Dès janvier, le CPE La Cajolerie implantera un programme éducatif de musique en petite enfance, en collaboration avec le Conservatoire de musique de Saguenay. C’est une première au Québec.

Une première québécoise à La Cajolerie

Toutes les études se recoupent pour dire que la musique a un effet positif sur le développement global de l’enfant. Des éducatrices du CPE La Cajolerie, lequel compte une installation à Saint-Honoré et à Chicoutimi, ont compris cela il y a bien longtemps. Aujourd’hui, elles sont fières d’assister à l’aboutissement d’un partenariat avec le Conservatoire de musique de Saguenay. L’entente a mené à l’élaboration du tout premier programme éducatif québécois en musique destiné à la petite enfance.

Éducatrice et diplômée du Conservatoire, Nathalie Gobeil intègre depuis longtemps la musique à sa routine quotidienne au CPE. Elle rêvait toutefois d’y accorder une plus grande place et de mettre à profit le savoir-faire contenu entre les murs de son alma mater. Le désir de faire connaître l’établissement aux parents et de donner la piqûre de la musique aux tout-petits lui a aussi servi de carburant. De connivence avec la directrice, Louise Bouchard, qui souhaitait rajeunir l’image du Conservatoire, Nathalie Gobeil s’est mise au travail. L’étudiante et percussionniste Mélissa Dufour est entrée en scène. Celle qui donnait déjà des cours de percussions aux enfants de 6 à 10 ans a été invitée à pénétrer l’univers du CPE et à venir faire du bruit avec les bambins. 

Nathalie Gobeil avait construit l’ébauche d’un conte pour lequel elle avait de grandes visées. En fait, son souhait était d’en faire un livre musical réalisé grâce à l’apport des enfants de la garderie. Les pièces du puzzle se sont emboîtées et c’est ainsi que Courage M. Castelet est né. Au récit se sont ajoutées les magnifiques illustrations de Nancy Bouchard, elle aussi éducatrice au même CPE. Leur collègue Andréanne Lachaine, douée pour la photographie, a immortalisé tous les enfants de La Cajolerie. 

Dans un véritable tour de force artistique, leurs minois ont été intégrés aux dessins de Nancy Bouchard. Les gamins deviennent donc parties prenantes de l’histoire. Mais la particularité du projet relève du fait que tous les « amis », comme on les appelle communément à la garderie, ont prêté leur voix à la bande sonore de Courage M. Castelet. 

Encouragés par Mélissa Dufour, qui a passé du temps avec eux, enregistreuse en main, ils ont produit tous les sons d’ambiance. La musicienne les invitait à s’exprimer dans le contexte de plusieurs mondes imaginaires animés de pirates, de loups-garous et d’ombres chinoises. Mélissa Dufour a ensuite ramassé tout ça pour composer la musique. L’initiative a donné lieu à l’enregistrement d’un conte audio de 40 minutes en studio. Le babillage des poupons du CPE a même été récupéré pour créer une panoplie d’ambiances. 

Les grands de quatre et cinq ans ont pour leur part pris un malin plaisir à faire aller leurs cordes vocales en réplique aux notes de Mélissa Dufour, grand manitou des instruments. Tout ce beau monde a donc contribué à la transmission d’images par la musique. 

Le livre sera officiellement lancé mardi à 18 h au Conservatoire de musique de Saguenay. Des contraintes de temps ont empêché l’équipe de mettre la main sur tous les exemplaires requis à temps, mais les intéressés pourront voir et entendre le produit fini et commander des livres sur place. L’événement est ouvert à tous.

Mélissa Dufour, étudiante en percussions au Conservatoire de Saguenay, a dirigé le volet musical du livre-audio Courage M. Castelet, écrit par l’éducatrice Nathalie Gobeil.

La piqûre de la musique

Dans l’esprit d’un protocole d’entente que l’on pourrait qualifier de « donnant-donnant », le Conservatoire y gagne aussi. Ses étudiants, qui représentent la relève enseignante en musique, pourront acquérir une expérience pédagogique terrain auprès des tout-petits. 

« Je suis habituée de donner des cours à des élèves à partir de six ans, mais c’était nouveau pour moi de me retrouver avec des enfants aussi jeunes. Le but, ce sera de développer leur motivation à écouter de la musique et des instruments et développer le goût de la musique », dit Mélissa Dufour. Le programme servira aussi de laboratoire de recherche. Et comme le ministère de la Culture, principale source de financement du Conservatoire, est subventionnaire du projet, une reddition de comptes s’imposera. 

Nathalie Gobeil, Mélissa Dufour et Andréanne Beaudet sont convaincues que le programme éducatif en musique destiné aux 0-5 ans fera des petits. En attendant, La Cajolerie, elle, fera très certainement quelques jaloux, particulièrement chez les parents qui reconnaissent l’apport inestimable de la musique dans toutes les sphères d’apprentissage. Et pour les autres, qui ne sont pas encore convaincus de toutes ses vertus, les artistes à l’origine de Courage M. Castelet se sont donné pour mission de les séduire.

« On veut aussi cibler les enfants qui ont un bon potentiel en musique et les amener au Conservatoire pour faire des ateliers plus poussés. En fait, ce qu’on veut, c’est ouvrir les portes du conservatoire et emmener la musique dans nos murs », enchaîne Nathalie Gobeil, qui prête sa voix à M. Castelet et qui assure aussi la narration. Par le truchement de la technologie et grâce à quelques acrobaties vocales, elle a aussi donné vie à de nombreux personnages, tout comme sa consoeur, Andréanne Beaudet, qui ne manque pas de souligner que l’oeuvre qui sera lancée mardi a réuni les forces et les talents de toutes les parties impliquées dans l’initiative qui a poussé ses balbutiements il y a à peine un an. Mais avant tout, a-t-elle mis en relief, il s’agit du projet des enfants. Un document qui ne manquera pas de se retrouver dans la boîte à souvenirs de Logan, Dorothée, Jérémy, Kylee, Marianne, Zacharie, Charles, Élia et leurs camarades, eux qui, grâce à leurs voix, ont donné une dose de courage à M. Castelet. 

Les éducatrices Nathalie Gobeil et Andréanne Beaudet sont toutes deux musiciennes. Elles croient profondément aux vertus de l’apprentissage de la musique dès la petite enfance. Elles sont accompagnées de Mélissa Dufour, qui a composé la musique du livre en utilisant des bruits faits par les enfants du CPE.

Stimuler l’imaginaire 

La musique est imbriquée dans la mission du CPE La Cajolerie. Nathalie Gobeil, chanteuse, bassoniste et maintenant auteure, a aussi enseigné le piano pendant 14 ans. Sa collègue éducatrice Andréanne Beaudet, qui a assuré la coordination du projet, est aussi une pianiste accomplie. Tout le monde à La Cajolerie est contaminé par une certaine musicalité, laquelle semble égayer le quotidien du personnel et des enfants qui fréquentent les lieux. Tous voient les avantages manifestes d’inculquer des notions en musique dès la petite enfance. Nathalie Gobeil, qui avait pour ambition première d’amener des ateliers de musique entre les murs du CPE, flotte sur un nuage. Non seulement le livre voit le jour, dès janvier, un programme musical découlant du partenariat avec le Conservatoire prendra aussi son envol. 

«La musique est tellement importante pour le développement global de l’enfant. Avec la musique, on peut travailler la motricité, la rythmique et la dissociation des membres. On veut aussi permettre aux enfants d’expérimenter, de toucher à plusieurs instruments et de développer un intérêt», note-t-elle.