Cinq ans après la tragédie ferroviaire, Lac-Mégantic aura sa voie de contournement pour sortir les trains du centre-ville et sécuriser la population. Les premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard en feront l’annonce sur place vendredi.

Une voie de contournement de 133 M$ à Lac-Mégantic

Lac-Mégantic aura sa voie de contournement ferroviaire. La construction de l’infrastructure pourrait débuter en 2019 et durer deux ans pour une facture de 133 millions $.

Les premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard et « plusieurs membres de leurs équipes » sont attendus à Lac-Mégantic vendredi matin pour en faire l’annonce.

La facture sera assumée à 60 % par le fédéral et à 40 % par le provincial, selon les détails de l’entente intervenue entre les deux paliers de gouvernement qui ont coulé dans La Presse de mardi.

Les élus locaux croient que le tracé retenu pour cette voie de contournement tant attendue depuis cinq ans sera celui recommandé par le BAPE l’été dernier, mais ils n’avaient eu aucune confirmation officielle en ce sens mardi.

« On sent que les gouvernements vont privilégier ça, mais on va les laisser l’annoncer et l’expliquer. On est juste content qu’il y ait enfin une annonce », a dit la mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin.

« Ça fait longtemps qu’on l’attendait. Enfin on y est arrivé! » lance-t-elle.

Ce tracé, l’option 3 selon les documents du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, a une longueur totale de 11 kilomètres. Le nouveau tronçon dévierait de l’emplacement actuel à l’ouest de Frontenac, franchirait la rivière Chaudière au sud du pont routier de la route 161, longerait les voies ferrées existantes du parc industriel de Lac-Mégantic et rejoindrait la voie ferrée actuelle à l’intersection des routes 161 et 263.

Les gouvernements ont vraisemblablement écarté les variantes de tracé proposées par les municipalités voisines de Frontenac et de Nantes, en concertation avec Lac-Mégantic, dans le but d’arriver à une meilleure acceptabilité sociale chez eux.

Et ce même si la Ville de Lac-Mégantic avait obtenu des fonds supplémentaires à la fin de 2017 pour analyser ces deux variantes au tracé suggéré.

Des rencontres

La mairesse Morin est consciente que l’annonce de vendredi pourrait raviver des tensions dans la population à cause du tracé retenu.

Car pour sortir le train de ce centre-ville encore en reconstruction presque cinq ans après la tragédie qui a emporté 47 personnes, il faudra bien passer ailleurs.

Sur le seul territoire de Lac-Mégantic, une vingtaine de citoyens, commerces et terres agricoles seraient directement impactés par le nouveau tronçon.

La Ville a pris les devants en les rencontrant par petits groupes depuis lundi pour les informer.

« On ne voulait pas qu’ils l’apprennent devant 200 personnes au centre sportif », explique Mme Morin.

« Les réactions sont mitigées, mais peu importe le tracé, on savait qu’il y aurait des impacts sur des citoyens. On ne peut pas s’attendre à ce qu’un projet majeur comme celui-là n’ait pas d’impact. »

Encore le mois dernier, la mairesse Morin et ses homologues Gaby Gendron de Frontenac et Jacques Breton de Nantes avaient d’ailleurs adressé une lettre aux deux premiers ministres et aux deux ministres des Transports pour réitérer la nécessité d’une voie de contournement tout en redisant l’importance de minimiser « les impacts collatéraux importants qu’aura la relocalisation de la voie ferrée à proximité de certaines résidences ou de terres ».

Sans aller jusqu’à dire que c’est ce qui expliquerait le choix de l’option 3, Julie Morin concède que les variantes du tracé représentaient une facture « substantiellement » plus élevée.

« À partir du moment où il y a une annonce, dit-elle, notre priorité maintenant sera de soutenir les citoyens et de les accompagner dans leurs démarches par rapport à leur propriété. »

« Ces gens-là sont aussi des victimes du 6 juillet 2013 », affirme-t-elle.

Rappelons qu’en janvier dernier, le ministre des Transports Marc Garneau avait enjoint le gouvernement Couillard à faire sa part pour concrétiser ce projet. Il avait exprimé le souhait d’annoncer les détails de la construction de la voie de contournement avant le cinquième anniversaire de cette tragédie, le 6 juillet 2018.

L’annonce de vendredi sera suivie, en après-midi, par une rencontre d’information pour les citoyens lors de laquelle des intervenants se rendront disponibles pour répondre à leurs questions spécifiques. La rencontre aura lieu au Centre sportif Mégantic. L’heure reste à confirmer.

La mairesse Julie Morin est consciente que l’annonce du tracé pourrait raviver des tensions dans la population. » Peu importe le tracé, il y aura des impacts sur les citoyens », dit-elle.

Le maire de Frontenac veut faire entendre son mécontentement

Le maire de Frontenac a passé la journée de mardi à contacter ses concitoyens pour les aviser de l’annonce qui sera faite vendredi à Lac-Mégantic.

« Je ne sais pas la tournure que ça va prendre, prévient Gaby Gendron, mais le tracé ne fait pas consensus dans les trois municipalités qu’il traverse. Je fais des appels pour qu’il y ait le plus de citoyens de Frontenac présents vendredi. »

« Depuis le début, continue-t-il, on est conscient que ce sont les gouvernements qui paient. Nos citoyens n’en voulaient pas de la voie de contournement et on a réussi à leur faire comprendre qu’ils étaient mieux de faire des compromis », sauf que leurs compromis ne semblent pas avoir été retenus par les gouvernements, se désole-t-il.

Le principal reproche formulé par le maire Gendron concerne le fait que la voie ferrée couperait en deux des terres agricoles sur le territoire de Frontenac plutôt que de passer sur le trait-carré (la division) des lots.

Or selon les informations qu’il a obtenues, le tracé retenu ne tiendrait pas compte de cette particularité pour une question de coûts.

« Depuis le début, Frontenac dit que si ça ne passe pas le trait-carré, ça ne marchera pas », prévient M. Gendron.

Même s’il milite ardemment depuis trois ans pour obtenir cette voie de contournement à Lac-Mégantic, le porte-parole de la Coalition de citoyens et d’organismes engagés pour la sécurité ferroviaire Robert Bellefleur, avait des réserves qui vont dans le même sens mardi.

« Je pense que Frontenac et Nantes avaient fait des représentations et des demandes pour aller chercher un compromis là-dedans. Je pense qu’elles vont être déçues. On aurait préféré une voie de contournement qui protège et qui unit la population des trois communautés, pas une voie de contournement qui les divise. On veut une solution rassembleuse », a-t-il fait valoir en entrevue avec La Tribune.

« Il ne faut pas juste considérer les coûts, il faut considérer les coûts sociaux, dit-il. La population de Lac-Mégantic a assez souffert. »

Pour sa part, la préfet de la MRC du Granit, Marielle Fecteau, a plaidé pour que le dossier chemine dans l’harmonie.

« C’est sûr qu’il y a des gens qui seront touchés, réagit-elle. On verra en temps et lieu, quand ils feront l’annonce officielle du tracé et tout ça, mais ça ne peut pas passer et que personne s’en rende compte. L’important pour nous, comme communauté, c’est que les gens qui seront impactés soient bien accompagnés et qu’ils aient de bons arrangements. On voulait une voie de contournement et que cette voie-là ramène une sécurité dans la population. Il y a sûrement une solution. »