Roger Jacob (à droite) était en compagnie de celui qu’il qualifie maintenant comme son ange gardien, Sylvain Mailhot.

«Une chance que Sylvain était là»

BATISCAN — Bien qu’il ait encore le bout des doigts engourdis, quelques rougeurs et plusieurs ecchymoses, Roger Jacob, ce pêcheur qui a été rescapé des eaux du fleuve Saint-Laurent lors de l’impressionnant sauvetage à Sainte-Anne-de-la-Pérade, a obtenu son congé d’hôpital vendredi dernier. Le principal intéressé ne s’en cache pas, s’il est de retour chez lui, c’est grâce à l’aide qu’il a reçue de la part de Sylvain Mailhot, un homme qu’il avait rencontré à quelques reprises seulement avant le 3 mars dernier.

M. Jacob devient d’ailleurs très émotif lorsqu’il parle de celui qu’il qualifie maintenant comme son ange gardien.

«Je voulais sortir de l’eau à tout prix, je me débattais et j’allais m’épuiser très rapidement. Une chance que Sylvain était là, car c’est lui qui m’a calmé et qui m’a aidé à rester accroché sur la banquise jusqu’à l’arrivée des secours. Il fait partie de ma gang maintenant. Cet événement-là nous a soudés pour la vie. J’ai l’impression d’avoir une deuxième vie grâce à lui aujourd’hui», dit-il.

Si le principal intéressé s’est mis à paniquer, c’est qu’il croyait que M. Mailhot était tombé dans l’eau lui aussi. «Au départ, j’étais certain qu’il avait coulé lui aussi, car je ne le voyais plus sur la banquise. J’étais dans l’eau et à un moment donné j’ai vu une motoneige arriver, je me suis demandé d’où elle arrivait. Ensuite, l’homme qui la conduisait s’est approché de moi en rampant. C’était Sylvain, mais je ne le reconnaissais même pas. J’étais tellement en panique, je lui ai même demandé qui il était», se souvient-il.

Un peu plus d’une semaine après l’événement, Roger Jacob garde encore plusieurs ecchymoses.

Il assure toutefois ne garder aucun souvenir des derniers instants de son sauvetage et de son transport à l’hôpital.

Reconnaissant
M. Jacob était également très reconnaissant envers le travail de tous les intervenants. «La Sûreté du Québec a pratiquement appelé ici tous les jours la semaine passée pour parler avec ma fille. J’aimerais remercier les premiers répondants, la Garde côtière, la police et le personnel médical de l’hôpital. On dit que c’est leur métier, mais cet événement-là m’a prouvé que nous n’étions pas seulement un numéro. Ils ont assuré un suivi avec ma famille et moi», soutient-il.

À l’hôpital, sa température interne était à 28 degrés. Il a donc dû être placé dans un coma provoqué sur un matelas chauffant en plus de recevoir des solutés chauds.

Les médecins s’inquiétaient également pour ses poumons et son cœur. «Là-bas, c’était un autre stress, car j’avais peur qu’ils découvrent quelque chose. Ils m’ont fait une batterie de tests. Après avoir passé tous les examens, ils m’ont dit que j’étais correct. J’étais très content, car maintenant je n’ai pas à m’inquiéter si j’ai mal quelque part», observe M. Jacob.

Heureux de retrouver sa famille
D’ailleurs, Roger Jacob assure qu’il écoutera dorénavant le précieux conseil de son petit-fils. «Le lendemain, lorsque j’ai parlé à mon petit-fils de trois ans au téléphone, il m’a dit ‘grand-papa quand la glace bouge, tu t’en vas tout de suite à la maison’. Ça va toujours me rester dans la tête ce qu’il m’a dit. Dimanche, ma famille est venue me voir et j’étais très content d’être encore là pour pouvoir les serrer dans mes bras, car à un certain moment je ne pensais pas pouvoir le refaire.»

Maintenant, les deux hommes espèrent que leur mésaventure pourra servir à d’autres personnes qui pourraient se retrouver dans une situation similaire. «C’est clair que la peur embarque, mais il y a aussi l’instinct de survie et l’adrénaline. Il ne faut surtout pas capituler et arrêter de se battre, et ce, même au bout de deux heures», conclut M. Mailhot.