C’est un numéro d’une beauté presque tragique qui a été présenté à la presse en avant-goût du spectacle Juste une p’tite nuite dont la première officielle aura lieu mercredi soir à l’Amphithéâtre Cogeco.

Une beauté singulière et inattendue

TROIS-RIVIÈRES — Le Cirque du Soleil a levé un tout petit pan du voile qui recouvre de secret son spectacle Juste une p’tite nuite lundi soir en permettant à la presse régionale de voir un numéro dans le cadre d’une des répétitions générales du spectacle dont la première aura leu mercredi soir.

Comme un bonbon qu’on mange en se régalant mais qui nous laisse immédiatement consommé avec l’envie d’en manger d’autres, l’exercice est autant une torture qu’un cadeau avec des allures de révélation.

Le numéro offert est l’avant-dernier du spectacle, le treizième tableau. Il a permis de découvrir une esthétique extrêmement séduisante. Il s’ouvre sur une musique étrange et inquiétante alors qu’une suggestion de forêt s’ouvre sur une entrée tout à fait urbaine avec son petit escalier menant vers la porte de ce qui pourrait être un duplex en rangée.

Premier élément qui frappe, ce sont les éclairages très contrastés faits exclusivement de projecteurs en rouge et en blanc qui s’affrontent pour meubler tout l’arrière-scène. Le personnage mystérieux et onirique d’une femme est au-dessus de la porte. C’est elle qui donne son élan au numéro de cerceau aérien dans lequel elle et un homme se lanceront dans un tango intense.

La musique est maintenant celle de la chanson Juste une p’tite nuite. La voix de Dédé Fortin domine tout. Elle est extrêmement présente, comme si le chanteur était lui-même sur scène pour donner un sens au numéro. Langoureusement, il dit sa peine, son désir de passer une dernière nuit avec cette femme qu’il aime autant qu’il la déteste et à laquelle il s’accroche comme à une bouée.

L’artiste de cirque féminine qui interprète les acrobaties, Caitlin Tomson-Moylon a les allures d’un ange avec une attitude. À côté d’elle, l’homme (Spencer Craig) est la victime, sous l’envoûtement amoureux que suscite en lui sa partenaire d’une nuit.

Le numéro reflète le côté sombre de Dédé Fortin et de la musique des Colocs. Il y a une dose de désespoir dans ses mots. À tout le moins, une abdication, un aveu de faiblesse devant cet ange démon. Le numéro est spectaculaire mais très poétique. Il reflète très directement la chanson sur laquelle il se déroule. Son côté aérien suggère le rêve avec le mélange de puissance et de douceur que peut être l’amour qui s’étiole. Ou qui s’est déjà envolé bien qu’on se refuse obstinément à l’admettre.

On ne retrouve qu’une suggestion de l’esthétique urbaine attendue. On est dans un autre univers. Dans le brouillard artificiel, le décor est onirique et diffuse l’intensité des paroles de la chanson. Les artistes sont au diapason. Pendant environ six minutes, ce n’est pas la fête, pas le côté festif des Colocs, mais c’est très beau. On en veut davantage mais il faut quitter avant que le numéro suivant se mette en branle. On regrette.

Le spectacle, rappelons-le, sera présenté à partir de mercredi pour une vingtaine de représentations jusqu’au 18 août.

Les représentations ont lieu dès 20 h 45 et le spectacle est d’une durée de 75 minutes.

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