Le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos

Une croix sur le transfert des employés civils de la GRC vers le système Phénix

Plus de 3500 employés civils de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) peuvent pousser un soupir de soulagement. Le Droit a appris en primeur lundi que leur transfert tant redouté vers le controversé système de paye Phénix au printemps prochain n’aura pas lieu.

La décision finale a été prise récemment à la suite de l’intervention du président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos.

«Les membres civils de la GRC et leurs représentants syndicaux ont clairement exprimé leurs préoccupations en lien avec leur transfert au sein de la fonction publique fédérale. Notre gouvernement les a entendus. Après mûre réflexion, j’ai pris la décision, en consultation avec le ministre de la Sécurité publique (Bill Blair), de recommander au Conseil du Trésor de ne pas procéder au transfert», a indiqué M. Duclos. 

La commissaire de la GRC Brenda Lucki a annoncé la nouvelle aux employés dans une note interne acheminée lundi en milieu de matinée.

En principe, cette migration de système de paye aurait été effective dès le 21 mai, si le projet s’était concrétisé.

À la fois en coulisses et par le biais de la médiatisation de l’affaire, le gouvernement en serait venu à la conclusion que la volonté n’était pas là pour «l’extrême majorité des employés», avait indiqué au Droit une source gouvernementale. Bon nombre de ces derniers étaient également inquiets, car ils souhaitaient continuer à avoir un devoir de loyauté envers la GRC et non le gouvernement fédéral.

Le président du Conseil du Trésor aurait pris la décision d’acheminer une telle directive par respect pour les employés concernés ainsi qu’en guise de bonne foi alors que s’entameront bientôt des négociations pour le renouvellement de conventions collectives, nous dit-on.

Depuis plusieurs mois, l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC), qui représente environ le tiers des employés civils de la GRC, déplorait haut et fort le fait qu’un tel changement soit dans les cartons. En octobre dernier, la présidente du syndicat, Debi Daviau, avait rencontré la commissaire Lucki afin de lui déconseiller fortement d’aller de l’avant avec le transfert vers le «défaillant système Phénix». 

Soutenant «ne pas baisser les bras», le syndicat était revenu à la charge pas plus tard que la semaine dernière en demandant à ses membres de «manifester clairement leur opposition» en envoyant des courriels aux ministres Duclos (Conseil du Trésor) et Anand (Services publics et Approvisionnement Canada) ainsi qu’à la commissaire Brenda Lucki.

«Une sage décision», dit l'IPFPC

L’IPFPC s’est réjoui de ce changement de cap lundi, estimant que la pression qui a été exercée sur l’employeur et le gouvernement dans les derniers instants a probablement aidé à la cause. 

«Nous sommes très contents de cette sage décision de la part de la commissaire et du président du Conseil du Trésor. Depuis les toutes premières rencontres, on essayait de les décourager de procéder à cette migration, avec tous les risques que ça encourait. On constate encore au jour le jour tous les problèmes liés à Phénix qui ne sont pas résolus. On ne voulait vraiment pas que davantage de nos membres se se retrouvent dans une telle situation. Globalement, ce n’était pas acceptable de migrer à cette étape-ci, sachant que le système de la GRC fonctionne assez bien», lance le vice-président Stéphane Aubry.

Il souligne que des craintes subsistent en vue du moment où la GRC sera prête à ce transfert à plus long terme, mais il rappelle que le syndicat propose que l’organisation soit l’une des premières à utiliser le prochain système de paye (NextGen) en marge d’un projet pilote.

Témoignant sous le couvert de l’anonymat, un employé civil de la GRC cumulant plusieurs années d’expérience confiait au Droit au début février qu’il peinait à croire que la GRC puisse ne serait-ce que réfléchir à cette option. 

«C’est irresponsable de penser à mettre 4000 personnes de plus dans un bateau qui coule déjà. [...] Qu’est-ce que ça va leur prendre pour arrêter ? C’est une fosse aux lions», affirmait-il entre autres. 

Cet important changement aurait touché entre autres des répartiteurs du 911, des ingénieurs électroniques, des spécialistes des laboratoires judiciaires et des analystes à la surveillance électronique.

Lancée le 6 février dernier par une députée libérale sur le site web du Parlement, une pétition pour stopper ce projet recueillait plus de 4200 signatures lundi.