C’est en fabriquant plus de 300 faux bons de remboursement de marchandise qu’Annik Leclerc est parvenue à subtiliser, entre mars et août 2017, la somme de 14 122,85$ à son employeur de l’époque, la boutique Cell Zone de Granby.
C’est en fabriquant plus de 300 faux bons de remboursement de marchandise qu’Annik Leclerc est parvenue à subtiliser, entre mars et août 2017, la somme de 14 122,85$ à son employeur de l’époque, la boutique Cell Zone de Granby.

Une fraudeuse par amour évite la prison

Manifestant un désir évident de réparer les dommages qu’elle a causés, une femme ayant fraudé son ancien employeur pendant près de six mois pour soutenir financièrement sa conjointe a obtenu la clémence du juge, qui a choisi de surseoir au prononcé de sa peine en lui ordonnant plutôt d’observer des conditions strictes.

C’est en fabriquant plus de 300 faux bons de remboursement de marchandise qu’Annik Leclerc est parvenue à subtiliser, entre mars et août 2017, la somme de 14 122,85$ à son employeur de l’époque, la boutique Cell Zone de Granby. Elle a ensuite utilisé cette somme pour aider sa conjointe du moment qui souffrait d’une dépendance au jeu et aux drogues.

Au moment de son arrestation, en janvier 2018, la jeune femme, qui avait 24 ans au moment des faits, avait immédiatement reconnu ses torts et plaidé coupable aux accusations portées subséquemment contre elle. Elle n’avait pas d’antécédents criminels.

Or, en mai de la même année, Mme Leclerc a commis un vol à l’étalage pour lequel elle a obtenu une sentence suspendue en avril 2019. À l’époque, elle était sans revenus, étant en attente d’une décision de la Société d’assurance automobile du Québec à la suite d’un accident de la route lui ayant causé une commotion cérébrale sévère.

«Acheter un amour toxique»

«Les gestes commis par l’accusée le sont dans un contexte très particulier», souligne la juge Danielle Côté dans sa décision datée du 25 juin dernier.

En effet, c’est lorsqu’elle a commencé une relation amoureuse avec une femme ayant des problèmes de dépendance au jeu et aux drogues que l’accusée s’est écartée du droit chemin.

La conjointe est «manipulatrice, menaçante et use de violence psychologique» envers Mme Leclerc, qu’elle isole de sa famille et qu’elle presse de régler ses problèmes financiers provoqués par son jeu compulsif.

«J’avais une pression d’avoir à subvenir aux besoins d’une personne et de réparer les propres erreurs que celle-ci commettait, quand ce n’était pas du tout ma responsabilité de le faire. Ça m’a mis une pression de faire des choses que je n’aurais jamais dû faire et qui n’étaient pas dans mon identité. Tout simplement pour, en quelque sorte, désolée de mes mots, acheter un amour qui est tout simplement toxique», a témoigné l’accusée lors de l’audience sur la détermination de sa peine.

La jeune femme a d’ailleurs quitté sa conjointe après avoir «touché le fond». «Pour moi, c’était ma survie ou la sienne», a-t-elle ajouté.

La mère de l’accusée a elle aussi témoigné par écrit, mentionnant que la rupture lui a permis de retrouver sa fille telle qu’elle l’avait toujours connue.

Désir de réparation

Après avoir reconnu ses torts, Mme Leclerc a suivi des rencontres de thérapie et a exprimé des remords par rapport à son crime. Elle fait savoir au tribunal qu’elle aurait souhaité contacter ses anciens patrons pour s’excuser, mais qu’elle ne savait pas si elle avait le droit de le faire.

«S’ils étaient ici aujourd’hui, je leur demanderais pardon, mais surtout je leur dirais que je suis désolée d’avoir trahi leur confiance, de les avoir blessés, déçus, parce que, eux, ils avaient une entière confiance en moi et, moi, j’ai gâché ça. [...] Je voudrais au moins les remercier aussi de la confiance qu’ils ont eue en moi, dès le départ. Parce que c’était une chance que j’avais, puis je l’ai gâchée», a-t-elle déclaré devant la juge.

Dans le cadre de sa réhabilitation, la jeune femme effectue du bénévolat auprès de personnes âgées, où elle est fort appréciée. Elle a aussi entamé des démarches pour se trouver un emploi et certains employeurs attendent le dénouement des procédures judiciaires avant de prendre une décision, a-t-on appris à la Cour, devant qui l’agente de probation de l’accusée a affirmé que le risque de récidive de cette dernière était faible.

L’accusée souhaite également rembourser le montant subtilisé à son ancien employeur, qui a été indemnisé par sa compagnie d’assurances. «S’il faut que je mette ma vie sur la glace un an de temps, même si c’est à un salaire minimum, tout simplement pour racheter les réparations que j’ai causées à cette entreprise-là, je vais le faire», s’est-elle engagée devant la juge Côté.

Cette bonne foi a convaincu le ministère public de diminuer la peine d’emprisonnement réclamée. Pour une offense telle que celle perpétrée par l’accusée, le Code criminel prévoyait une peine maximale de 14 ans de prison.

La défense soutenait pour sa part que des travaux communautaires représentaient une peine appropriée compte tenu du contexte particulier de l’affaire et de la bonne volonté de l’accusée de réparer ses torts. L’avocate représentant Mme Leclerc a également fait valoir à la juge de prendre en compte la recherche d’emploi de sa cliente et sa capacité de payer au moment de statuer sur un quelconque remboursement.

Remords sincères

Pour déterminer la peine de l’accusée, la juge Côté a pondéré la préméditation du crime, qui s’est échelonné sur cinq mois et demi, l’ampleur de la perte financière causée à l’employeur, mais aussi la collaboration de la contrevenante à l’enquête et aux procédures judiciaires ainsi que son désir de réparation.

«Force est de constater que s’il est un dossier où l’emprisonnement ne doit pas s’appliquer, c’est celui-ci», a souligné la magistrate, rappelant le travail introspectif de Mme Leclerc.

«Il faut l’avoir entendue témoigner pour constater à quel point les gestes posés sont à l’opposé de ses valeurs et que ses remords sont sincères tout autant que sa volonté ferme de rembourser. Cette prise de conscience totale quant aux gestes posés et la volonté de rembourser permettent de conclure que plusieurs objectifs de détermination de la peine sont atteints : dissuasion spécifique, réinsertion, réparation et prise de responsabilité», écrit la juge, convaincue que l’accusée «redeviendra un actif pour la société» lorsqu’elle aura trouvé un emploi.

Ce faisant, le tribunal a choisi de surseoir au prononcé d’une peine d’emprisonnement et a plutôt ordonné à Annik Leclerc de se soumettre à une probation de trois ans qui inclut la réalisation de 150 heures de travaux communautaires au cours des 18 prochains mois. L’accusée disposera également de sept ans pour rembourser l’assureur de Cell Zone de la somme lui ayant été dérobée.