Le lock-out des professeurs de l’UQTR crée une grande inquiétude chez les étudiants, autant ceux qui doivent faire des stages que ceux qui doivent recevoir leur diplôme.

UQTR: problèmes en vue pour les stages

TROIS-RIVIÈRES — L’inquiétude continue de monter, tant chez les professeurs en lock-out de l’Université du Québec à Trois-Rivières que chez leurs étudiants, car certains stages pourraient connaître des problèmes, comme des risques de sanctions par les comités d’agrément ou des pertes de réputation.

Il existe par exemple, depuis septembre dernier, un tout nouveau diplôme d’études supérieures spécialisées en thérapie du sport. Les étudiants doivent effectuer 600 heures de clinique durant l’été. Deux des étudiants du programme ont notamment réussi à décrocher un stage avec l’Académie de l’Impact de Montréal et avec les Alouettes. Dans une lettre adressée au décanat des études, le représentant étudiant du DESS en thérapie du sport, Mathieu Lanoue, signale que «l’arrêt de nos activités ternirait la réputation précaire de notre nouveau programme et pourrait nous fermer des portes à de telles opportunités (sic) dans l’avenir», écrit-il.

Mardi, en fin de journée, l’UQTR a émis un communiqué afin de répliquer à certaines déclarations du député Alexandre Cloutier, porte-parole de l’opposition en matière d’enseignement supérieur. L’UQTR estime qu’il est «faux de déclarer que le lock-out affecte le déroulement des stages en sciences infirmières dans notre région». Une entente est en effet intervenue avec le CIUSSS-MCQ permettant de maintenir les stages.

La professeure Sophie Longpré, qui est directrice du comité de programmes de cycles supérieurs IPSPL et IPSSM a tenu à préciser toutefois, mercredi, que ces stages se font sans la présence des professeurs.

Bien que les infirmières stagiaires seront supervisées par des professionnels cliniques, il y a des risques importants de problèmes éventuels avec le comité d’agrément qui sera présent à l’UQTR en janvier prochain, estime-t-elle. «Il regarde les stages de façon très importante», explique la professeure Longpré. Le stage implique notamment la tenue d’un journal de bord et d’un portfolio et plusieurs étudiants ne savent pas comment les faire, ajoute-t-elle. «On risque des sanctions avec le comité d’agrément», craint la professeure Longpré en ajoutant que si un problème majeur survient en milieu de stage et qu’il n’y a pas de professeur pour la supervision et la coordination, «cela accroît les risques d’échec», et ce, même si le doyen des études, qui n’est pas un infirmier, se porte garant des étudiants durant le conflit.

L’UQTR affirme aussi que les cérémonies de la collation des grades, les 8 et 9 juin, ne sont pas annulées. Jason Luckerhoff, qui est le porte-parole de ses collègues professeurs pour la durée du lock-out, croit toutefois que c’est de moins en moins possible de maintenir ces dates. C’est que les professeurs n’ont pas le droit, à cause du lock-out, de corriger les examens et les travaux de fin de session ni de travailler sur les ébauches de mémoire de maîtrise ou de doctorat de leurs étudiants. Même si le lock-out se terminait aujourd’hui, «il serait surprenant que les professeurs arrivent à temps pour la collation des grades», estime-t-il, une affirmation qui s’avère à mesure que s’écoulent les journées avant le 18 mai, date limite pour la remise des notes.

Comme le précise l’UQTR en réaction aux déclarations du député Cloutier, «il est faux de déclarer que certains étudiants n’ont pas pu être diplômés à cause du lock-out». Le professeur Luckerhoff indique toutefois que «plus le temps passe, plus c’est difficile de penser que c’est possible.»

La professeure Longpré raconte qu’en termes de corrections empilées sur son bureau, elle en a pour au moins 30 heures à elle seule.

Le Syndicat continue donc à fourbir ses armes. Les professeurs en lock-out ont fait savoir, sur Facebook, qu’ils seront présents à l’occasion du déjeuner-conférence qui sera donné mercredi prochain, 16 mai, par le recteur, Daniel McMahon, devant la Chambre de commerce et d’industrie de la MRC de Maskinongé. L’UQTR a confirmé au Nouvelliste, mercredi matin, que le recteur sera présent. Toutefois, la présidente de la Chambre, Virginie Damphousse, a indiqué au Nouvelliste que l’événement avait dû être annulé. Ne pouvant joindre sa directrice générale qui était en congrès, Mme Damphousse n’a pu préciser si l’événement avait été annulé en raison du lock-out.

Notons que les parties, après près de cinq jours de négociations intensives, se sont réunies chacune de leur côté avec leurs procureurs, mercredi. De son côté, la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, a encore été questionnée par les médias, à Québec. Elle a indiqué que les rencontres prévues mercredi étaient «très importantes» et qu’il était prévu qu’elle reparle au recteur, Daniel McMahon, en soirée. «À suivre d’heure en heure», dit-elle.

La ministre a dit souhaiter que le conflit ne dure pas longtemps. «On voit les dommages collatéraux. On le sait. Ce n’est pas le premier conflit de travail dans les universités, mais celui-là, en particulier, de la façon dont ça se passe, ça crée un certain nombre de tensions. On veut vraiment que les étudiants aient leurs notes. Les professeurs sont supposés les déposer le 18 mai. On veut que ce soit des corrections en bonne et due forme. On veut que le trimestre d’été reprenne», dit-elle.

Interrogée à savoir s’il serait temps d’imposer une loi spéciale pour mettre fin au lock-out, la ministre a répondu: «On n’est pas rendu là.» 

Quant à sa limite personnelle face à cette situation, Mme David dit préférer suivre le dossier «au jour le jour».