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Jessy Macaluso, Maxime Macaluso et Naomie Cherubini forment une famille pour le moins singulière, mais unie.
Jessy Macaluso, Maxime Macaluso et Naomie Cherubini forment une famille pour le moins singulière, mais unie.

Une famille diversifiée

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
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Jessy Macaluso est né garçon dans un corps de fille. Il y a sept ans, le Granbyen a entrepris son processus de changement de sexe, qui « allait de soi », dit-il. Grâce au don de sperme de son frère, il est aujourd’hui papa de la petite Anna, 13 mois, conçue par insémination artisanale.

Jessy a toujours voulu des enfants. À la blague, adolescent, son frère lui lançait « au pire, je te donnerai mon sperme! »

Au fil du temps, la blague est devenue réalité. Comme Maxime Macaluso est homosexuel, et qu’il ne veut pas faire affaire avec une mère porteuse, les chances qu’il puisse donner la vie se sont vues rétrécir. Il a donc décidé, de son propre chef, de réaliser le rêve de Jessy et de sa conjointe, Naomie Cherubini, d’avoir un enfant.

L’insémination artisanale [NDLR: effectuée à la maison, sans supervision médicale] a fonctionné du premier coup, et c’est ainsi qu’Anna est née, formant le centre de cette famille pour le moins singulière, mais unie. Maxime a été nommé parrain. « Ce qui forme une famille, c’est pas juste le [format] traditionnel mère, père, enfant. Ça peut être diversifié de toutes sortes de façons », dit Jessy, âgé de 22 ans.

Naomie et Jessy se sont rencontrés il y a quatre ans. « Qu’il soit trans, ça ne m’a pas rebuté. Ça s’est juste fait. » Naomie est pansexuelle [NDLR : orientation sexuelle caractérisant les individus qui peuvent être attirés, sentimentalement ou sexuellement, par un individu de n’importe quel sexe ou genre] et a toujours voulu des enfants.


« Ne t’arrête pas à ce que le monde pense. Fonce pour devenir ce que tu veux. »
Jessy Macaluso

Aujourd’hui, Naomie est de nouveau enceinte grâce à un deuxième don de sperme de Maxime, et attend un petit garçon, Jaxon, pour le mois de février. C’est le conjoint de Maxime, Michael, qui en sera parrain.

Jessy Macaluso a dû vivre une transition de genre longue et laborieuse, toujours en cours aujourd’hui, pour enfin être réellement qui il est.

Une transition longue et nécessaire

Jessy Macaluso a dû vivre une transition de genre longue et laborieuse, toujours en cours aujourd’hui, pour enfin être réellement qui il est. Vers l’âge de 15 ans, il a rencontré un psychologue spécialisé à Montréal et a commencé à prendre des hormones de testostérone. « Les effets sont graduels, tu commences à avoir plus de poils, la voix devient plus grave », témoigne-t-il.

Par la suite, en 2016, il a subi une opération d’ablation des seins. Une deuxième opération, celle-ci pour le retrait de l’utérus, était prévue en juillet, mais a dû être reportée en raison de la pandémie.

Cédric Champagne, coordonnateur de l’organisme Divers-Gens à Granby, qui vient en aide aux jeunes de la communauté LGBPTQIA2+ de 14 à 25 ans et leurs familles, déplore que toutes les étapes de la transition doivent s’effectuer ailleurs qu’en région, soit à Sherbrooke ou à Montréal. La seule clinique de chirurgie pour les personnes trans, qui dessert tout le Québec, est à Montréal, rapporte M. Champagne.

Cédric Champagne de l’organisme Divers-Gens offre des conférences dans les écoles sur le territoire de la Haute-Yamaska et Brome-Missisquoi pour aider les jeunes de la communauté LGBPTQIA2+ à se découvrir et s’accepter.

« Les délais d’attente sont très longs, ça peut prendre jusqu’à deux ans avant d’avoir un premier rendez-vous pour sa chirurgie. » Il est difficile pour Cédric de référer un psychologue transinclusif dans la région aux personnes qui en font la demande, « puisqu’ils ne sont affichés nulle part ».

Divers-Gens, un organisme d’éducation, de sensibilisation et d’entraide sur les enjeux LGBPTQIA2+, souhaite d’ailleurs obtenir du financement pour un projet de réunification et de répertoire des professionnels de la santé transinclusifs de la région, ce qui diminuerait les déplacements et les délais d’attente. L’organisme offre notamment des conférences dans les écoles sur le territoire de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi et aide les jeunes à se découvrir et s’accepter.

« On a tous le même cœur »

Malgré quelques embûches, Jessy Macaluso se réjouit d’avoir entamé son parcours transitoire, qui le rendra enfin « complet ».

« Je sais que je suis un garçon depuis que j’ai cinq ans. » « On l’a toujours su », de renchérir son frère Maxime.

Même si les personnes trans sont de plus en plus acceptées et valorisées dans la société, certains tabous perdurent, admet Jessy. Toutefois, il n’a pas laissé les mauvaises langues lui barrer sa route. Le jeune homme se souvient particulièrement de la journée où il s’était coupé les cheveux. « Je ne me laisse pas faire, dans la vie, j’ai assez confiance en moi. Je ne me suis pas fait intimider longtemps. » Jessy est même devenu une « star » à son école et dans son entourage qui lui posait quelques questions et le félicitait de suivre sa propre voie.


« Si je m’étais arrêté aux regards et tout ça, je n’aurais pas aujourd’hui de petite fille. Je n’en serais pas où j’en suis. »
Jessy Macaluso

« Après, j’ai aidé plusieurs personnes à s’affirmer, à s’accepter. » Des personnes lui demandent encore conseil ou des informations sur la façon de procéder pour changer de sexe et de genre.

« Ne t’arrête pas à ce que le monde pense, dit-il. Fonce pour devenir ce que tu veux. Pourquoi remettre à demain si tu peux le faire aujourd’hui ? »

Selon lui, l’acceptation sociale passe par la visibilité, c’est-à-dire, l’inclusion de la diversité à la télévision, sur les réseaux sociaux, dans les journaux, etc. Le jeune homme donne l’exemple de Khate Lessard, influenceuse trans devenue célèbre lors de son passage à l’émission Occupation Double en 2019.

« On est tous humains, dit Jessy. Qu’on soit gai, trans, pansexuel, bi, on a tous le même cœur. »

Visibilité en croissance

Cédric Champagne abonde en ce sens : la diversité est de plus en plus acceptée. « Il n’y a pas nécessairement plus de personnes trans au Québec, mais étant donné qu’on en parle de plus en plus, on a l’impression que c’est en croissance. C’est plutôt la visibilité qui est en croissance. »

Sans pouvoir en expliquer la raison, Divers-Gens a vu ses demandes de suivis individuels augmenter de façon fulgurante ces dernières semaines. « Par exemple, on a plus ou moins 3 suivis par année. Et juste dans les dernières semaines, on en a eu 8 ! » Est-ce le fait d’être confiné ? Est-ce l’effet des réseaux sociaux ? Cédric ne pourrait pas l’expliquer, mais il se réjouit d’aider le plus de jeunes possible.

Selon le sondage de la Fondation Jasmin Roy « Réalités LGBT », publié en 2017, 13 % de la population canadienne appartiendrait aux communautés LGBT. « À Granby, j’ai remarqué que c’était plus ouvert, qu’on en discutait plus, fait remarquer M. Champagne. Je crois que les statistiques vont tendre à augmenter dans les prochaines années. »

Pour la région, il n’existe pas encore de statistiques comme telles, mais l’organisme Divers-Gens prendra part à une recherche estrienne sur le sujet, de même qu’à l’enquête SAVIE-LGBTQ de l’UQÀM.

« Si je m’étais arrêté aux regards et tout ça, je n’aurais pas aujourd’hui de petite fille, croit Jessy. Je n’en serais pas où j’en suis. »

Jessy, Naomie, Maxime et Michael, qui habitent tous sur la même rue, ont le projet d’acquérir une maison bigénérationnelle afin de réunir toute la famille sous le même toit. « On est toujours les cinq ensemble ». Six, si on compte le petit Jaxon à venir, qui naîtra certainement sous les couleurs de l’ouverture, la diversité et l’acceptation.

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DÉFINITIONS DIVERSIFIÉES

Il est parfois difficile de s’y retrouver entre les mots de la diversité liés au sexe, au genre et à l’orientation sexuelle, tels que « transgenre », « transexuel », « non-binaire ». Il existe plusieurs lexiques et répertoires offrant quelques définitions et informations, notamment le glossaire LGBTQI2SNBA+ de la FNEEQ-CSN, ou encore le guide « Mieux nommer pour mieux comprendre » du Conseil québécois LGBT.

Le terme « transexualité », dit Cédric Champagne de l’organisme Divers-Gens, « vient du domaine médical. Il est moins utilisé de nos jours, il référait surtout à une personne qui avait complété sa transition médicale, la prise d’hormones et la chirurgie. C’est aujourd’hui moins utilisé par les communautés, car on n’est pas obligé d’avoir fait la transition médicale pour être trans. Mais bien sûr, si une personne s’identifie au terme “transexuel”, c’est son choix. Ce sont les mieux placées pour se nommer elles-mêmes ! »

Le mot « trans » (adjectif), est un « terme parapluie qui désigne le fait de ne pas s’identifier à son sexe assigné à la naissance », selon le guide « Mieux nommer pour mieux comprendre ».

L’organisme Aide aux trans du Québec a également spécifié ceci à La Voix de l’Est : « Le terme “transexualité” n’est plus utilisé dans les communautés médicales et ni à l’intérieur de nos communautés. Les termes appropriés seraient transidentité, être en transitude ou être dans un parcours transitoire. »

Par ailleurs, de plus en plus d’études, guides et revendications portent sur l’écriture inclusive dans la langue française, visant notamment à revisiter la règle « le masculin l’emporte », pour éviter toute discrimination des sexes et des genres dans le langage.

Une grammaire neutre et inclusive, ou une écriture dite « épicène », qui emploie entre autres les pronoms non genrés « iel » et « ille », est de plus en plus utilisée au sein des communautés pour les personnes non binaires, c’est-à-dire, qui situent leur genre quelque part dans le continuum entre les deux pôles « homme » et « femme » ou bien en dehors de ce système binaire du genre. BILLIE-ANNE LEDUC