Le pédiatre Claude Cyr admet que ce n’est pas nécessairement facile d’un point de vue personnel de voir des enfants aux prises avec des maladies ou des infections qui auraient pu être évitées avec la vaccination. Il estime toutefois que la décision finale revient aux parents.

Vaccinations: des décès évitables

Encore en 2019 des enfants vont décéder ou devront vivre avec des handicaps pour le reste de leur vie parce qu’ils ne sont pas vaccinés. En tant que pédiatre aux soins intensifs au CHUS, le Dr Claude Cyr est aux premières loges pour voir les impacts des maladies qui auraient pu être prévenues par les vaccins.

« Je suis assez vieux pour avoir vu certaines maladies disparaître... puis revenir, souligne Dr Cyr qui enseigne également à la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke. J’ai vécu les deux dernières épidémies de méningite à la fin des années 1990 et au début des années 2000 où on a commencé à vacciner. J’ai perdu beaucoup de patients. On n’en avait plus jusqu’à tout récemment alors qu’on a eu deux cas cet automne. »

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Dr Claude Cyr explique voir sporadiquement des cas de Haemophilus influenzae, une des causes importantes de surdité chez les enfants. Ce sont majoritairement des enfants non vaccinés qui en sont atteints. La coqueluche est également bien présente en Estrie.

« Souvent les gens pensent qu’elle n’existe plus, mais on en a encore régulièrement aux soins intensifs parce que c’est souvent des bébés qui n’ont pas eu le temps d’être vaccinés qui sont les plus malades, souligne Dr Cyr. Le taux de mortalité est significatif, mais surtout il peut y avoir des conséquences pour le cerveau et le cœur des enfants. C’est une maladie qui avait beaucoup diminué, mais qu’on voit encore chez les enfants qui ne sont pas vaccinés. On a eu plus de cinq hospitalisations lors de chacune des deux dernières années donc il y a une activité qui, sans être extraordinaire, est quand même significative. Parce qu’avec cinq enfants aux soins intensifs, ça veut dire qu’il y en a beaucoup plus qui sont atteints, mais qui n’ont pas été hospitalisés. »

La rougeole n’est pas complètement disparue non plus, selon Dr Cyr, même si la dernière éclosion remonte à quelques années.

« Il ne faut pas baisser la garde parce que ces maladies sont de nature cyclique, informe-t-il. Nous avons une population qui voyage beaucoup. À titre d’exemple, la dernière éclosion de rougeole provenait de Walt Disney en Californie et il y avait eu plusieurs cas à Drummondville où une portion de la population était sous-vaccinée. On voit qu’il y a certaines poches de résistance. On voit certaines écoles, certains quartiers et certaines villes même où on va avoir un taux de vaccination plus bas. »

Dr Claude Cyr rappelle également qu’encore en 2019 des enfants vont décéder de l’influenza en raison de complications.

Tristesse

Claude Cyr admet que ce n’est pas nécessairement facile d’un point de vue personnel de voir des enfants aux prises avec des maladies ou des infections qui auraient pu être évitées avec la vaccination. Il estime toutefois que la décision finale revient aux parents.

« Les choix de santé sont vraiment une décision personnelle, soutient-il. Pour que cette décision soit moralement adéquate, il faut qu’elle soit libre et éclairée. Une famille qui prend une décision libre et éclairée en ayant une information juste et scientifiquement adéquate et qui décide de ne pas faire vacciner ses enfants, ça m’attriste, mais je le respecte. Ce qui me fâche, c’est quand les parents prennent une décision influencée par des groupes qui vont faire pression avec des données qui sont erronées. Ça, ça me fâche. »

La tentation est alors forte dans certaines situations de dire sa façon de penser aux parents, admet Dr Cyr. Mais ce n’est pas la meilleure façon de faire selon lui.

« Quand votre enfant est malade et que vous comprenez que c’est peut-être parce qu’il n’a pas été vacciné, ce n’est pas le temps de culpabiliser les parents. C’est le temps de soutenir et de tout faire pour minimiser les conséquences chez l’enfant. »

De l’expérience de Dr Cyr, le message passe presque à tout coup chez les parents après avoir traversé l’épreuve d’une maladie grave chez un enfant.

« Je ne me souviens pas d’avoir vu une famille toujours refuser les vaccins après avoir fait face à ce genre de maladie critique, résume-t-il. Le but en tant que pédiatre et parents est de donner toutes les chances à l’enfant de se rendre vivant à 18 ans. Les vaccins sont de loin la stratégie de santé publique la plus efficace pour assurer la survie des enfants. C’est ce qui a sauvé le plus d’enfants dans l’histoire de l’humanité, beaucoup plus que les antibiotiques et les soins intensifs. Et de passer à côté de cette protection là, pour moi c’est fâchant. J’ai vu des enfants restés avec des séquelles, de la surdité, des handicaps parce qu’ils avaient une infection qu’on aurait pu prévenir. »

Aucun lien entre vaccin et autisme

Une des raisons parfois avancées par les parents pour ne pas faire vacciner leur enfant est le risque que celui-ci développe une forme d’autisme. Or une étude menée au Danemark entre 1999 et 2010 démontre que le vaccin ROR (contre la rougeole, les oreillons et la rubéole) n’augmente pas le risque d’autisme.

Les chercheurs ont ajouté dans les pages du journal médical Annals of Internal Medicine que le vaccin ROR, qui est administré aux enfants d’un an, ne cause pas non plus l’autisme chez les enfants qui y seraient vulnérables et n’est pas associé à l’apparition de grappes de cas d’autisme après la vaccination. 

Les scientifiques ont même découvert que les enfants qui avaient été vaccinés étaient 7 % moins susceptibles que les autres de souffrir d’autisme. De plus, le risque d’autisme augmentait de 17 % chez les enfants qui n’avaient pas été vaccinés.

L’inquiétude est née en 1998, quand le journal médical The Lancet a publié une étude qui traçait un lien entre le vaccin et l’autisme. The Lancet s’est formellement rétracté en 2010, en reconnaissant que l’étude n’aurait jamais dû être publiée, et l’année suivante, le British Medical Journal a dénoncé un « trucage élaboré ».

De multiples études, dont une publiée en 2004 par des chercheurs de l’Université McGill, ont assuré au fil des ans qu’il n’y a aucun lien entre le vaccin ROR et l’autisme.

L’Organisation mondiale de la Santé estime que cette réticence face à la vaccination constitue l’une des dix plus grandes menaces à la santé publique. On note actuellement une recrudescence du nombre de cas de rougeole en Europe et aux États-Unis. L'Agence de la santé publique du Canada recommande le vaccin ROR pour les enfants âgés de 12 à 15 mois. Avec La Presse canadienne

Calendrier de vaccination au Québec

2 MOIS

- Diphtérie/coqueluche/tétanos/hépatite-B/Polio/Haemophilus influenzae

- Pneumocoque

- Rotavirus

4 MOIS

- Diphtérie/coqueluche/tétanos/hépatite-B/Polio/Haemophilus influenzae (rappel)

- Pneumocoque (rappel)

- Rotavirus (rappel)

6 MOIS

- Diphtérie/coqueluche/tétanos/Polio/Haemophilus influenzae (rappel)

12 MOIS

- Pneumocoque (rappel)

- Méningocoque C

- Rougeole/rubéole/oreillons

18 MOIS

- Diphtérie/coqueluche/tétanos/hépatite-B/Polio/Haemophilus influenzae (rappel)

- Rougeole/rubéole/oreillons

- Varicelle

Source: Programme québécois d’immunisation