publications Facebook en direct. Ils y invitaient à mots à peine couverts les militants antifascistes à venir à leur rencontre pour une confrontation.

Au Café Frida on dit prendre la chose très au sérieux. Une plainte a d’ailleurs été déposée vendredi matin à la police de Trois-Rivières pour vandalisme. Les individus auraient en effet collé des affiches faisant la promotion de la Vague bleue sur les murs extérieurs de l’institution, causant pour quelques centaines de dollars de dommage à la peinture, selon la propriétaire du café, Gabrielle Cossette.

Au-delà des dégâts matériels, Mme Cossette dit avoir à cœur la quiétude de ses employés et de sa clientèle. «Tout ce que ça fait leur intimidation, c’est faire peur à une fille qui a une job à temps partiel dans un café l’été. C’est absolument ridicule!», déplore-t-elle.

Par ailleurs, la propriétaire s’explique mal avoir été prise pour cible. Elle indique que le Café Frida n’a jamais tenu d’événements politiques, pas plus qu’il n’a pris position sur des enjeux à caractère politique. Selon elle, la vocation végétalienne du café donne lieu à un amalgame entre choix alimentaires et orientations politiques qui relève du cliché. Elle souligne que son commerce est une entreprise privée et qu’en ce sens il est un digne représentant du système capitaliste, loin du symbole de la gauche dont on semble vouloir l’affubler. «Ils n’ont pas fait leurs devoirs», ironise-t-elle.

À la Direction de la police de Trois-Rivières, on assure suivre attentivement la situation, mais que pour l’instant l’incident n’est pas considéré comme ayant un lien avec la manifestation de la Vague bleue.

Or, en milieu d’après-midi vendredi, des nouvelles publications continuaient d’être affichées sur la page de l’un des trois individus annonçant que «Le 27 juillet les consommations seront gratuite (sic) au CAFÉ FRIDA». Plus loin sur la page on peut aussi lire que «Le café FRIDA est un lieux (sic) prisé par les antifas».

Si la Direction de la police ne pouvait commenter les développements de vendredi, en fin d’après-midi, on assure que les policiers vont exercer une surveillance accrue dans le secteur. On ne pouvait pas donner de détails sur l’identité des individus ni sur leur provenance.

Le conseil municipal interpellé

Le 18 juin dernier, un groupe de citoyens avait demandé au conseil municipal de Trois-Rivières de clairement prendre position contre la venue de la manifestation de la Vague bleue sur le territoire de la Ville. On se rappellera que celle-ci devait d’abord se tenir le 29 juin durant le FestiVoix, mais qu’elle avait finalement été remise au 27 juillet prochain. Le groupe de citoyens qui avait fait des représentations auprès du conseil disait y voir une manifestation de l’intolérance, de l’exclusion et du racisme, ciblant particulièrement la minorité musulmane.

La conseillère municipale, Mariannick Mercure.

La conseillère municipale du district des Forges, Mariannick Mercure, avait alors fait valoir que la Ville n’avait pas le pouvoir d’empêcher une manifestation, la liberté d’expression étant une valeur fondamentale dans une société démocratique. Par contre, le conseil municipal avait indiqué son intention de prendre part à la marche en faveur de l’inclusion, organisée quelques jours plus tard par le Service d’accueil des nouveaux arrivants de Trois-Rivières.

Or, les événements de jeudi soir viennent jeter un nouvel éclairage sur la Vague bleue à venir, selon Mariannick Mercure. «On a maintenant la preuve que ce n’est pas seulement des gens qui voulaient manifester pacifiquement pour la laïcité, ça va beaucoup plus loin que ça», soutient la conseillère. Elle affirme que la Ville va suivre la situation de près avec le Direction de la police.

«Quand je vois des photos d’armes à feu et que l’on dit “on va aller leur jouer de la trompette”, une ligne est définitivement franchie», s’indigne Mme Mercure. Si elle ne veut pas s’avancer sur la possibilité légale d’interdire la manifestation, à la vue des derniers développements, elle convient que c’est une avenue qui pourrait être explorée.

Des citoyens se disent inquiets

Depuis que le projet de Vague bleue a été lancé, une dizaine de citoyens inquiets par ce qu’ils perçoivent comme une menace se sont mobilisés et ont formé le groupe TRès inclusif. Valérie Deschamps, membre du collectif, perçoit les actes des trois individus comme une incitation à la confrontation. «Ils disent venir chercher les militants “antifas”, mais on n’est pas un regroupement antifasciste, on est un regroupement de citoyens inquiets face à la montée de l’intolérance, de la xénophobie et du racisme», soutient-elle.

Valérie Deschamps, membre du collectif TRès inclusif.

Pour la militante, bien que le groupe d’extrême droite ne semble pas très organisé, il constitue néanmoins une menace. Leur action de jeudi et les propos tenus sur les réseaux sociaux constituent pour elle de probants exemples. «Ils demandent pratiquement de venir armés. C’est imprévisible, dangereux et complètement insensé», martèle-t-elle.

Le groupe TRès inclusif dit souhaiter que la mobilisation citoyenne et politique soit importante pour signifier à ces groupes qu’ils ne sont pas les bienvenus à Trois-Rivières. «La haine c’est la ligne de la liberté d’expression, selon moi, et ça fait longtemps que ç’a été dépassé», conclut Mme Deschamps.