À l’avant, le professeur de criminalistique Frank Crispino de l’UQTR et de gauche à droite: Jean-Guy Dubois, maire de Bécancour, Jean Poliquin, président du conseil d’administration du PIPB et Daniel McMahon, recteur de l’UQTR.

UQTR: l’étude de la décomposition des corps à Bécancour

Bécancour — «C’est un terrain d’à peine 100 pieds sur 100», indique Maurice Richard en pointant l’endroit sur une grande carte du Parc industriel et portuaire de Bécancour dont il a la direction. «C’est à peine de la grosseur d’un terrain résidentiel», fait-il valoir en soulignant que l’endroit sera en plein bois, loin des secteurs résidentiels.

Petit terrain, certes, mais les recherches qu’on y mènera seront imposantes. C’est en effet à cet endroit que l’Université du Québec à Trois-Rivières installera son Site sécurisé de recherche en thanatologie (SSRT) où une douzaine de chercheurs, en grande majorité de l’UQTR, viendront étudier la décomposition des corps en plein air.

À première vue, la chose peut donner froid dans le dos, mais le tout sera mené avec le plus grand respect, assurent les chercheurs, à commencer par le professeur en criminalistique, Frank Crispino. Ce dernier rappelle que les corps humains qui seront utilisés dans ce laboratoire à ciel ouvert font partie du programme volontaire de dons de corps de l’UQTR. La personne qui donne son corps à la science est donc entièrement consentante de l’usage qui en sera fait, rappelle-t-il et la famille sera également consultée pour s’assurer que la personne n’avait pas changé d’avis avant son décès. À sa très grande surprise, le nombre de volontaires pour ce projet est beaucoup plus grand que prévu. «À notre grande surprise, il y a eu presque un engouement là-dessus. On s’attendait à une faible participation des donneurs actuels. Or, il y a une grande proportion des donneurs actuels qui ont dit moi, c’est à ça que je veux participer», raconte le professeur Crispino.

Le site en question ne sera en activité que d’ici la fin de l’année 2019 et sera situé sur la rue Louis-Riel, à Bécancour, à environ 1,5 km de l’autoroute 30.

Frank Crispino explique que le site devait être loin des habitations, être accessible, à l’abri des regards et près de l’UQTR. Le petit terrain boisé perdu au milieu des 7000 hectares du PIPB répondait à tous les critères», résume-t-il.

Au départ, ce ne sont pas des corps humains, qui seront soumis aux aléas du climat nordique, mais des pièces anatomiques de porcs. «Nous utilisons toujours des porcs pour tester nos méthodes. Les corps humains sont des dons tellement généreux que nous ne voulons pas les gaspiller», explique la coordonnatrice du projet, Shari Forbes, qui arrive tout droit de l’Australie pour la création de ce laboratoire unique au Canada et unique au monde en milieu nordique. «Les porcs sont proches de l’humain au niveau de leur peau aux poils fins et de leur microbiote. Leurs protéines et lipides sont très similaires à ceux des humains. Ils se dégradent aussi tout comme des restes humains. Bref, c’est ce qu’il y a de plus proche du corps humain», explique-t-elle, d’où le choix de cette espèce pour amorcer les tests.

L’emplacement sera sécurisé et surveillé contre les intrusions humaines et animales. La clôture sera enfouie jusqu’à une profondeur de trois pieds pour éviter que les prédateurs ne viennent s’en prendre aux corps. C’est qu’on veut entre autres choses observer le travail des insectes et les effets du climat, question d’affiner l’interprétation des enquêteurs de police lorsque des personnes défuntes sont retrouvées en pleine nature.

Le président du Parc industriel et portuaire, Jean Poliquin, a tenté de son mieux de détendre l’atmosphère, lors du point de presse de mardi, en assurant qu’il n’est pas question de changer le nom du site pour «Parc industriel et mortuaire de Bécancour». C’est que genre de laboratoire est tellement inhabituel, en fait, que les autorités ont prévu de rencontrer la population afin de bien expliquer le long et le court de ce projet qui n’a finalement rien de lugubre puisqu’il permettra de créer de nouveaux espoirs et de nouveaux moyens de résoudre de mieux en mieux les crimes ou d’éclairer les familles endeuillées à la suite d’une disparition, d’un sinistre, d’une catastrophe ou d’autres événements ayant causé la mort.

Le 27 novembre, il y aura donc une rencontre au gymnase de l’école Terre-des-Jeunes de Bécancour, 8260 rue Cartier, au cours de laquelle des représentants de l’UQTR répondront aux questions de la population.

Dans le cadre de la Journée mondiale de la philosophie de l’UNESCO, une conférence ouverte au public sera également organisée à l’Atrium de l’UQTR, de midi à 13 h 30, le 15 novembre intitulée Dons d’organes, don de son corps à la science: mon corps est-il encore mon corps?

Ce projet en criminalistique suscite beaucoup d’enthousiasme de la part des organismes subventionnaires. La professeure Forbes, rappelons-le, arrive à l’UQTR avec une bourse Canada 150. Mardi, on apprenait que le professeur Frank Crispino, lui, décroche une subvention Audace de 127 000 $ des Fonds de recherche du Québec dans le cadre du même projet qui rallie des chercheurs en chimie, biochimie, physique, anatomie, philosophie, arts, environnement, microbiologie, entomologie et en sciences médicales.