Pascale Daigle se remet de sa huitième commotion cérébrale.

Une commotion de trop

Après huit commotions cérébrales, dont sept ont eu lieu lors d’activités sportives, Pascale Daigle ne sait plus quoi faire. Celle qui a subi un accident de travail dans une entreprise sherbrookoise il y a trois mois et demi et qui vit toujours avec les symptômes de sa dernière commotion déplore le manque de ressources.

L’ancienne hockeyeuse, qui a porté les couleurs du Collège John Abbott à Montréal et des Cougars de Champlain à Lennoxville, a été victime de sept commotions en pratiquant son sport préféré. La jeune femme a donc dû abandonner le hockey, même s’il s’agissait de sa grande passion. 

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Celle qui vit avec les séquelles de ses blessures antérieures se sent laissée à elle-même. « Il y a des associations pour les traumas crâniens lourds qui ne peuvent pas refaire quelque chose de leur vie physiquement, mais il n’y a rien pour les gens qui, par exemple, vont à l’université et jouent au football, et qui, du jour au lendemain, font une commotion cérébrale et ne peuvent plus jouer ni continuer leur baccalauréat. Qu’est-ce qu’ils font? J’en ai souvent rencontré des gens dans les shops qui faisaient un sport et qui n’ont pas pu continuer. Il y a un vide », se plaint la jeune femme de 25 ans. 

Sa dernière blessure est survenue lors d’un bête accident de travail. « Nous transportons souvent des poches de légumes qui pèsent 50 livres. Je me suis accoté sur le bord d’une palette pour déposer mon bac à l’opposé, mais en mettant mon poids sur cette palette, qui n’était pas à niveau avec celle d’en dessous, ça a fait un effet de catapulte. J’ai mangé le bac sur le nez », raconte-t-elle.

Le diagnostic est vite tombé : commotion cérébrale, contusions au visage et fracture à la crête nasale. « Je me suis cassé le nez et j’étais étourdie. J’ai eu peur, car avec mes antécédents, je ne voulais pas passer un mois à ne rien faire. Je me suis mise à stresser un peu avec ça. Il y a aussi le fait que je saignais du nez et je n’avais pas trop conscience de ce qui venait de se passer. Des gens sont arrivés pour m’aider, mais ils n’étaient pas vraiment formés pour des commotions », poursuit-elle.  


« Je me suis cassé le nez et j’étais étourdie. J’ai eu peur, car avec mes antécédents, je ne voulais pas passer un mois à ne rien faire. Je me suis mise à stresser un peu avec ça. »
Pascale Daigle

Révision

L’ancienne hockeyeuse est donc passée par de nombreuses étapes, dont une visite à un médecin spécialiste de Montréal, engagé par les assurances de l’entreprise pour laquelle elle travaille. « Les employeurs ont toujours une mutuelle qui les protège des primes de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). Ils ont fait une demande de révision de mon dossier, car ils croyaient que mon trauma crânien n’avait pas été si pire que ça et que les conséquences étaient exagérées par rapport au choc à la tête. Ils venaient dire que je ne leur avais pas mentionné mon historique de commotions, alors que ça avait été clair. »

« J’ai vu un neurologue qui est fourni par la mutuelle à Montréal, continue-t-elle. Leur but est de prouver que je suis capable de retourner travailler. Je n’ai pas le choix de me présenter. Je suis allée lui dire mes symptômes. À la fin, il m’a dit qu’il travaille pour la mutuelle, donc qu’il va faire un rapport pour eux. Peu importe mes symptômes, il m’aurait considéré apte à retourner au travail », décrit-elle, ajoutant que sa médecin de famille a refusé le rapport du spécialiste.

Des traitements

Cependant, les mois passent et la CNESST exige des traitements pour prolonger le congé de maladie de Pascale Daigle. « Mon médecin de famille m’a référé à un organisme au CHUS qui s’appelle le TCCL. On me met sur une liste d’attente, puis on est dans le premier mois de ma blessure. Au deuxième et troisième mois, je suis encore en attente. Mais là, la CNESST m’achale en me disant que je ne fais pas de traitements. Je leur explique que ce n’est pas de ma faute, les délais de la santé sont longs. Ils me disent que si je ne fais rien, ils ne peuvent pas prendre ça comme une blessure. Je leur ai expliqué qu’une commotion cérébrale, il n’y a pas grand-chose à faire sauf du repos », précise-t-elle.

« Les mois coulent, et je n’ai jamais eu de traitements de personne, dit-elle. Vient le jour où la CNESST m’appelle et me dit que je devrai subir des traitements, où je vais avoir une assignation temporaire à mon emploi. Je ne suis pas prête à relever des charges physiques. Si j’étais assise à un bureau, ce serait faisable à petite échelle, mais là ce n’est pas envisageable. »

Aujourd’hui, Mme Daigle comprend les athlètes comme Étienne Boulay, qui a aussi un historique de commotions cérébrales. « Étienne Boulay en a parlé il y a quelques années. Il avait fait des dépressions après ses commotions. Je ne suis pas gênée de dire que je me sens toujours incomplète. Je suis toujours en recherche de ce que je suis. Je suis habituée d’avoir eu une routine et là je n’ai rien », résume-t-elle, espérant guérir le plus vite possible.

Milieu de travail « conservateur »

Au boulot, les choses n’allaient pas mieux pour Pascale Daigle, qui a subi une commotion cérébrale en milieu de travail. Ses pairs et ses patrons ne croyaient pas qu’elle souffrait autant qu’elle le dit. Entre le moment de l’entrevue et la parution, Mme Daigle a même démissionné de son emploi. 

« La seule fois où j’ai voulu prendre ça vraiment au sérieux dans ma vie et ne pas retourner au jeu ou au travail, c’est la fois où j’ai eu le plus gros manque de respect, soit de mes pairs ou de mes employeurs, déplore Mme Daigle. J’ai entendu des commentaires comme “on ne meurt pas d’un coup sur la tête” ou “j’en ai eu des commotions et je ne suis juste pas allé chez le médecin pour aller me les faire diagnostiquer” ».

Selon elle, son milieu de travail est très conservateur en terme de blessures à la tête. « Le milieu du sport a évolué là-dessus, mais le milieu du travail, c’est zéro pis une barre. Ce n’est pas sécuritaire et je n’ai jamais voulu que ça prenne de l’ampleur. La CNESST dit qu’elle est de mon bord et qu’elle veut m’aider à retourner au travail, mais on me pousse, puisque je ne prends pas de traitements. Ce n’est pas comme un os qu’on se fracture, qu’on va voir le physiothérapeute et qu’on a un rétablissement de deux mois », précise celle qui en est à sa huitième commotion.

« J’ai dit à la CNESST que j’ai adoré le milieu de travail, mais je me suis sentie dévalorisée, poursuit-elle. J’ai passé deux mois en convalescence, mais je n’ai reçu aucun message de personne. Il y avait un tabou. Les gens disaient que je me montais une histoire parce que c’était l’été et que je profitais du système. J’aurais aimé qu’ils voient que j’étais sur le divan à ne rien faire. Je ne pouvais même pas écouter la télévision : je n’ai pas le droit de regarder d’écrans. Mes employeurs me disaient : “on est mieux de ne pas te voir au resto” en riant jaune », déplore-t-elle.