Sur la photo, on voit Simone Leblanc entourée de ses fils Mario Jr Grondin et Carl Grondin.

Une fraude qui change une vie

Trois-Rivières — Malgré les séquelles importantes causées par l’arnaque de type grand-parent dont elle a été victime en février 2016, Simone Leblanc refuse de se laisser abattre et de perdre espoir en la vie.

«Je suis une  personne forte et positive. Au début, j’ai vécu de la peur, de la colère et de la rage, mais ça s’est calmé avec le temps. Je leur en voulais à eux, mais à moi aussi pour m’être fait embarquer dans une histoire pas d’allure. Mais quand ça arrive, cela a de l’allure. Il n’y a jamais un père ou une mère qui va laisser ses enfants en prison», a raconté la dame de 67 ans vendredi.

En effet, dans le cadre des plaidoiries sur sentence d’Alexandre Dubé et Sébastien David Perez Sauvé, cette femme de Trois-Rivières est venue relater toutes les conséquences que cette arnaque avait eues dans sa vie. Elle a certes perdu 7000 $, mais aussi le sommeil et le sentiment de sécurité. Et lors de la bousculade entre son fils et l’un des fraudeurs, elle a fait une chute qui lui a laissé des côtes cassées, des vertèbres brisées, un poignet cassé, une commotion cérébrale et des douleurs chroniques au dos.  

«Le pire, c’est de ne plus être capable de travailler et d’être aux crochets. Avant, j’étais une personne qui gagnait sa vie honnêtement, mais à cause de ça, je suis aux crochets», a-t-elle déploré. 

Comme bien d’autres personnes âgées au Québec, elle a été la cible d’un réseau de fraudeurs dont l’une des têtes dirigeantes était Steven Devantro. Ce dernier a d’ailleurs été condamné à purger une peine de six ans de pénitencier pour avoir fraudé ou tenté de frauder pas moins de 70 personnes âgées en 2015 et 2016. 

Ce sont les deux fils de Mme Leblanc qui avaient réussi à intercepter le 2 février 2016 les collecteurs engagés par Devantro, Alexandre Dubé, 20 ans, et Sébastien David Perez Sauvé, 19 ans. Ils avaient découvert le pot aux roses alors qu’on tentait de lui extorquer 5000 $ supplémentaires. Ils avaient contacté les policiers, mais comme ces derniers tardaient à arriver, ils avaient décidé d’intervenir. Mario Jr Grondin avait notamment sauté sur Perez Sauvé dans la maison pendant que son frère, Carl, avait tenté de bloquer la fuite de Dubé qui faisait le guet à l’extérieur dans une voiture.

«Je n’ai pas eu le choix de faire ce qu’on a fait. La police n’était même pas arrivée encore, et ce, en dépit des nombreux appels que j’avais faits. J’ai agi sur l’adrénaline. Je n’ai pas de regrets, mais si c’était à refaire, je ne sais pas si je ferais la même chose», a raconté  Mario Jr Grondin. «J’espère juste qu’ils vont s’en rappeler longtemps parce que ma mère, elle, va devoir vivre avec des répercussions pendant longtemps», a-t-il ajouté.

Rappelons que l’arnaque de grands-parents consiste à se faire passer pour un petit-enfant lors d’un contact téléphonique auprès d’une personne âgée. Le fraudeur raconte avoir un urgent besoin d’argent après avoir été victime d’un accident de la route ou avoir été arrêté par les policiers. Il désire ainsi payer une caution ou encore les honoraires d’un avocat. Il envoie ensuite des collecteurs récupérer l’argent auprès de la victime.

Dans le cas présent, les victimes ont été repérées au hasard en fonction de leur prénom à consonance ancienne comme les Rita, Yolande, Thérèse, Cécile et Simone. 

En ce qui concerne Alexandre Dubé et Sébastien David Perez Sauvé plus précisément, ils ont admis avoir participé à 11 arnaques de grands-parents entre le 13 janvier et le 2 février 2016, jour de leur arrestation. Outre l’arnaque commise à Trois-Rivières les 1er et 2 février, les autres crimes ont eu lieu à Drummondville. Cowansville, Saint-Jérome, Salaberry-de-Valleyfield et à Brigham.

Dubé, 21 ans, et Perez-Sauvé, 20 ans, ont plaidé coupable à 13 chefs d’accusation soit cinq fraudes, sept tentatives de fraudes et une supposition de personnes. Le montant total qui a été floué aux cinq victimes est de 50 200 $. L’une des victimes, âgée de 77 ans, a notamment perdu 19 000 $. Les arnaqueurs lui ont en effet réclamé de l’argent sous de faux prétextes à trois reprises en deux jours. Quant au montant des tentatives de fraudes, il est estimé à 31 700 $. 

Les deux hommes recevaient chacun entre 300 et 400 $ pour chaque fraude.

La procureure de la Couronne, Me Martine Tessier, a réclamé du juge Bruno Langelier qu’il leur impose une peine de prison ferme de 18 mois. Même si les deux hommes n’ont pas d’antécédents judiciaires, elle estime que les facteurs de dénonciation et de dissuasion doivent être priorisés, et ce, afin de protéger les aînés. 

L’avocat d’Alexandre Dubé, Me Benoît Cliche, a fait valoir que son client avait reconnu les faits et permis de faire considérablement avancer l’enquête. Dès son arrestation, l’accusé a collaboré avec les policiers en identifiant notamment la tête dirigeante du réseau d’arnaques de type grand-parent. Me Cliche, qui estime que son client était un simple exécutant, soutient de plus que le rapport présententiel démontre à plusieurs endroits qu’Alexandre Dubé représente un très faible risque de récidive et que les faits qui lui sont reprochés représentent un événement ponctuel de sa vie. De plus, Dubé a respecté à la lettre ses conditions de libération, dont un couvre-feu quotidien, de 22 h à 6 h.   

Me Benoît Cliche a pour ces raisons proposé une peine avec sursis, car il estime qu’une peine de prison pourrait nuire à sa réhabilitation. 

De son côté, l’avocate de Sébastien David Perez Sauvé, Me Émilie Boisvert, croit aussi qu’une peine de prison ferme n’est pas justifiée pour son client. Désormais en couple avec une femme depuis deux ans et nouvellement père, Perez Sauvé est selon son avocate en bonne voie de réhabilitation. Me Boisvert soutient de plus que son client n’était qu’un exécutant au bas de l’échelle. De plus, Perez Sauvé n’a manqué qu’une seule fois à ses conditions de remise en liberté en ne respectant pas le couvre-feu qui lui était imposé. 

Les deux accusés se sont présentés devant le juge pour présenter leurs excuses. Ils affirment regretter le tort qu’ils ont causé. 

Le juge fera connaître la sentence le 28 mai.

33 % de la maltraitance est financière

Le dossier de la maltraitance des personnes âgées, notamment l’arnaque des grands-parents, préoccupe la ministre responsable des aînés et de la Lutte contre l’intimidation, Francine Charbonneau.

«Notre inquiétude, c’est que dans l’ensemble des cas de maltraitance, 33 % des cas dénoncés sont de la maltraitance financière», dit-elle.

Ce genre de violence est faite surtout par des proches, déplore la ministre. «C’est ce qui est le plus malheureux», dit-elle.

«On se doit de mettre en place, comme société, des outils», fait-elle valoir.

La ministre Charbonneau constate en effet qu’en ce moment, il existe peu de ces outils permettant de prévenir ce genre de situation. «On en a pour la violence physique, psychologique, sexuelle, mais pour la maltraitance financière, on n’en a pas beaucoup et les gens des institutions bancaires nous ont dit ‘On a besoin d’aide; on a besoin de formation; il faut faire quelque chose parce qu’on ne sait pas trop’», dit-elle. Cela concerne aussi les notaires.

Un colloque prévu en février permettra de discuter de la question et la ministre espère qu’il donnera naissance, justement, à de tels outils pour les professionnels.

«Les aînés sont des gens qui ont de l’autodétermination, sauf que des fois, ils ont un cœur gros comme une maison et ils ne veulent surtout pas être dans la honte. Leurs biens leur appartiennent. S’ils veulent les offrir à quelqu’un, c’est correct, mais pas au détriment de leur avenir», plaide Mme Charbonneau.

Avec la collaboration de Brigitte Trahan