Une présumée victime relate les nombreux abus sexuels qu’elle a subis : «Comme un bol de céréales à tous les matins»

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Le procès de ce père de famille, accusé d’avoir abusé sexuellement et d’avoir violenté ses deux jeunes enfants, s’est poursuivi mardi avec le témoignage de sa fille.

Tout comme l’avait fait son frère la veille, l’adolescente de 14 ans a parlé du climat de violence qui régnait dans la demeure familiale de Trois-Rivières où les claques et les coups étaient fréquents. Solide malgré ses larmes, l’adolescente a relaté longuement et avec beaucoup de détails les nombreuses agressions sexuelles qu’elle aurait subies entre l’âge de 7 ans et 11 ans.

Régulièrement pendant ses années, elle soutient avoir été obligée de faire des fellations à son père au point que c’était devenu «comme une habitude pour elle». «Comme un bol de céréales à tous les matins», s’est-elle exclamée. Elle a même avoué avoir trouvé ça bizarre le jour où son père a tenté de l’embrasser avec la langue comparativement à ce qu’elle était habituée de vivre.

Si l’une de ces fellations a constitué en une punition infligée par son père, les autres étaient souvent exigées en échange d’une récompense. Selon ce qu’elle a raconté, il pouvait lui demander de le «sucer» pendant 10 minutes en échange d’une tablette, d’argent, d’une sortie avec des amis ou d’heures supplémentaires à passer devant la télévision. Elle a précisé que si elle lui disait non, il la forçait encore plus et devenait frustré.

Les agressions ne se seraient pas limitées aux fellations mais également à divers types d’attouchements sur son corps, à des pénétrations digitales, des cunnilingus et des tentatives de pénétration avec son pénis. Elle se rappelle que son frère les avait surpris une fois alors que son père abusait d’elle, venant ainsi corroborer les propos tenus par l’enfant la veille.

Selon ce qui a été dévoilé devant le tribunal, le père aurait la majeure partie du temps profité des absences de la mère (pour causes de maladie, de travail ou autres), pour faire de ses enfants ses esclaves sexuels. La veille, son garçon avait lui aussi raconté avoir été obligé de faire de nombreuses fellations à son père dès qu’il a eu 8-9 ans.

À quelques reprises, le père aurait même montré aux deux enfants des vidéos de pornographie afin de faciliter la commission des délits sexuels.

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Et toujours selon les témoignages des deux présumées victimes, il aurait aussi été violent et menaçant. Le garçon avait mentionné la veille avoir reçu de nombreuses claques, des coups de poing et des coups de pied et avoir été blessé par une auto de Barbie lancée par son père.

Sa sœur aurait été elle aussi témoin de plusieurs gestes de violence. Dans une déclaration faite aux policiers au printemps 2018, elle a mentionné qu’elle l’entendait pleurer à tous les jours.

Elle-même a affirmé avoir reçu plusieurs claques derrière la tête et sur les fesses. Selon ses dires, son père l’a déjà projetée sur un congélateur, sur un calorifère et il lui a lancé divers objets comme des cônes de plastique, des jouets, de la nourriture, une cuillère. Avec le temps, la violence et l’agressivité de son père se sont accentuées au point de lui laisser des marques sur le corps et de lui faire de plus en plus mal.

Sans parler d’un régime de terreur, elle a avoué en larmes à la policière Estel Joulaud qui l’interrogeait qu’elle avait très peur de lui, peur de retourner à la maison et d’avoir des «super» conséquences. «J’ai peur, je suis stressée et j’aime pas ça », a-t-elle raconté en pleurant.

En fait, elle se rappelle qu’il lui arrivait à elle et à son frère de trembler devant leur père lorsqu’il se mettait en colère. À une occasion, il aurait notamment traité son jeune frère de chien sale pour ensuite leur lancer: «J’espère que vous allez mourir tout seuls avec personne à vos côtés. »

Tous ces événements auraient poussé la jeune fille à s’automutiler. Elle a finalement dénoncé les agissements de son père en se confiant à des gens en qui elle avait confiance. Le père a été arrêté et les deux enfants ont été placés dans une famille d’accueil.

Le procès va se poursuivre mercredi. Dans le cadre de sa preuve, la procureure de la Couronne Me Catherine Lacoursière entend faire témoigner six autres personnes.

Rappelons que le suspect, dont on doit taire l’identité pour protéger celle des enfants, est accusé de contacts sexuels, d’incitations à des contacts sexuels, d’avoir rendu accessible du matériel sexuellement explicite dans le but de faciliter la perpétration de délits sexuels, de voies de fait et de voies de fait armées avec divers objets et de voies de fait causant des lésions corporelles.

Depuis le début des audiences, il est demeuré stoïque en écoutant ses enfants.