André Blais et Catherine Plamondon entourent la propriétaire du IGA Baril, Séléna Baril.

Un nouveau départ loin de Walmart

Shawinigan — Au supermarché IGA Baril de la rue Trudel, à Shawinigan, les habitués côtoient depuis mardi deux nouveaux visages parmi le personnel. Catherine Plamondon et André Blais faisaient partie des employés du programme d’intégration au travail des personnes présentant une déficience intellectuelle ou un trouble de l’autisme de Walmart. Juste avant le week-end de Pâques, ils ont perdu, comme 17 autres personnes du même programme, leur travail chez Walmart.

Pour eux, le drame d’une perte d’emploi est maintenant chose du passé. Chez IGA Baril, on employait déjà des personnes ayant une déficience intellectuelle depuis 20 ans. Séléna Baril, la propriétaire, n’a pas hésité une seconde à en embaucher deux de plus. «On ne s’est même pas posé la question», dit-elle.

Au début, Mme Baril voulait embaucher seulement Catherine Plamondon, «mais j’ai des employés qui sont venus me voir pour me dire qu’ils connaissaient André. Ils avaient travaillé avec lui et ils me demandaient si l’on pourrait le prendre dans l’équipe aussi», raconte-t-elle.

Mme Baril ne cache pas «qu’avec la pénurie de main-d’œuvre, les bras ne sont pas de trop.»

Ce qu’elle apprécie le plus de ces employés, c’est leur attitude. «Ils sont contents de venir travailler. Ils arrivent le matin avec le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Depuis qu’André et Catherine sont arrivés, ils ne font que rire et sourire», constate-t-elle. «Ils sont contents d’être là.»

Ces embauches chez IGA Baril, a-t-elle constaté, «ont sensibilisé plein de monde.»

«Des employeurs m’ont écrit en privé sur Facebook pour me dire qu’ils en prendraient un chez eux. Ils se demandaient comment faire et à qui s’adresser. On a comme allumé une mèche. Beaucoup de gens ont levé la main et n’y avaient pas pensé», dit-elle.

Catherine Plamondon s’est adaptée instantanément. À peine arrivée, elle travaille déjà dans deux départements. «Moi, j’aimais mieux venir ici», confie la nouvelle employée. Quand on lui demande ce qu’elle aime le plus dans son nouveau travail, elle répond: ‘’le monde’’.»

«C’est sûr que ça demande de la supervision et de l’encadrement un peu plus», reconnaît Mme Baril, «mais ce qu’ils apportent, c’est tellement plus que ce que ça demande.»

Du côté de l’Académie des Estacades, les nouvelles sont aussi très bonnes. Walmart est en effet «revenue sur sa décision» de mettre fin au stage, indique la responsable des communications à la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, Anne-Marie Bellerose. L’entreprise «a même présenté des excuses», dit-elle. «Les élèves poursuivent leur stage jusqu’à la fin de l’année dans les mêmes conditions. Il n’y a rien de changé», ajoute-t-elle.

Rappelons que dans la foulée de l’annonce de Walmart de mettre fin à son programme d’intégration au travail des personnes présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme, on apprenait que six élèves du programme PAV ne pourraient pas terminer leur stage, donc leur année scolaire.

Le programme PAV (préparation à la vie) de l’Académie des Estacades accueille des élèves ayant une déficience intellectuelle légère. Un stage de quelques semaines dans diverses entreprises, dont Walmart, était requis pour réussir l’année. Six élèves du programme s’étaient donc retrouvés subitement le bec à l’eau à quelques semaines de la fin de l’année scolaire.

Du côté du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec qui a pris en charge les 19 personnes ayant perdu leur emploi chez Walmart à la suite de la fermeture du programme d’intégration au travail, «on est un peu au même endroit», indique le porte-parole, Guillaume Cliche.

«Certaines des personnes ont été affectées vers un autre emploi et les autres sont toujours en processus. Ça peut prendre quelques jours, quelques semaines», dit-il.

«Elles font des visites de divers milieux pour voir leurs intérêts, pour voir les capacités également et s’assurer que ça correspond vraiment à ce que chacune des personnes veut faire», explique le porte-parle du CIUSSS-MCQ. «Il y en a qui étaient depuis quelques années chez Walmart. Certaines sortent de ces visites très emballées et se redécouvrent même en tant qu’individus. Elles redécouvrent leurs intérêts», dit-il.

M. Cliche ajoute que des essais sont aussi faits dans certains milieux «pour s’assurer que c’est vraiment le milieu qui correspond à leurs intérêts», précise-t-il.

Ce dernier n’a pas pu préciser le nombre d’entreprises qui ont offert de prendre ces personnes.

Même si Walmart semble avoir reculé face à sa décision, «on n’a pas de documents formels quant aux modalités ou aux conditions de reprise de ces personnes-là», signale M. Cliche. «Donc avant de considérer ce milieu-là comme un partenaire pour un milieu de travail pour ces gens-là, on se doit d’avoir les conditions dans un document formel, ce qu’on n’a toujours pas», explique-t-il.

Si Walmart finit par livrer ces documents, «on va les considérer comme tous les autres partenaires», indique M. Cliche.

Ce dernier n’a pas voulu indiquer combien de ces personnes se sont replacées pour l’instant, et ce, pour des questions de confidentialité, dit-il.