La dépouille de Manon Dubé a été découverte dans les eaux glacées d’un petit ruisseau du secteur de Hatley le 30 mars 1978, à plusieurs kilomètres de l’endroit où Manon a été vue pour la dernière fois deux mois plus tôt.

Une mort impunie depuis 40 ans

Il y a aura 40 ans dimanche que la petite Manon Dubé a trouvé la mort après sa disparition soudaine au coin des rues de l’Union et Bienville, dans l’Ouest de Sherbrooke, avant d’être retrouvée sans vie deux mois plus tard à Hatley. Quatre décennies ont passé et sa mort demeure toujours impunie.

Ce 28 janvier 1978 semblait une journée comme les autres pour deux petites filles de sept et neuf ans demeurant sur la rue Bienville. Vers 19 h 30, les sœurs revenaient tranquillement du stationnement de la caisse populaire où elles étaient allées glisser sur un énorme amas de neige avec des copines. Et comme toujours au retour d’une partie de plaisir sur la neige, elles trottinaient ensemble jusqu’à la maison.Ce soir-là, la cadette a marché un peu plus vite que sa soeur aînée. Quand la plus petite s’est retournée pour appeler la plus grande, seul le silence lui a fait écho. Les deux sœurs se trouvaient alors à côté de l’école Saint-Joseph.

Manon, neuf ans, n’est jamais plus rentrée à la maison. Comme si elle s’était tout simplement volatilisée.

Les policiers, rapidement mis au courant de la disparition de l’enfant, se sont mis à l’œuvre sur-le-champ. En vain.

Pendant les deux longs mois qui suivront, les enquêteurs dormiront chez les Dubé. Poseront mille et une questions. Enquêteront çà et là. Ils auront un ou deux suspects dans leur mire, mais aucune preuve.

Pendant tout ce temps, la maman Jeannine et ses deux petites filles de sept ans et huit mois attendront seules le retour de l’enfant puisque le papa Fernand est décédé dans un accident de la route une quinzaine de mois plus tôt.

C’est finalement le 30 mars suivant que la dépouille de Manon est découverte dans les eaux glacées d’un petit ruisseau du secteur de Hatley, à plusieurs kilomètres de l’endroit où Manon a été vue pour la dernière fois.

L’autopsie révèlera que Manon a subi une importante fracture du crâne. Elle n’a pas été agressée sexuellement. Elle porte encore ses vêtements d’hiver. Son dernier repas se trouve encore dans son estomac, signe qu’elle est morte très peu longtemps après sa disparition. Que s’est-il passé entre le moment où la petite fille est disparue à quelques pas de sa petite soeur et le moment où elle a été déposée dans le ruisseau? Quarante ans plus tard, le mystère demeure total.

Plusieurs hypothèses

Les hypothèses ont été fort nombreuses à circuler à l’époque. Et aujourd’hui encore, aucune piste n’est formellement écartée. Meurtre? Accident suivi d’un camouflage? Mystère.

En 2001, le Service de police de Sherbrooke a décidé de rouvrir le dossier pour voir si les nouveaux outils d’enquête comme l’identification par l’ADN permettraient de développer de nouvelles pistes. Encore là, rien.

À la Sûreté du Québec où le dossier a été transféré en 2007 avec tous les autres dossiers non résolus de la Belle Province, le dossier de Manon Dubé est toujours ouvert parmi environ 750 dossiers de morts violentes non résolus dont plus de la moitié sont liés au crime organisé. Ce type de dossier est révisé régulièrement, explique Hugo Fournier, porte-parole de la SQ.

La famille de Manon Dubé a préféré décliner les demandes d’entrevue de La Tribune en précisant que le processus de deuil et d’acceptation a été long – se comptant même en dizaines d’années.

« Nous avons beaucoup souffert, beaucoup espéré. Aujourd’hui, nous n’avons plus d’espoir. Il y a sûrement quelqu’un, quelque part, qui sait quelque chose, mais cette personne demeure malheureusement introuvable », souligne Jeanne Desmarais, la tante de la petite Manon.

Manon Dubé

Plusieurs décès violents demeurent non résolus

Quarante ans après une mort violente pour laquelle la personne responsable demeure impunie à ce jour, y a-t-il encore le moindre espoir de mettre la main sur un suspect ou de découvrir la façon exacte dont une petite victime a trouvé la mort? 

Vous savez, il suffit parfois d’un seul indice pour faire avancer une enquête. Nous invitons les gens à nous contacter s’ils possèdent la moindre information », précise le porte-parole de la Sûreté du Québec Hugo Fournier.

Rappelons que la SQ a annoncé la semaine dernière qu’elle souhaitait donner un grand coup pour tenter de résoudre de vieilles affaires de meurtre, surtout celles qui impliquent des femmes, des enfants et des personnes âgées. L’unité des crimes non résolus passera de cinq enquêteurs à 30 employés permanents au cours des prochains mois.

Plusieurs autres meurtres commis dans la région de Sherbrooke demeurent impunis. Parmi les victimes, on retrouve Roland Giguère, assassiné à son retour du boulot au restaurant Kentucky le 1er novembre 1968; Theresa Allore, dont le corps avait été retrouvé à Compton en 1979; Louise Camirand, décédée à Sherbrooke en 1977; l’agent de sécurité Roland Laberge, tué en 1984 au Carrefour de l’Estrie; Diane Couture, décédée à Ascot en avril 1997; Donald Germain, décédé en janvier 1998 à Rock Forest; Christian Fontaine, décédé en février 2000 à Saint-Élie-d’Orford; la Sherbrookoise Louise Chaput, tuée sur un sentier du mont Washington dans l’État du New Hampshire en 2001 et, plus récemment, Rachel Wrathmall, décédée dans l’arrondissement de Lennoxville en 2007.

« Toute information pouvant aider à résoudre un dossier peut être communiquée à la centrale de l’information criminelle de la Sûreté du Québec, au numéro sans frais 1 800 659-4264 », ajoute le sergent Fournier.