De gauche à droite: Jean-François Trudeau, vice-président développement des affaires Laboratoire Choisy, entreprise propriétaire de GDG Environnement, Isabelle Martin, présidente et chef de la direction de GDG, Pierre-Michel Auger député de Champlain et Réjean Bergevin, vice-président des affaires chez GDG.

Une solution contre l’agrile du frêne?

TROIS-RIVIÈRES — Réputée dans plusieurs provinces canadiennes pour sa solution biologique et non toxique pour le contrôle des insectes piqueurs, l’entreprise trifluvienne GDG Environnement vise maintenant le marché canadien et celui des États-Unis avec un nouveau produit biologique qui a pour effet de contrôler à 40 % la prolifération de l’agrile du frêne. Cet insecte d’origine asiatique ne compte actuellement aucun ennemi naturel sur le continent nord-américain et il est en train de décimer à vitesse exponentielle des populations entières de frênes.

GDG environnement est en pleine période d’homologation de ce produit, le Fraxi-Protect, dont l’efficacité a été testée en collaboration avec des chercheurs de l’INRS — Institut Armand-Frappier et Ressources naturelles Canada. Il s’agit en fait d’un champignon, le Beauveria bassiana, qui se développe naturellement dans la terre.

Dans une vingtaine de municipalités de Québec, dont Trois-Rivières, des pièges ont été installés au cours des derniers jours. Au courant de la semaine prochaine, des pochettes remplies du champignon mortel pour l’agrile, de même que des prismes collants pour récupérer quelques insectes, seront posés dans ces pièges.

Au parc Antoine-Gauthier de Trois-Rivières, seule municipalité de la Mauricie et du Centre-du-Québec à accueillir le test en cette phase d’homologation, une quinzaine de pièges ont été installés au sommet des frênes, côté sud. Comme l’explique Marie-Ève Lajoie, superviseure adjointe du projet chez GDG, ce sont les degrés-jours et l’orientation sud du piège qui font foi de son succès.

«Nous sommes en permis de recherche. Donc, on ne peut pas s’installer partout», fait valoir Réjean Bergevin, ingénieur forestier et vice-président développement des affaires chez GDG. Le piège d’un ton vert clair, explique-t-il, reflète une longueur d’onde qui attire l’agrile. L’insecte ravageur entre alors dans le piège en forme d’entonnoir qui le force à se rendre jusqu’à la pochette où il sera en contact avec le champignon qui est mortel pour lui. L’insecte meurt en quelques jours des suites de cette exposition.

Selon M. Bergevin, cet entomopathogène d’origine naturelle est «tout à fait inoffensif pour les humains, les autres insectes, les chiens, les chats», assure-t-il.

«Notre défi, c’est de faire reconnaître que ça fonctionne», dit-il. Un des intérêts de faire affaire avec les Américains, c’est qu’aux États-Unis, il faut environ 18 mois pour homologuer un produit de ce genre comparativement à quelque 26 mois au Canada, indique M. Bergevin «parce qu’il faut faire la preuve de concept», dit-il.

Il y a aussi le fait que le marché américain, on le sait, est beaucoup plus gros que celui du Canada. «Dans la ville de Chicago, les frênes représentent 17 % du couvert urbain soit 300 000 frênes», illustre la présidente et chef de la direction de GDG, Isabelle Martin. «Cette seule ville nous permettrait d’obtenir 20 % de notre objectif de croissance dans ce créneau-là», dit-elle.

Réjean Bergevin, ingénieur forestier et vice-président des affaires chez GDG monte ici la pochette de champignons à placer dans le piège que l’on aperçoit près de lui.

GDG est donc en période de démonstration de l’efficacité et de la sécurité de son produit dans les États américains du Minnesota, de la Pennsylvanie et de l’Illinois.

Même si son efficacité a été démontrée, le produit ne se retrouvera pas chez les arboriculteurs avant 2020, à moins que le procédé d’homologation soit accéléré par les autorités à cause de l’urgence de la situation pour les populations de frênes qui sont présentement balayées par l’infestation.

D’ici environ un mois, GDG Environnement demandera donc l’appui de toutes les municipalités où elle a installé un piège Fraxi-Protect afin de convaincre le gouvernement canadien de l’urgence d’homologuer ce produit.

Le député Pierre-Michel Auger est venu annoncer une aide financière de 95 162 $, vendredi, à ce projet par l’entremise du Fonds de diversification économique du Centre-du-Québec et de la Mauricie. Le projet d’exportation de GDG est évalué 271 300 $.

Le champignon Beauveria bassiana se trouve naturellement dans le sol. Lorsque l’agrile entre en contact avec lui, l’insecte en meurt en cinq jours. GDG veut intervenir avant que les femelles pondent dans les frênes.

«Nos essais visent à savoir la fréquence d’installation des pièges, où on les installe, si l’on en met à tous les frênes ou à tous les trois frênes et le taux de contamination», résume M. Bergevin.

Le traitement doit être recommencé chaque année, comme c’est le cas avec les traitements contre les insectes piqueurs.

Présentement, les arbres infectés sont traités, dans bien des cas, par un produit chimique, le TreeAzin, entre 15 juin et le 3 août.

En ce début de saison du camping, l’Agence canadienne d’inspection des aliments recommande d’acheter son bois de chauffage dans la région où il est brûlé de façon à éviter la propagation de l’agrile du frêne et autres ravageurs des arbres. «Avant de partir, communiquez avec les parcs ou les terrains de camping pour connaître leurs règles concernant le bois de chauffage», recommande l’ACIA.

Notons que Trois-Rivières a confirmé, ce printemps, l’apparition de l’agrile du frêne pour la première fois sur son territoire. La Ville surveillait ses arbres depuis plusieurs années.